Avions de chasse: des constructeurs critiquent l’assouplissement des critères

OTTAWA — Des constructeurs d’avions de combat avancent que le plan du gouvernement Trudeau d’assouplir les critères d’approvisionnement pour les avions de chasse F-35 pourrait ultimement nuire au Canada.

Les libéraux ont révélé plus tôt ce mois-ci qu’ils prévoyaient assouplir les exigences industrielles pour les entreprises aérospatiales dans le cadre de son appel d’offre de 19 milliards $, visant à remplacer les CF-18 vieillissants du Canada par 88 nouveaux avions de combat.

Le gouvernement supprimerait essentiellement l’exigence de longue date selon laquelle les entreprises soumissionnant pour des contrats importants dans le secteur de la défense s’engageraient contractuellement à dépenser une partie de l’argent du contrat dans l’industrie canadienne.

Des responsables américains avaient prévenu le gouvernement canadien que son projet ne serait pas compatible avec les obligations du Canada dans le cadre du programme multinational de chasseurs furtifs F-35, qui est construit par Lockheed Martin.

Pourtant, les dirigeants de deux rivaux de Lockheed, Boeing et Saab, se sont opposés au plan, mercredi, affirmant que la politique précédente avait bien fonctionné et que ces changements risquaient de nuire aux contribuables et au secteur aérospatial canadien.

L’entreprise américaine Boeing construit l’avion de combat Super Hornet et la suédoise Saab est à l’origine du chasseur Gripen.

«Votre politique est en place depuis des décennies et connaît un grand succès pour l’industrie canadienne, a déclaré Jim Barnes, directeur du développement des affaires au Canada pour Boeing. Alors, pourquoi vous vous éloigneriez d’une politique qui a si bien réussi pour accommoder un compétiteur?»

Ces avantages perdus pour l’industrie pourraient également nuire à la capacité de l’armée à exploiter le moindre avion de chasse qui remportera la compétition, a déclaré Patrick Palmer, vice-président exécutif de Saab.

Les deux dirigeants, qui ont pris la parole lors de réunions d’information distinctes en marge du salon annuel du CANSEC à Ottawa, n’ont pas voulu dire clairement que la proposition du gouvernement favoriserait injustement les F-35.

Mais ils ont indiqué qu’ils avaient fait part de leurs préoccupations au gouvernement et qu’ils attendraient de voir comment il réagira — ce qui pourrait avoir une incidence sur le fait que leurs entreprises décident ou non de soumissionner.

Le ministre de l’Innovation, Navdeep Bains, a affirmé lors d’une discussion au même événement que le gouvernement sera en mesure de conjuguer les exigences des forces armées avec la nécessité d’une concurrence loyale, tout en «maximisant les avantages économiques».

«Ce sont les principes qui ont guidé nos décisions», a-t-il soutenu.