Autochtones: un expert rejette le lien entre colonialisme et hésitation vaccinale

OTTAWA — Il n’existe aucune preuve que l’histoire du colonialisme au Canada ait rendu les peuples autochtones plus hésitants à se faire vacciner contre la COVID-19 que la population en général, selon un professeur d’études autochtones, qui jette un œil critique sur cette théorie souvent répétée.

Le gouvernement fédéral fait partie de ceux qui ont suggéré que le colonialisme et le racisme systémique ont favorisé la méfiance des Autochtones à l’égard des vaccins. Mais Veldon Coburn, professeur adjoint à l’Institut de recherche et d’études autochtones de l’Université d’Ottawa, affirme que les données disponibles sur l’hésitation à la vaccination suggèrent que ce n’est pas le cas.

«Les événements historiques qui ont été malheureux et contraires à l’éthique (…) n’ont pas eu l’effet qui est revendiqué et peut-être que ce sont simplement de bonnes intentions naïves, mais cela ne tient pas la route», a déclaré M. Coburn dans une entrevue avec La Presse Canadienne.

M. Coburn note qu’il n’y a aucune preuve d’un lien de causalité entre l’hésitation à la vaccination et le traumatisme historique et intergénérationnel avec lequel les Autochtones vivent à cause des pensionnats autochtones et d’autres pratiques colonialistes.

Les expériences nutritionnelles qui ont été effectuées sur des enfants autochtones dans plusieurs pensionnats de l’Ontario au milieu des années 1940 sont peu susceptibles d’avoir un effet sur les peuples autochtones qui sont en vie maintenant, a expliqué le professeur Coburn, qui est membre de la Première Nation algonquine de Pikwàkanagàn, située à environ 150 kilomètres à l’ouest d’Ottawa.

«Je suis autochtone», a-t-il dit. «Mes grands-parents sont allés dans un pensionnat autochtone. Rien de tout cela n’a été transmis.»

M. Coburn a noté que les nouveau-nés des communautés autochtones sont systématiquement vaccinés.

«Nous voyons des aiguilles tout le temps», a-t-il déclaré. «Ce n’est pas une expérience traumatisante.»

Mais alors que l’acceptation des vaccins contre la COVID-19 est étonnamment élevée dans certaines communautés autochtones, le Dr Evan Adams, médecin-chef adjoint de Services aux Autochtones Canada, a indiqué qu’il y avait une certaine hésitation dans d’autres communautés.

«Nous entendons un certain nombre de problèmes», a-t-il noté lors d’une conférence de presse virtuelle, mercredi. Certains de ces problèmes sont aussi banals qu’une fatigue ressentie après le premier vaccin, alors que d’autres ont l’impression qu’on fait des expériences sur eux ou craignent qu’il y ait des produits vraiment peu recommandables dans le vaccin.

Rebecca Kudloo, présidente de Pauktuutit Inuit Women of Canada, a déclaré que certains Inuits pourraient hésiter en raison de leurs mauvais traitements historiques par le gouvernement.

«Même de nos jours, le racisme systémique que vivent les Inuits dans le système de soins de santé — c’est peut-être la raison», a-t-elle avancé.

Services aux Autochtones Canada a dit que la longue histoire de colonisation et de racisme systémique au Canada a créé une méfiance à l’égard du système de soins de santé parmi les communautés autochtones, y compris une méfiance à l’égard des vaccins.

«Nous travaillons avec tous nos partenaires pour accroître la sécurité culturelle et le respect des peuples autochtones lors de la planification du vaccin contre la COVID-19 et pour remédier aux hésitations autour du vaccin», a déclaré Adrienne Vaupshas, porte-parole du ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller.

Mme Vaupshas a ajouté que le ministère avait élaboré des messages culturellement appropriés pour sensibiliser au vaccin et promouvoir son adoption, y compris la traduction de documents dans les langues autochtones, des publications sur les réseaux sociaux et des scénarios de diffusion.

Pourtant, les données disponibles suggèrent que l’hésitation face à la vaccination n’est pas plus prononcée dans les communautés autochtones que dans les communautés non autochtones.

En 2010, Santé Canada a mené une enquête auprès des Premières Nations vivant dans les réserves et des Inuits après la pandémie de H1N1 et a constaté qu’environ 97 % des résidants des réserves et près de 94 % des Inuits avaient déclaré que la vaccination des enfants était importante.

«S’il y avait eu des effets des pensionnats indiens, cela se serait manifesté en 2010 dans les mêmes conditions. Il n’y en avait pas», a dit M. Coburn.

M. Coburn a déclaré qu’il n’y avait pas beaucoup de différence dans l’acceptation de la vaccination entre les peuples autochtones et non autochtones lorsqu’il s’agit de se faire vacciner contre la grippe.

L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2017-2018 a montré que 55 % des Autochtones avaient obtenu un vaccin contre la grippe saisonnière, contre 59 % des non-Autochtones, a-t-il indiqué.

M. Coburn croit que la majorité des peuples autochtones veulent se faire vacciner le plus tôt possible.

«Mes amis et ma famille, même dans ma réserve, ils ont hâte de recevoir cette injection, a-t-il assuré.

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