Autre témoignage accablant d’un policier au procès pour meurtre de Derek Chauvin

MINNEAPOLIS — Quatre ans avant la mort de George Floyd, l’agent Derek Chauvin avait suivi une formation de 40 heures sur l’intervention en cas de crise, notamment sur la façon de reconnaître les personnes en crise et sur l’utilisation des techniques de désescalade pour les calmer, a-t-on appris mardi au procès pour meurtre du policier. 

Le sergent Ker Yang, responsable de la formation des agents sur la gestion de crise à la Police de Minneapolis, est le plus récent membre du corps policier à témoigner au procès, alors que les procureurs tentent de convaincre les jurés que l’agent Chauvin n’a pas suivi les procédures apprises lorsqu’il a mis son genou sur le cou de George Floyd, le 25 mai 2020.

Au septième jour du procès pour meurtre, le sergent Yang a déclaré que les policiers apprennent à prendre des décisions critiques face aux personnes en crise — y compris celles qui souffrent de problèmes mentaux ou qui sont intoxiquées —, puis à désamorcer la situation. Selon le procureur Steve Schleicher, les archives montrent que l’agent Chauvin, aujourd’hui congédié, avait suivi cette formation en 2016.

«Lorsque nous parlons de situations qui évoluent rapidement (…) nous avons souvent le temps de ralentir les choses, de réévaluer et de passer par ce modèle», a déclaré le sergent Yang.

Chauvin, un policier blanc âgé de 45 ans, est accusé de meurtre et d’homicide involontaire coupable. George Floyd, un homme noir de 46 ans, a été épinglé sur le trottoir, devant un dépanneur de quartier, après avoir tenté, semble-t-il, de passer un faux billet de 20 $ pour acheter un paquet de cigarettes.

Le traitement de M. Floyd par le policier a été filmé par un témoin, une vidéo qui a été largement vue et qui a déclenché des manifestations aux États-Unis.

George Floyd, qui avait pris de la drogue, a lutté frénétiquement avec les policiers qui essayaient de le faire entrer dans une voiture de patrouille, en disant qu’il était claustrophobe. Les procureurs ont déclaré que l’agent Chauvin avait maintenu pendant 9 minutes et 29 secondes son genou sur le cou de M. Floyd, qui avait pourtant les mains menottées derrière le dos et était allongé sur le ventre. Il a répété à 27 reprises qu’il ne pouvait plus respirer.

L’avocat du policier, Eric Nelson, plaide que Chauvin «a fait exactement ce pour quoi il avait été formé au cours de ses 19 ans de carrière». La défense tente de démontrer que M. Floyd est mort à cause de sa consommation de drogues et de ses problèmes de santé préexistants, et non à cause du genou du policier.

Me Nelson a en outre fait valoir que les policiers sur les lieux ont été distraits par ce qu’ils percevaient comme une foule croissante et de plus en plus hostile de spectateurs sur le trottoir. 

Contre-interrogé par la défense, mardi, le sergent Yang a admis que les témoins d’une arrestation peuvent également être énervés et que les policiers doivent également prendre en compte leur environnement immédiat. 

Au lieu de protéger un collègue dans ce qu’on appelle parfois l’«omerta dans la police», certains des membres les plus expérimentés du corps policier de Minneapolis — y compris son directeur et le chef de la section des homicides — ont condamné ouvertement le traitement infligé par l’agent Chauvin à George Floyd.

Lundi, le chef Medaria Arrondondo, qui avait déjà parlé de «meurtre» peu de temps après les événements de mai 2020, a déclaré que l’agent Chauvin avait clairement violé la politique du service sur un certain nombre de points et utilisé une force excessive.

M. Arrondondo a déclaré que le fait de maintenir son genou sur le cou de M. Floyd une fois qu’il était menotté derrière le dos et allongé sur le ventre ne faisait «en aucune façon» partie de la politique ou de la formation du corps policier — et «ne faisait certainement pas partie de notre éthique ou de nos valeurs».

Le chef Arradondo, premier Afro-Américain à diriger le service de police de Minneapolis, avait congédié Chauvin et trois autres de ses confrères dès le lendemain de la mort de George Floyd.

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Par Amy Forliti, Steve Karnowski et Tammy Webber, The Associated Press

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