Avocat en Bolivie, étudiant au Danemark, gardien de but à Oxford: qui est PSPP?

QUÉBEC — Le nouveau chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon mise sur ses atouts pour rallier toute son équipe de députés mercredi et jeudi, son premier grand test à l’Assemblée nationale, mais il demeure largement méconnu.

Saviez-vous qu’il a été avocat anticorruption en Bolivie et qu’il a reçu des menaces de mort? Qu’il a vécu au Danemark dans la famille d’un pasteur protestant? Qu’il était gardien de but au hockey pendant ses études à la prestigieuse université Oxford au Royaume-Uni?

Élu vendredi soir avec 56 % des voix des membres contre 44 % pour le député Sylvain Gaudreault, il doit maintenant se faire connaître des électeurs et tisser des liens avec le caucus.

«Mon rôle va être de me rapprocher de mon équipe (de députés) et d’être proche de Québec», a dit M. St-Pierre Plamondon à propos de sa rencontre avec le caucus de neuf élus mercredi et jeudi.

En entrevue avec La Presse canadienne mardi soir, celui qui n’a jamais encore été député à l’Assemblée dit avoir parlé à chacun des élus péquistes et avoir reçu un accueil positif: «Ils veulent collaborer et ils reconnaissent la pleine validité du choix des membres.»

Le Danemark, le Oui et Air Canada

Avocat et détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA), l’homme de 43 ans a acquis ses convictions au fil de ses expériences de vie. À 17 ans, il part vivre en Scandinavie, en échange, dans une famille au Danemark, un pays qui l’a marqué. C’est là qu’il acquiert sa fibre sociale-démocrate et «la normalité d’avoir son drapeau et son pays».

L’année suivante, il revient au Québec et vote Oui au référendum de 1995, mais son père, fédéraliste, qui s’y oppose, refuse de l’amener au bureau de scrutin.

Il sera également agent de bord à Air Canada pendant deux étés. Il dit avoir alors pris conscience de la situation d’un francophone minoritaire au Canada.

«J’ai vu c’est quoi, la fiction du bilinguisme canadien promis par Pierre Elliott Trudeau et son fils. J’ai alors senti que le français était une source de discrimination.»

L’OTAN, la Bolivie, l’indépendance

Sa carrière d’avocat l’amène notamment au siège de l’OTAN à Bruxelles, pendant la guerre en Irak, au plus fort des tensions entre les États-Unis et la France, dont il est témoin. Mais son travail pour une ONG en Bolivie sera une autre de ses révélations. Il mène la lutte contre la corruption et poursuit alors le gouvernement bolivien.

«Ça a installé la lutte à la corruption comme sujet d’importance dans ma vie», a-t-il confié. Une émission d’affaires publiques, Bazzo.tv, contribue à le faire connaître sur cet enjeu, ainsi que l’Opération Balai, qui réclame une commission d’enquête au Québec — qui sera la commission Charbonneau.

Toutefois, il l’avoue: durant ces années, il n’était pas indépendantiste. Sa réflexion sur la lutte contre la corruption le conduit vers cette conclusion qui deviendra logique selon lui.

«Le chemin vers l’indépendance est une conséquence de ça: lorsque j’ai réalisé que le scandale des commandites, avec des gouvernements comme ceux de Jean Charest et Philippe Couillard, des gouvernements dits fédéralistes, allaient revenir cycliquement et allaient s’assurer que le Québec reste stable dans le Canada tout en récompensant des amis du régime qui participent à cette mission.»

Plusieurs défis attendent le nouveau chef Paul St-Pierre Plamondon, qu’on surnomme déjà PSPP.

D’une part, c’est un chef non parlementaire. Il dit n’être pas pressé de faire son entrée au Salon bleu, afin de privilégier plutôt le travail sur le terrain, sauf qu’en cette période de pandémie, il est difficile d’aller à la rencontre des électeurs.

D’autre part, il faut reconstruire le parti qui a subi sa pire défaite électorale en 2018, passant du statut d’opposition officielle à celui de troisième groupe d’opposition. Il y a neuf élus péquistes en Chambre, par rapport à 76 de la Coalition avenir Québec, 28 du Parti libéral et 10 de Québec solidaire.

Trois des cinq élus péquistes qui avaient le droit de se prononcer dans cette course avaient appuyé un autre candidat: Joël Arseneau (Îles-de-la-Madeleine), Méganne Perry Mélançon (Gaspé) et Lorraine Richard (Duplessis) ont soutenu leur collègue, le député de Jonquière Sylvain Gaudreault.

Deux députés, Sylvain Bonaventure (Bonaventure) et Véronique Hivon (Joliette), n’ont pas pris position publiquement.

Trois autres, à titre d’officiers du groupe parlementaire, ne pouvaient se prononcer, soit le chef intérimaire Pascal Bérubé (Matane), le leader parlementaire Martin Ouellet (René-Lévesque) et le président du caucus, Harold LeBel (Rimouski).

Le PQ a choisi son chef vendredi au terme d’une longue course de neuf mois perturbée par la pandémie. Outre MM. St-Pierre-Plamondon et Gaudreault, l’humoriste Guy Nantel et l’historien Frédéric Bastien étaient sur les rangs.

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