Aucun siège pour les conservateurs: «On a semé de l’espoir», dit Duhaime

QUÉBEC — La soirée s’annonçait prometteuse pour les conservateurs d’Éric Duhaime; elle aura finalement été décevante. Le parti n’a fait élire aucun député. M. Duhaime lui-même a été vaincu dans Chauveau.

Les visages étaient longs, lundi soir, au Manoir du Lac Delage, au moment où le chef conservateur est monté sur scène pour prendre la parole.

«Écoutez, ce soir il y a des gens qui pensaient qu’ils allaient voir un gars brailler, mais il y a un gars qui sourit ici», a commencé Éric Duhaime. 

«Vous savez, on est de tous les partis, et de loin, celui qui connaît la plus forte croissance. (…) Les trois autres partis d’opposition ont décliné. On est le seul parti qui a connu une croissance ce soir», a-t-il insisté.

Aux dernières élections, en 2018, le Parti conservateur du Québec (PCQ) alors dirigé par Adrien Pouliot avait obtenu 1,46 % des suffrages. Il en récolte aujourd’hui 13 %.

«Au moment où je vous parle, on a très exactement le même nombre de votes que le Parti libéral du Québec, mais il nous manque 20 députés. (…) On est pris (…) avec une distorsion démocratique», a dénoncé M. Duhaime.

Cet enjeu devra faire l’objet de discussions, a-t-il dit en reprenant une analogie sportive. «Il va y avoir une deuxième période et (…) elle commence demain matin», a-t-il promis aux militants qui scandaient son nom.

«On t’aime, on est là», a crié la foule. M. Duhaime a par ailleurs promis de rester chef du PCQ jusqu’aux prochaines élections en 2026.

«On a semé de l’espoir (…) dans le coeur et la tête de bien des Québécois. Là, ça va être le temps de commencer à consolider tout ça. On va avoir plus de temps, plus de monde, plus de ressources.»

Il n’empêche que la tristesse était sur tous les visages, lundi, à commencer par celui de Micheline Dion. 

«Je suis bien déçue», s’est exclamée la militante conservatrice lorsque les grandes chaînes ont annoncé que la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault allait former un gouvernement majoritaire.

«Je vais vous dire le fond de ma pensée. J’ai de la difficulté à croire que la majorité des gens ont voté pour la CAQ après les quatre dernières années qu’on a eues, pis tout le paquet de promesses non tenues.

«J’ai l’impression que les Québécois ne sont pas assez politisés, qu’ils ne sont pas assez informés sur ce qui se passe réellement», a-t-elle rouspété.

Grogne

«Il faut croire que les gens ont aimé ça être confinés, a lancé plus loin Guylaine Fraser. C’est inacceptable ce que les petits enfants ont pu vivre. Je ne comprends pas.»

Laurie Polisse s’attend, elle, à voir les conservateurs exprimer leur mécontentement. «Il y a 13 % de la population qui ne se sentira pas représentée», a-t-elle observé, le visage renfrogné.

«On parlait beaucoup de grogne: il va y en avoir tellement le mode de scrutin n’est pas représentatif de ce que les gens pensent. C’est problématique», a-t-elle renchéri.

Tommy Massé dit également constater qu’un électeur sur trois a voté pour la candidate conservatrice Jacinthe Ève Arel dans son comté de Portneuf.

Bataille des idées

Tous les espoirs étaient pourtant permis pour la formation d’Éric Duhaime, qui s’attendait à faire une percée historique à Québec et en Beauce.

Selon le site de projections électorales Qc125, le PCQ pouvait espérer ravir à la CAQ les comtés de Beauce-Sud et de Beauce-Nord, où l’opposition aux mesures sanitaires était particulièrement forte.

Le PCQ, qui a fait le plein de nouveaux membres durant la pandémie — ils sont 61 500 —, avait également dénoncé en campagne électorale le manque de transparence de la CAQ dans le dossier du troisième lien.

M. Duhaime estime par ailleurs avoir gagné la «bataille des idées» au Québec, puisqu’il a réussi à parler de privé en santé, de libertés individuelles et d’exploitation d’hydrocarbures, notamment.

Il a vite été rattrapé, par contre, par des histoires de taxes impayées. Les médias ont révélé que ses taxes municipale et scolaire étaient en souffrance; il s’est défendu en évoquant un malentendu avec l’ami qu’il héberge.

Au chapitre des rassemblements partisans, Éric Duhaime a remporté la palme d’or: l’événement qu’il a organisé le 16 septembre a attiré dans le hall du Centre Vidéotron plus de 2000 personnes. 

Plus tard, réagissant à un reportage de Radio-Canada sur les coûts liés à l’accueil de demandeurs d’asile, M. Duhaime a proposé la construction d’un mur à la frontière entre le Québec et les États-Unis.

Le chef conservateur s’est indigné de s’être fait comparer à l’ex-président américain Donald Trump par son adversaire caquiste, François Legault.

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