Banques alimentaires: 50 % des nouveaux usagers ont le dos au mur

MONTRÉAL — Près de la moitié des gens qui ont recours aux banques alimentaires pour la toute première fois se trouvent en situation d’insécurité alimentaire grave, prévient une nouvelle étude.

L’étude PARCOURS, dont les premières données ont été dévoilées en primeur à La Presse Canadienne, démontre ainsi que 46 % des nouveaux bénéficiaires attendent essentiellement d’avoir le dos au mur, au point de parfois devoir se priver de nourriture pendant toute une journée, avant de demander de l’aide.

«Les gens vont utiliser toutes sortes de stratégies avant d’avoir recours à l’aide alimentaire, a expliqué la co-chercheuse principale de l’étude, Geneviève Mercille. Ils vont emprunter de l’argent à leur entourage. Ils vont retarder leurs paiements de loyer. Ils vont couper des services, comme l’accès à internet ou la télévision. Ils vont utiliser toutes sortes d’autres choses pour couvrir leurs besoins de base.»

Les chercheurs ont recruté un millier de nouveaux usagers d’organismes d’aide alimentaire tout juste avant le début de la pandémie, entre septembre 2018 et janvier 2020.

Ils ont constaté que les trois quarts des nouveaux demandeurs  d’aide alimentaire devaient se débrouiller avec des revenus de moins de 20 000 $ par an.

«Quand on a pris connaissance de ces premières statistiques-là, on a été profondément choqués, a confié Mme Mercille. On ne pensait que c’était une aussi grande proportion qui vivait en insécurité alimentaire grave, que les gens attendraient aussi longtemps avant d’avoir recours (aux banques alimentaires).»

Le fait d’avoir besoin d’une aide alimentaire «heurte la dignité», poursuit-elle; la fierté et la gêne peuvent donc en partie expliquer pourquoi les gens attendent aussi longtemps avant d’avoir recours aux banques alimentaires.

Mais le réseau communautaire a dû faire face à un bond des urgences et des demandes d’aide depuis le début de la pandémie, rappelle Mme Mercille. L’accessibilité réduite des services a donc elle aussi pu représenter un obstacle.

«(L’étude) vient mettre des chiffres sur les anecdotes, sur ce que les membres nous disent sur le terrain, a pour sa part analysé Véronique Beaulieu Fowler, de Banques alimentaires du Québec. On entend ces choses-là de manière courante, mais quand on voit le chiffre, c’est assez parlant. Ça vient valider que le travail de Banques alimentaires du Québec est un besoin extrêmement important parce que ces gens-là en sont rendus à leurs derniers recours.»

Santé mentale

L’étude PARCOURS démontre par ailleurs que la santé mentale des usagers des banques alimentaires est significativement inférieure à celle de la moyenne de la population.

Elle révèle également que l’insécurité alimentaire se vit de manière différente en fonction du milieu de vie. On note en effet une plus grande fragilité dans les environnements ruraux, alors que 50 % des ménages composés de nouveaux usagers sont en situation d’insécurité alimentaire grave, contre 39 % en centres urbains.

L’étude PARCOURS indique enfin que les banques alimentaires constituent une porte d’entrée vers d’autres services communautaires pour 86 % des nouveaux demandeurs.

«On nous dit sur le terrain que le visage de la faim est extrêmement diversifié, a indiqué Mme Fowler. Il y a parfois des idées préconçues sur qui est le demandeur d’aide alimentaire, et je pense que les chiffres démontrent que dans le fond, comme on nous le dit sur le terrain, que les demandeurs d’aide alimentaire vivent des situations vraiment diverses. C’est la réalité.»

La moitié des nouveaux usagers sont des étudiants, des gens qui travaillent ou encore des gens qui se cherchent activement un emploi, a ajouté Mme Mercille, ce qui démontre qu’«il y a quand même une proportion élevée de travailleurs à faibles revenus, de gens qui sont actifs pour gagner leur vie, qui ont de la misère à assurer leurs besoins de base».

Ces gens-là, qui étaient déjà fragiles, se retrouvent encore plus vulnérables et risquent de ressentir les conséquences de la pandémie pendant encore longtemps, prévient-elle.

Les chercheurs poursuivront au cours des prochains mois l’étude de leurs participants.

«Ça va nous donner une compréhension en profondeur de l’accès à cette aide d’urgence-là et à d’autres moyens pour s’en sortir, comme se trouver un emploi, se trouver un logement moins cher, a dit Mme Mercille. Ça va vraiment nous donner un portrait du parcours des gens pour essayer de se sortir d’une situation très difficile à vivre.»

Quelque 900 000 personnes seraient touchées par l’insécurité alimentaire au Québec.

L’étude PARCOURS a été réalisée par la Chaire de recherche du Canada Approches communautaires et inégalités de santé (Chaire CACIS), en collaboration avec les Banques  alimentaires du Québec.