Audiences de GYM: les témoins de la RACJ livrent des témoignages discordants

MONTRÉAL — Les témoins de la Régie des alcools, des courses et des jeux dans son dossier contre Groupe Yvon Michel (GYM) ont offert des témoignages discordants lors de la première journée d’audiences devant le tribunal administratif de la RACJ, mardi au palais de justice de Montréal.

La RACJ reproche à GYM d’atteinte au bon renom du sport, d’exercice d’un permis au bénéfice d’un tiers — New Era Fighting and Promotions —, de la présence d’un groupe criminalisé à des événements, ainsi que d’organisation d’un combat concerté. Les faits reprochés au promoteur montréalais sont en lien avec deux galas organisés conjointement avec New Era, en mai et septembre 2019.

La Régie a amorcé ses représentations avec Mario Lacroix, directeur général adjoint des sports de combat à la Régie, qui a présenté le dossier au contentieux de l’organisme à la suite de ce qui lui apparaissait comme des irrégularités.

M. Lacroix a notamment fait valoir que des membres de groupes de motards criminalisés se trouvaient à l’intérieur du périmètre de sécurité érigé autour du ring lors de l’événement du 20 septembre au centre Pierre-Charbonneau à Montréal, soit dans les sièges réservés au promoteur de la soirée.

Ce dernier a aussi indiqué aux juges administratifs Me Louise Marchand et Me France Thériault, que c’est lui, à la suite d’une discussion téléphonique avec Michel Hamelin (qui gère pour la RACJ les activités entourant les galas de boxe) vers 20h, le 20 septembre, qui avait demandé la présence des policiers sur place en raison des individus présents. Or, il n’en est rien.

Yvon Michel, comme le prévoient les règles de la RACJ, a contacté 10 jours avant la tenue de son événement le poste de police local, dans ce cas-ci le poste de quartier no. 23, pour lui signaler la tenue d’un événement de boxe sur son territoire. C’est une agente du poste 23 qui a demandé la présence d’agents de l’escouade du sergent détective Érick Monfette du Service de police de la Ville de Montréal, spécialiste des groupes de motards spécialisés, le 18 septembre. Comme l’escouade de M. Monfette ne pouvait s’y rendre en raison d’un conflit d’horaire, il a mandaté le sergent Stéphan Clavet, agent de renseignements spécialiste des groupes criminalisés à l’unité Éclipse du SPVM, de s’y présenter. C’est l’escouade de M. Clavet qui a pris les photos qui ont permis à M. Monfette d’écrire son rapport sur les gens présents ce soir-là.

M. Lacroix a également noté la présence de deux services de sécurité différents lors de cet événement, notamment d’un agent de sécurité qui aurait arboré le logo des Hell’s Angels en tatouages sur ses avant-bras.

Or, le sergent détective Monfette, témoin expert de la RACJ, est venu faire l’énumération d’une longue liste des personnes présentes appartenant à des groupes criminalisés ou leur entourage. En aucun cas, a-t-il dit, il n’a vu cet agent de sécurité arborant des tatouages aux couleurs des Hell’s Angels, que seuls les membres en règle peuvent arborer, sur les photos prises par le sergent Clavet et son équipe.

Le sergent Clavet assure que ni lui ni les membres de son escouade n’ont vu cet agent suspect.

M. Lacroix a aussi admis que les sièges réservés dans le périmètre de sécurité étaient associés à un prix de vente, ce qui aurait dû faire réagir la RACJ au moment d’approuver le plan de la salle. Ces sièges sont habituellement des billets de faveur selon les règles en vigueur, a indiqué M. Lacroix, qui ne pouvait toutefois pas confirmer si ces billets avaient été vendus ou non. Yvon Michel, le président de GYM, l’a confirmé à la sortie de cette première journée d’audiences.

«Ils se trouvaient sur le réseau Ovation ou à la billetterie du centre Pierre-Charbonneau, a-t-il expliqué. Selon la carte, c’étaient les billets les plus dispendieux. Deux de leurs experts sont venus nous dire que les membres de groupes criminalisés cherchent à se procurer les meilleurs billets. Je n’avais aucune idée qui étaient ces gens-là.»

M. Monfette a toutefois précisé que c’est la première fois qu’il voit ces gens à l’intérieur du périmètre de sécurité d’un gala de boxe. En aucun cas, a affirmé le sergent détective, Yvon Michel n’a été en contact ou en discussions avec ces membres de groupes criminalisés.

M. Lacroix a admis que l’approbation du plan de la salle tel qu’il a été présenté était une erreur de bonne foi de la RACJ, qui l’assume entièrement.

En fin de journée, la procureure de la RACJ, Me Joliane Pilon, a présenté une liste exhaustive de factures et de reçus destinés ou payés par New Era Fighting, son président Yan Pellerin, Daniel Fontaine ou encore Groupe Hugo Girard afin de démontrer que GYM a fait profiter à tiers parti — Pellerin et New Era — de son permis annuel d’organisateur d’événements de sports de combats.

New Era ou Pellerin ne possède pas un tel permis.

Pour Yvon Michel, cela ne prouve rien. Son avocat, Me Martin Pichette, a d’ailleurs évoqué plusieurs galas organisés conjointement par des organisations n’ayant pas de permis annuel, plus particulièrement les clubs de hockey junior les Cataractes de Shawinigan et l’Océanic de Rimouski, en compagnie d’Eye of the Tiger Management de Camille Estephan.

«New Era était un copromoteur, mais GYM était l’organisateur de l’événement, a précisé Yvon Michel. Donc, toutes les responsabilités qui sont déléguées à l’organisateur — la réglementation, les relations avec la Régie — c’était GYM. Nulle part, ça ne dit que l’organisateur est tenu de payer toutes les factures. Au contraire, il y a même une clause qui dit que pour déposer l’argent des bourses, par exemple, on peut avoir une tierce partie d’impliquée. On a agi le 20 septembre 2019 exactement comme dans les 208 autres événements de Groupe Yvon Michel.

«Je trouve que leurs preuves ou leurs arguments sont très minces, a-t-il poursuivi. Je pense qu’ils ne sont pas conscients de la réalité dans laquelle on est. Il y a un manque de « connexion » entre les gens qui sont dirigés par Michel Hamelin et l’administration de la RACJ. J’ai même l’impression que (mercredi), je vais leur faire mieux comprendre leurs propres règlements.

«Il est évident qu’on essaie d’atteindre à ma réputation et ma crédibilité», a-t-il conclu.

Les représentations se poursuivront mercredi, avec le témoignage d’Yvon Michel.

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