La quête d’équilibre à tout prix plongerait le Canada en récession, dit Morneau

OTTAWA – Les partis d’opposition réfutent l’analyse du ministre des Finances, Bill Morneau, lequel a plaidé mardi que la recherche de l’équilibre budgétaire, dans la conjoncture économique actuelle, plongerait le Canada dans une nouvelle récession.

«Les autres partis qui ont promis un budget équilibré à tout prix pendant la dernière campagne électorale feraient des compressions de dizaines de milliards de dollars au pire moment», a suggéré le grand argentier du pays devant le comité des finances.

«Pour être franc, cela nous aurait probablement plongé dans une autre récession», a-t-il enchaîné.

Le ministre des Finances dévoilait la veille que le déficit fédéral serait d’au moins 18,4 milliards $ l’an prochain — un montant qui ne tient pas compte de la promesse libérale d’investir massivement dans les infrastructures.

Les libéraux de Justin Trudeau font désormais de l’atteinte de l’équilibre budgétaire un «objectif», après avoir promis en campagne électorale d’écrire un budget à l’encre noire d’ici la fin de leur premier mandat.

Car pour l’heure, la priorité est «d’investir dans notre économie pour favoriser la croissance économique après une longue période de faible croissance», a insisté Bill Morneau devant le comité des finances, mardi.

Les propos du ministre ont fait bondir la porte-parole conservatrice en matière de finances, Lisa Raitt, qui a ramené le sujet sur le tapis un peu plus tard lors de la période de questions en Chambre.

«Était-il vraiment sérieux lorsqu’il a dit que présenter un budget équilibré entraînerait une récession?», a-t-elle demandé.

Son collègue Maxime Bernier avait auparavant accusé le ministre Morneau d’avoir «perdu le contrôle» des finances publiques et lui a suggéré de «se ressaisir», faute de quoi il «devrait laisser la place à quelqu’un d’autre».

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a pour sa part accusé le titulaire du ministère des Finances de «parler à travers son chapeau» en y allant d’une telle analyse sur l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Selon lui, c’est parce que les libéraux interviennent «seulement du côté des dépenses» qu’ils finiront par dépenser «au bas mot 20 milliards de plus que ce qui rentre».

«Il faut agir aussi du côté des revenus. (…) Le NPD avait un plan pour augmenter les taxes des grandes sociétés au Canada, les libéraux refusent de le faire», a soutenu M. Mulcair en point de presse à l’issue de la période des questions.

Aide à l’Alberta

En début de journée, le ministre des Finances confirmait que le fédéral versera un peu plus de 250 millions $ à l’Alberta dans le cadre d’un programme de stabilisation.

Ottawa délie les cordons de sa bourse pour venir en aide à l’Alberta, province aux prises avec des turbulences économiques en raison de la dégringolade des prix dans le secteur de l’énergie.

«Les Canadiennes et les Canadiens s’attendent à ce que nous unissions nos efforts pour aider les familles à traverser les périodes difficiles», a plaidé M. Morneau par voie de communiqué.

«Lors de mon récent passage à Calgary, j’ai pu moi-même constater les défis auxquels les familles albertaines font face», a-t-il ajouté dans la même déclaration.

Les défis en question sont tels qu’Ottawa a déterminé que l’Alberta était admissible au paiement maximal prévu au programme fédéral de stabilisation fiscale, qui est de 60 $ par habitant, pour un total de 251,4 millions $.

Le programme de stabilisation fiscale aide les provinces faisant face «à des baisses importantes de leurs revenus d’un exercice à l’autre à cause d’un ralentissement économique exceptionnel», précise le ministère des Finances dans un document d’information.

L’annonce de cette aide financière a été accueillie tièdement par la chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, selon qui la création d’emplois, pour l’Alberta, passe par l’approbation rapide de projets d’oléoducs et l’abandon du projet libéral d’imposer une taxe sur le carbone.

«Quand est-ce que le premier ministre va comprendre que de lancer de l’argent emprunté par les fenêtres ne crée pas d’emplois?», a-t-elle lancé en Chambre.

Le reproche a étonné son interlocuteur. «Je trouve cela comique que cette députée, qui nous exhorte depuis longtemps à aider l’Alberta, nous reproche maintenant que (le transfert de 251 millions $) est insignifiant», a répliqué Justin Trudeau.

La première ministre néo-démocrate de l’Alberta, Rachel Notley, avait officiellement fait la demande d’aide financière à M. Trudeau lors de la visite de ce dernier à Edmonton au début du mois de février.

Le premier ministre libéral s’était engagé lors de cette même rencontre à accélérer les versements de 700 millions $ déjà prévus en infrastructure pour la province de l’Ouest, où 19 600 emplois ont été perdus en 2015 — le pire résultat à ce chapitre depuis la récession de 1982.

La ministre fédérale de l’Emploi, MaryAnn Mihychuk, répète par ailleurs depuis un certain temps qu’elle planche sur des mesures visant à rendre l’accès à l’assurance-emploi plus flexible pour les travailleurs touchés par la situation économique en Alberta.