Avoir 18 ans au temps de la COVID-19 : des jeunes s’expriment

MONTRÉAL — Beaucoup de choses ont été dites sur nos ainées, mais peu sur nos jeunes si ce n’est pour leur rappeler que  «les partys, c’est fini!». Mais eux, qu’ont-ils à dire au sujet de la pandémie et du confinement? La question a été posée en entrevue sur Zoom à un groupe de jeunes adultes tricotées serrées. 

«Ça me tue de l’intérieur honnêtement», répond candidement Alexane Maisonneuve, visiblement lasse de passer ces journées devant un écran, enfermée dans sa chambre. 

Ces jours-ci, la jeune femme dégourdie, qui de son propre aveu «parle à tout le monde», quitte à peine le domicile familial pour travailler. «C’est ma seule sortie de la semaine!» 

En raison des cours à distance, l’étudiante n’a pas remis les pieds au cégep depuis presque un an. «Si je prends l’exemple de mon frère qui est encore au secondaire, lui au moins, il va à l’école une journée sur deux. Il peut voir ses amis. 

Alexane admet que l’absence de contact physique lui pèse et que les rencontres virtuelles ont leurs limites. «Oui, avec FaceTime on s’envoie des vidéos entre nous, mais il manque le côté humain», se désole-t-elle. 

Comme son amie, Chloé Tremblay pense qu’on sous-estime les effets de la pandémie sur les jeunes adultes. 

Les plus vieux qui les pointent du doigt, les quelques-uns qui se rassemblent en exhibant leur insouciance sur Instagram et qui donnent l’impression que tous les jeunes agissent pareil, le sentiment de ne pas être considérés aux yeux des décideurs… Voilà, en partie, ce qui les agace.

«On parle des jeunes, mais pas pour les bonnes raisons, dénonce Chloé. Ça nous affecte tellement de ne pas aller à l’école, il y a notre santé mentale qui est en jeu, mais personne ne semble s’en soucier.»

«Je comprends les problèmes de logistiques et le casse-tête organisationnel que ça peut représenter, renchérit Simone Desrochers, mais les élèves du cégep et de l’université sont les seuls à ne pas être retournés en classe. Le primaire et le secondaire y sont retournés, une partie des gens qui étaient en télétravail ont réintégré les bureaux. Ils ont pensé à faire des arrangements pour les autres, mais pas pour nous.» 

Emma Tremblay abonde dans le même sens. «Je ne les blâme pas, mais ils nous ont donné de faux espoirs à la fin de l’été en évoquant une session hybride, dit-elle. On n’a rien eu de tout ça.»

Les cours en ligne ont ébranlé quelques-unes de leurs certitudes par rapport à l’enseignement supérieur.

Simone se questionne sur son parcours académique. Elle n’est pas certaine de recevoir toutes les bases nécessaires pour apprendre son métier.  «J’ai beaucoup de difficulté à me dire que les Zooms, c’est aussi efficace qu’un cours en classe», indique-t-elle. 

Selon elle, une grosse partie de l’apprentissage se fait aussi à l’école, en étant en contact avec d’autres camarades, en posant des questions, en établissant des liens qui lui serviront un jour dans le monde professionnel.  

Quant à Alexane, elle a abandonné le secteur professionnel au printemps dernier et étudie depuis en sciences humaines. «Je ne dirais pas que c’est totalement la faute de la COVID, mais disons que ça n’a pas aidé», dit-elle. 

Elle trouve parfois difficile de garder la motivation. «Je ne sais plus nécessairement ce que je veux faire, j’assiste aux cours que les profs donnent, mais il y en a qui ne les donnent pas. Il y en a d’autres qui arrivent en retard et qui se trouvent des excuses de connexion, des fois tu envoies des courriels et ils ne te répondent pas.» 

Chloé fait remarquer qu’il y a peut-être des enseignants qui n’ont pas envie de donner des cours à distance alors ils ne le font pas, même s’ils sont censés le faire.

