Réforme électorale: Monsef refuse de s’engager à suivre l’avis du comité

OTTAWA – La ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, refuse de s’engager à suivre absolument les recommandations du comité qui se penche cet été sur un changement du mode de scrutin.

Même si le ton de la jeune ministre — première à témoigner mercredi devant le comité parlementaire sur la réforme électorale — se voulait conciliant, les partis de l’opposition n’ont pas caché leur irritation devant les réponses souvent alambiquées qu’elle leur a offertes.

Les conservateurs ont notamment cherché à savoir si elle s’engageait à tenir un référendum sur la réforme du mode de scrutin, dans l’éventualité où ce serait une recommandation unanime du comité multipartite.

Talonnée, Mme Monsef s’en est tenue à sa réponse habituelle, répétant qu’elle n’était pas convaincue que ce soit la meilleure méthode pour prendre le pouls de la population sur cet enjeu, sans toutefois fermer carrément la porte à cette option.

Répétant ses questions, le député conservateur Scott Reid, visiblement excédé, a lancé qu’il n’était pas surprenant que la ministre s’oppose à référendum, puisqu’elle était incapable de répondre par «oui ou non».

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a elle aussi tenté sa chance en demandant à Mme Monsef si elle allait appuyer sans réserve les recommandations du comité devant ses collègues du cabinet.

«J’ai hâte de lire le rapport et de prendre une décision éclairée lorsque je l’aurai reçu», a tranché Mme Monsef, insistant sur l’importance de ne pas brûler les étapes.

Même si elle est «déçue» par la réponse de la ministre, Mme May a dit décoder qu’elle voulait ainsi garder «toutes ses options ouvertes».

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est engagé, en campagne électorale, à changer la façon dont les Canadiens votent, assurant que les élections de 2015 seraient les dernières à se dérouler selon le système uninominal majoritaire à un tour.

Mme Monsef a néanmoins assuré que le gouvernement irait de l’avant seulement s’il obtient un «large appui» des Canadiens. Elle n’a pas précisé ce qu’elle entendait par là, renvoyant plutôt la balle au comité.

Pour tâter le pouls de la population, elle lance un outil pour amener les gens à tenir des séances de discussion sur cette réforme. Dans ce guide que tous peuvent se procurer sur Internet, on explique les différents modes de scrutin, comment tenir une consultation sur cet enjeu dans sa communauté et la façon de communiquer les résultats avec les élus.

En comité, Mme Monsef a exhorté ses collègues à parvenir à un compromis qui tiendra compte des opinions de tous les Canadiens quant à la meilleure solution de rechange.

«J’ai l’espoir que le fruit de vos délibérations ira plus loin que le dépôt de cinq rapports minoritaires illustrant les positions de votre parti respectif, et représentera plutôt l’atteinte d’un compromis», a-t-elle fait valoir.

Le comité doit sillonner le pays pour entendre l’opinion des Canadiens, afin de rendre un rapport en décembre. Le bloquiste Luc Thériault s’est plaint du fait que le comité ne disposait que de la somme relativement modeste de 300 000 $ pour accomplir son travail.

Les néo-démocrates craignent quant à eux que les dés soient pipés, puisque Justin Trudeau a dit par le passé qu’il aimait le mode de scrutin préférentiel, qui a tendance à favoriser les partis de centre.

Les conservateurs voudraient de leur côté que le gouvernement libéral s’attelle dès maintenant à la tâche de moderniser la Loi référendaire, craignant que les changements ne puissent être faits à temps si cette option est retenue. Mme Monsef a répliqué que ce serait mettre la charrue devant les boeufs.

Le mois dernier, le gouvernement Trudeau avait renoncé à sa majorité au sein du comité dans l’espoir de dissiper les craintes selon lesquelles les libéraux souhaitaient modifier le système électoral en leur faveur.

Le comité doit entendre jeudi l’actuel directeur général des élections, Marc Mayrand, ainsi que l’un de ses prédécesseurs, Jean-Pierre Kingsley.