Autre retard majeur dans la livraison de nouveaux navires de soutien pour la Marine

Ottawa signale un autre retard dans la livraison de nouveaux navires de soutien pour la Marine royale canadienne, ce qui signifie que le Canada devra compter sur un navire civil et sur la bonne volonté des alliés pour réapprovisionner sa flotte navale dans un avenir prévisible.

Le gouvernement fédéral affirme que le premier des deux nouveaux navires de soutien construits par le chantier naval Seaspan à Vancouver ne sera pas livré avant au moins 2025 – deux ans plus tard que l’estimation la plus récente.

Le nouveau calendrier de livraison, s’il est respecté, est maintenant de six ans plus tard que prévu à l’origine et cela signifie également que la Marine royale canadienne aura été sans navire de ravitaillement permanent pendant une décennie complète.

Le deuxième navire fera face à un délai similaire et n’est pas attendu avant 2027. 

Les responsables de la Marine ont précédemment souligné l’importance de disposer de navires de soutien spécialement conçus pour les opérations à l’étranger, compte tenu des limites de la dépendance aux alliés et de l’incapacité du navire civil à opérer dans les zones de guerre.

Le nouveau calendrier demeure incertain, compte tenu des retards et des dépassements de coûts qui ont affligé une grande partie de l’effort de plusieurs milliards de dollars déployé par le Canada pendant une décennie pour remplacer ses flottes vieillissantes de la Marine et de la Garde côtière.

Les responsables ne peuvent pas non plus garantir que le Canada se retrouvera avec les deux navires de soutien, car ils soulignent que le budget du projet, initialement fixé à 2,3 milliards $, mais mis à jour par la suite à 4,1 milliards $, est en cours de révision.

Seaspan a déjà commencé à travailler sur le deuxième navire de soutien interarmées et le chef des achats du ministère de la Défense, Troy Crosby, a indiqué que l’objectif déclaré du gouvernement restait l’achat de deux de ces navires.

Cependant, a ajouté M. Crosby, «c’est quelque chose que nous évaluons actuellement et nous fournirons une mise à jour une fois que nous aurons une meilleure compréhension de l’impact exact sur les coûts».

On ne savait pas non plus immédiatement quel effet le nouveau retard aura sur les autres projets de construction navale sur lesquels Seaspan travaille, qui comprend un nouveau brise-glace polaire pour remplacer le navire amiral des garde-côtes d’ici 2030.

Le Canada est sans navire de ravitaillement permanent depuis 2015, lorsque la Marine a été forcée de retirer ses deux navires existants plus tôt que prévu après que l’un a pris feu en mer et qu’une corrosion excessive a été découverte sur l’autre.

Le gouvernement s’est d’abord appuyé sur des alliés pour combler le vide avant d’accepter de louer un porte-conteneurs civil converti au Chantier Davie, à Québec. Cet accord était au cœur de l’échec des poursuites contre le vice-amiral à la retraite Mark Norman.

L’ancien commandant en second de l’armée a été accusé d’avoir divulgué des secrets du cabinet concernant le contrat de location avec Davie, mais l’accusation d’abus de confiance contre lui a été suspendue en 2019 lorsque les procureurs de la Couronne ont conclu qu’ils n’avaient aucune chance raisonnable d’obtenir une condamnation. Plus tôt ce mois-ci, la Couronne a également abandonné son dossier connexe contre un fonctionnaire fédéral. Les deux hommes avaient clamé leur innocence.

Alors que le contrat de location initial de cinq ans entre Ottawa et Davie pour le MV Astérix a été lancé en janvier 2018 et doit expirer l’année prochaine, les responsables ont déclaré que le gouvernement négociait actuellement une prolongation.

Des documents obtenus par La Presse Canadienne en 2020 ont montré que la Marine s’attend à continuer de compter sur l’Astérix et ses alliés pour aider à réapprovisionner les flottes canadiennes en mer même après la construction des deux navires de soutien interarmées.

Le Canada avait initialement prévu d’acheter trois nouveaux navires de soutien de la Marine lorsqu’il a lancé le projet il y a plus de dix ans, mais les dépassements de coûts ont réduit la commande à deux.

Les responsables de la Marine ont continué d’indiquer que deux navires de soutien n’étaient pas suffisants pour répondre aux besoins à long terme de la force maritime, car la politique du gouvernement exige que l’armée soit en mesure d’exploiter deux flottes en mer en même temps.

La crainte est que la Marine soit paralysée chaque fois que l’un des deux soi-disant navires de soutien interarmées est hors service, soit pour des réparations, soit pour une autre raison.

Lorsqu’on lui a demandé si le gouvernement envisageait d’acheter directement l’Astérix à Davie, comme certains observateurs l’ont déjà suggéré, le haut fonctionnaire responsable des achats militaires à Services publics et Approvisionnement Canada a répondu non.

«Les discussions et les négociations en ce moment ne portent que sur la prolongation du contrat tel que nous le connaissons maintenant», a précisé Simon Page, sous-ministre adjoint.

Le commandant de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Angus Topshee, a indiqué que la Marine continuera de compter sur l’Astérix et ses alliés pour l’aide au réapprovisionnement en mer, mais il a reconnu que les deux palliatifs ont des inconvénients et des limites.

Ceux-ci incluent le fait que l’Astérix n’est pas conçu pour les «environnements à haut risque», a ajouté M. Topshee. Cela signifie également que la Marine ne peut actuellement pas répondre à l’exigence du gouvernement selon laquelle elle doit être en mesure d’exploiter deux flottes en mer en même temps.

«Pouvons-nous gérer ? Oui, a commenté M. Topshee. Est-ce idéal ? Non, c’est pourquoi nous construisons les deux navires de soutien interarmées.»

Le nouveau retard est le dernier coup porté aux efforts du gouvernement fédéral pour remplacer les flottes vieillissantes de la Marine et de la Garde côtière canadienne — un effort qui dure déjà depuis plus d’une décennie et qui devrait maintenant coûter environ 100 milliards $.

Alors que les responsables ont blâmé une combinaison de facteurs, y compris la pandémie de COVID-19 et les difficultés d’approvisionnement, de nombreux problèmes sont antérieurs et ont été attribués à la fois au gouvernement et aux chantiers navals.

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