Avion abattu en Iran: les familles demandent des sanctions «Magnitski»

OTTAWA — Les familles et les proches de ceux qui ont été tués lorsqu’un avion a été abattu au-dessus de Téhéran en janvier dernier exhortent le Canada à imposer des sanctions dites «Magnitski», qui viseraient les personnes directement responsables.

Alise Mills, porte-parole des familles, a expliqué que le régime de sanctions, du nom du lanceur d’alerte russe Sergueï Magnitski, permettrait à Ottawa de geler les avoirs des Iraniens impliqués et de leur imposer des restrictions de voyage.

Elle a ajouté qu’ils avaient demandé au gouvernement libéral d’imposer des sanctions lors de rencontres privées, mais qu’ils avaient fait face à de la résistance.

«Nous sommes arrivés à un point où nous ne comprenons pas pourquoi ce premier ministre et son cabinet ne se tournent pas vers la loi Magnitski», a déclaré Mme Mills, lundi, en entrevue.

Un total de 176 personnes ont été tuées lorsque l’armée iranienne a abattu le vol PS752 d’Ukraine International Airlines, le 8 janvier, peu de temps après son décollage de Téhéran.

Ce total inclut 55 citoyens canadiens, 30 résidents permanents et des dizaines d’autres personnes ayant des liens avec le Canada.

L’Iran a d’abord nié sa responsabilité dans l’incident, mais a été contraint d’admettre son rôle après que des séquences vidéo sur les médias sociaux eurent semblé montrer au moins un missile frappant l’avion.

En vertu du droit international de l’aviation civile, le gouvernement iranien mène l’enquête et contrôle le contenu des enregistreurs de vol de l’avion. Les données ont été téléchargées à Paris en juillet.

Mais le Canada, la Grande-Bretagne, l’Ukraine, l’Afghanistan et la Suède — les pays qui ont perdu des citoyens lorsque l’avion a été abattu — ont constaté que la divulgation de l’Iran était incomplète.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a dit qu’il ne s’attendait pas à ce que l’Iran soit plus transparent dans un prochain rapport d’étape.

«Les dernières informations fournies n’étaient pas du tout informatives. Je me méfie donc de ce qui pourrait arriver», a déclaré M. Champagne dans une récente entrevue.

«Vous pouvez être assurés que nous serons prêts, avec le groupe international de coordination et de réponse, à poser toutes les questions auxquelles l’Iran devra répondre. Et je soupçonne que ces questions ne recevront pas de réponse complète ou transparente.»

M. Champagne a rejeté le rapport de l’Iran, qui décrivait en juillet une chaîne d’événements où l’incident aurait pu être évité.

Il a indiqué que la batterie de missiles sol-air des Gardiens de la révolution avait été déplacée et n’avait pas été correctement réorientée avant de cibler le Boeing 737-800.

Le rapport affirme également que les personnes qui contrôlaient la batterie ne pouvaient pas communiquer avec leur centre de commandement et qu’elles ont tiré deux fois sur un avion qu’elles ont mal identifié, sans obtenir l’approbation de leurs supérieurs.

Hamed Esmaeilion, un dentiste de la région de Toronto dont l’épouse et la fille de neuf ans ont été tuées dans l’accident, dit qu’il ne croit pas non plus l’explication de l’Iran.

«Ce n’était pas un accident. C’était un meurtre», a déclaré M. Esmaeilion en entrevue, lundi.

Les familles et les proches des victimes se sont également plaints du fait que le gouvernement n’a pas communiqué efficacement avec eux au sujet de leurs efforts pour demander justice à l’Iran.

M. Champagne a déclaré avoir discuté de la question lors d’un appel téléphonique avec son homologue ukrainien la semaine dernière dans le but «de trouver un processus permettant d’informer régulièrement les familles des victimes».

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