Avions de recherche: les soumissionnaires ont envoyé des documents par camion

OTTAWA – Au moins deux des entreprises qui ont soumissionné pour obtenir le contrat pour le remplacement des avions de recherche et de sauvetage ont dû louer des camions de déménagement pour envoyer les documents sur lesquels les bureaucrates se fonderont pour évaluer leur projet.

Selon des détracteurs et des experts, cela démontre comment le processus d’acquisition de matériel militaire est devenu «incroyablement compliqué» et rébarbatif, malgré les promesses des libéraux et des conservateurs de réformer le système.

La soumission d’Alenia Aermacchi North America pesait 2700 kilogrammes. Airbus Defence and Space a livré, par U-Haul, ses 1500 kilogrammes de documents à Services publics et Approvisionnement Canada, le 11 janvier. On ignore quel était le poids de la soumission de l’entreprise brésilienne Embraer, la dernière venue dans la course pour l’obtention du contrat de 3,1 milliards $.

Le gouvernement fédéral ne demandait pas seulement des questions sur le type d’avion qu’il devait acquérir. Il sollicitait aussi des recommandations sur le nombre d’appareils à commander et sur les endroits pour les stationner.

Alan Williams, un ancien sous-ministre adjoint à la Défense — qui avait supervisé le premier appel d’offres pour l’achat de ces appareils, il y a 10 ans —, est éberlué de constater la complexité du processus, particulièrement sur le plan des documents à fournir au gouvernement.

«Je ne sais pas pourquoi qu’importe quel processus peut nécessiter autant de documents, a-t-il avancé. C’est absolument pervers».

Dave Perry, un expert sur les questions militaires, a déclaré, plus tôt cette semaine, devant le Sénat, que la stratégie du précédent gouvernement sur les acquisitions militaires — adoptée il y a deux ans — n’a pas produit les résultats escomptés.

Au début du mois, M. Perry et son collègue George Petrolekas avaient plaidé en faveur «d’une politique d’acquisition cohérente».

Un porte-parole du ministère des Travaux publics n’a pas voulu préciser la quantité de documents demandés, ni le volume spécifique des soumissions, mais il a défendu la nécessité de demander autant de détails. «Les soumissionnaires devaient s’assurer que l’information fournie était complète et clairement articulée», a expliqué Pierre-Alain Bujold.

M. Bujold a indiqué que le volume des envois de document n’a pas pu avoir d’effet sur l’évaluation des soumissions puisque les entreprises avaient également fourni une copie numérique des documents. Un contrat devrait être attribué en 2016 ou très tôt l’année prochaine.

Le remplacement des avions de recherche a été a été annoncé par le gouvernement libéral sous Paul Martin, en 2004. Le projet a été reporté à la suite d’accusations voulant que l’armée de l’air eut établi des exigences spécifiques visant à favoriser un constructeur militaire. Ce n’est que l’an dernier que le gouvernement Harper est parvenu à faire avancer le dossier.