En une session complète, Alexane a vu son professeur de philosophie une fois. Elle a eu deux travaux à rendre pour ce cours. 

Même constat pour Emma qui confie avoir «deux ou trois cours où elle se sent laissée à elle-même», les enseignants préférant envoyer des articles à lire. 

«Il y a des profs qui veulent que tu sois autodidacte, fustige Simone, sauf que moi c’est pas pour ça que je fais une technique. Si je vais à l’école, c’est pour être guidé.» 

«On ne s’est pas inscrit à l’école à distance – on aurait pu le faire, pourtant ce n’est pas ce qu’on voulait. On voulait avoir des cours avec des humains», rajoute Chloé. 

Attentes déçues

La liste des déceptions s’allonge. Normalement à 18 ans, c’est l’âge de sortir, d’aller voir ailleurs, de décrocher son permis de conduire ou de partir en «roadtrip». Pour certains, c’est aussi le moment de déménager en appartement pour la première fois, de faire de nouvelles rencontres. Bref, de vivre à fond sa liberté. Normalement.

Les quatre filles l’avouent, avant la COVID-19, elles aimaient sortir faire la fête. «Je dirais qu’on sortait toutes les fins de semaine», dit Emma. Alexane acquiesce et répète: «toutes les fins de semaine».  

Derrière son écran, le visage encadré par deux mèches blondes, Simone explique: «on était vraiment un «squad» social». «On aimait ça être avec du monde, dit-elle. On rencontrait de nouvelles personnes au cégep, au bar, on élargissait notre cercle». 

«On venait d’avoir 18 ans, ou presque pour la plupart d’entre nous, poursuit Emma. C’était le début des nouvelles amitiés. C’est ça qui est le plus triste. Au cégep on commençait à construire quelque chose et ça s’est arrêté brutalement. Tu vois des gens avec qui tu aurais pu avoir plus d’affinités, mais ça a été coupé.»

Elle fait remarquer qu’en presque deux ans, elle aura fait plus de la moitié de son cégep en ligne. « La dernière fois que je suis allée au cégep, je ne pensais que ce serait la dernière fois. Elle n’a pas l’impression de vivre pleinement l’expérience collégiale. 

«Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais», laisse-t-elle tomber, visiblement déçue. 

Santé mentale

En plus de couper court aux traditionnels rites de passage et aux balbutiements de la vie adulte, la pandémie a également exacerbé les problèmes de santé mentale. 

«C’est prouvé scientifiquement, j’ai lu des études, dit Simone. La pandémie affecte plus les gens de notre groupe d’âge. Je comprends qu’il faut éviter de contracter le virus sauf qu’il ne faudrait pas que notre tête soit malade.» 

Emma ajoute que la moitié de ses amis ont commencé à consulter un thérapeute. Elle connait d’autres personnes qui ont commencé à prendre des antidépresseurs. « Il y a vraiment des impacts et ça se voit», dit-elle. 

Génération numérique

Heureusement, il existe les applications comme Messenger, Snapchat et Instagram qui leur permettent de rester connectés, même à distance. 

Le groupe raconte que les neuf derniers mois les ont rapprochés. « On a vécu des trucs plus difficiles qui nous ont amenés à nous ouvrir sur notre santé mentale», estime Chloé.

Simone pense aussi que la pandémie leur a appris à être plus honnêtes l’une envers l’autre et à partager leurs sentiments. 

Même s’il y a eu de ces moments où elles avaient moins tendance à aller en profondeur et où les conversations restaient plus en surface parce qu’elles se voyaient si peu qu’elles préféreraient avoir du fun et oublier le virus. «On était toujours chez nous à ne rien faire alors quand on se voyait on voulait profiter du moment», dit Emma. 

Les filles admettent qu’à leur âge, la cohabitation presque 24/7 avec les autres membres de la famille n’est pas toujours facile. «Ça donne vraiment le goût de partir en ‘appart’ je trouve – de se trouver un petit 1 ½ sur Mont-Royal – puis de commencer nos vies», résume Simone. 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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