Avion écrasé au Québec: le BST met en garde contre les acrobaties trop près du sol

Le Bureau de la sécurité des transports (BST) met en garde les pilotes qui effectuent des acrobaties près du sol, après l’écrasement d’un aéronef de construction amateur l’été dernier, lors duquel une personne a perdu la vie.

L’accident mortel s’est produit le 16 juin 2019 à Saint-Jean-Port-Joli, dans le Bas-Saint-Laurent.

Ce jour-là, le pilote et son passager se sont rendus à une journée «Ciel ouvert» organisée par l’association de pilotes Aéro Port-Joli, est-il indiqué dans le rapport d’enquête du BST rendu public mardi.

L’avion était un «Pitts S2E», un appareil biplan ayant été conçu pour la voltige au début des années 1940 par Curtis Pitts. L’avion qui s’est écrasé l’été dernier avait été construit en 1982.

Au cours de la journée, le pilote a effectué sept vols d’acrobaties aériennes d’environ 20 minutes chacun, avec un passager à bord. Au retour de chaque vol, le pilote a survolé la piste à très basse altitude avant d’effectuer une remontée, puis un virage à gauche à faible inclinaison. Tous ces vols se sont déroulés sans problème.

Mais pas celui qui a décollé vers 18 h 25.

Deux vidéos amateurs fournies au BST ont permis de constater qu’après le décollage, l’aéronef avait amorcé une montée abrupte avant d’effectuer un virage à forte inclinaison sur la gauche, de perdre de l’altitude et de finalement s’écraser en position piquée et inclinée sur la gauche dans un fossé.

L’appareil a été détruit sous la force de l’impact. Le passager, assis à l’avant, a subi des blessures mortelles et le pilote, assis à l’arrière, des blessures graves.

Dans son rapport, le BST a commencé par éliminer certains facteurs: la météo ne serait pas en cause, indique-t-il.

Puis, il note que le pilote avait la licence et les qualifications nécessaires pour effectuer ces vols.

Rien n’indique qu’une défaillance de l’aéronef ou de son moteur aurait pu mener à la perte de maîtrise lors de la montée initiale après le décollage, est-il aussi écrit.

Les enquêteurs du BST se tournent ensuite vers l’expérience du pilote et les manoeuvres qu’il a effectuées ce jour-là.

Au cours de la journée, le pilote avait effectué des acrobaties aériennes avec un passager à bord alors qu’il ne remplissait pas les conditions prescrites dans le Règlement de l’aviation canadien (RAC). Pour faire de telles manoeuvres avec un passager à bord, il devait avoir reçu au moins 10 heures d’instruction en acrobaties aériennes — ou effectué au moins 20 heures d’acrobaties — et avoir effectué au moins une heure d’acrobaties au cours des derniers six mois.

Or, il n’avait reçu qu’une heure de formation avec un instructeur d’acrobaties aériennes, est-il noté. Le BST doute que les heures de vol sur cet aéronef (18,4 heures) aient toutes été consacrées aux acrobaties.

Toutefois, il possédait une vaste expérience comme pilote et détenait une qualification d’instructeur de vol de classe 1. À ce titre, il était fréquemment appelé à démontrer certaines manoeuvres comme les décrochages et les vrilles, ce qui correspond à la définition d’acrobaties aériennes.

«Les pilotes doivent se rappeler qu’ils s’exposent à des risques lorsqu’ils exécutent des manoeuvres dangereuses près du sol, puisque cela pourrait mener à une perte de maîtrise ne pouvant pas être reprise à temps», écrit le BST dans le rapport.

Dans le cas à l’étude, malgré la grande expérience de vol globale du pilote, son expérience de vol sur le type d’appareil en question était limitée, tranche-t-il. Les pilotes doivent être conscients des risques inhérents à une expérience limitée sur le type d’aéronef piloté, est-il souligné en guise de conclusion.

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