CSeries: Québec confirme son investissement dans une entente modifiée

MONTRÉAL – Après des mois de négociations, Bombardier a conclu une entente définitive avec le gouvernement du Québec sur un investissement de 1 milliard $ US dans le programme des avions de passagers CSeries.

Dans un communiqué conjoint, les ministres Jacques Daoust, Dominique Anglade et Carlos Leitão annoncent la création de la Société en commandite Avions C Series afin d’appuyer la réalisation du programme. L’intention de leur gouvernement à cet effet avait été clairement établie l’automne dernier.

Grâce à l’entente avec Bombardier (TSX:BBD.B), le gouvernement du Québec possède donc 49,5 pour cent de la Société en commandite Avions C Series. Deux versements de 500 millions $ US seront effectués, le 30 juin et le 1er septembre prochains.

L’entente prévoit que tous les produits du programme C Series, soit les avions CS100 et CS300, ainsi que tous les dérivés le cas échéant, seront désormais couverts partout dans le monde par la Société en commandite Avions C Series.

Le chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, a affirmé que cet investissement démontrait la confiance du gouvernement provincial envers le plus gros appareil de l’entreprise.

«Leur investissement accélérera l’élan que nous avons créé, renforcera la confiance qu’ont nos clients dans les avions et fournira à Bombardier la flexibilité financière dont elle a besoin pour livrer concurrence et gagner», a indiqué par communiqué M. Bellemare.

L’investissement que le gouvernement confirme est annoncé à moins de deux semaines du début du Salon international de l’aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni.

Air Canada a indiqué jeudi que le transporteur continuait de travailler sur la finalisation du contrat avec le constructeur pour un nombre pouvant aller jusqu’à 75 avions de la CSeries après qu’eut été adopté à Ottawa le projet de loi qui assouplit les conditions sur le maintien de l’entretien lourd de ses avions à Montréal, Winnipeg et Mississauga.

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a affirmé que le gouvernement fédéral continuait de négocier un soutien financier potentiel pour Bombardier, qui souhaite obtenir 1 milliard $ US d’Ottawa.

«Nous croyons qu’à long terme, il (le secteur de l’aéronautique) s’agit de l’un des segments les plus innovants de l’économie, alors de ce point de vue, compter sur une entreprise de pointe comme Bombardier est important, et nous discutons avec eux pour réfléchir comment s’assurer que le secteur continue d’avoir du succès», a dit le ministre aux médias après avoir pris la parole devant l’Economic Club of Canada à Toronto.

M. Morneau n’a pas voulu discuter des possibles pierres d’achoppement, mais Ottawa aurait appelé Bombardier à modifier sa structure de propriété, ce que la famille fondatrice qui contrôle l’entreprise par l’entremise des actions à droit de vote multiple a dit ne pas envisager.

La CSeries a deux années de retard par rapport à l’échéancier initial, et a encouru environ 2 milliards $ US en dépassements de coûts. Le premier avion devrait être remis à Swiss Airlines la semaine prochaine et entrer en service le 15 juillet.

Selon l’entente modifiée, le gouvernement du Québec recevra des bons de souscription pour acquérir jusqu’à 100 millions d’actions de Bombardier, ou 4,26 pour cent des actions courantes. Cela représente la moitié des bons de souscription qui étaient prévus dans l’entente préliminaire.

La porte-parole de Bombardier Sylvie Gauthier a affirmé que le changement avait été apporté pour refléter la situation financière améliorée de l’entreprise.

«Nous avons réduit les risques du programme, nous avons des ventes, les actions ont pratiquement doublé de valeur, alors tout cela est pris en compte dans les négociations», a-t-elle expliqué en entrevue.

En point de presse concernant une autre annonce gouvernementale, jeudi, à Montréal, la ministre québécoise de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, a soutenu que Québec avait voulu s’assurer d’avoir la «juste valeur marchande».

«La juste valeur marchande enlève le plafond du prix des actions, ce qui nous permet à nous, alors, d’obtenir le véritable prix au moment de la vente de la portion gouvernementale, le cas échéant», a fait valoir la ministre.

Mme Anglade a dit avoir la garantie que «le siège social demeure à Montréal, avec les opérations associées à la CSeries, pour une période de 20 ans, et ce, même si le gouvernement provincial ne devait plus être actionnaire dans six ans, dans sept ans»­.

L’incertitude sur une aide d’Ottawa ne remet aucunement en cause la participation du gouvernement du Québec, a aussi dit la ministre.

«On a eu des bonnes nouvelles pour Bombardier, mais on veut qu’il y en ait d’autres. Le fédéral serait plus que bienvenue, et des nouvelles commandes aussi», a-t-elle déclaré.

À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a clôturé à 1,98 $, en hausse de trois cents, ou 1,54 pour cent par rapport au cours de la veille.