BAPE: le projet de réseau électrique de la CDPQ ira de l’avant, assure Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard assure que le projet de train électrique montréalais piloté par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) ira de l’avant dans les échéanciers prévus, malgré le rapport peu reluisant qu’a dévoilé vendredi après-midi le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

La construction du réseau électrique de 67 kilomètres, qui vise à relier la Rive-Sud, puis la Rive-Nord jusqu’à Deux-Montagnes en passant par Laval, de même que l’aéroport Trudeau et l’Ouest de l’île jusqu’à Sainte-Anne-de-Bellevue, devrait commencer cet été pour entrer en service en 2020.

En marge du Forum économique mondial de Davos, vendredi, M. Couillard a tenu à dire que le projet n’était «absolument pas» remis en question par l’analyse du BAPE.

Dans son rapport publié vendredi, le BAPE estime «qu’il serait prématuré d’autoriser la réalisation du projet de REM avant que l’ensemble de ces informations soit disponible».

«Le BAPE n’a pas de feu (vert) à donner, a insisté le premier ministre. Le BAPE est un organisme consultatif. La décision appartient au gouvernement. Bien sûr, elle va être éclairée par ce qu’on verra dans le rapport, mais la décision appartient au gouvernement.»

M. Couillard, qui n’avait pas lu le rapport en détail, a indiqué qu’il pourrait y avoir des «ajustements», mais il a tenu à être «très, très clair» en disant que le projet n’est pas compromis.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, ne semble pas non plus avoir été refroidi par les premières informations filtrées par les médias. «Je vais attendre de le lire. (…) Mais pour moi, c’est un dossier qui est extraordinaire et qui est important, puis qui doit se faire rapidement», a-t-il dit.

La Fédération des chambres de commerce du Québec et le Conseil du patronat du Québec se sont fait l’écho des propos de MM. Couillard et Coderre.

Le BAPE a remis au ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques un document étoffé de plus de 300 pages, dans lequel il conclut qu’il ne peut pas évaluer l’ensemble des impacts sur les milieux naturels, faute de données complètes.

«La commission d’enquête est d’avis que l’absence d’un portrait complet du milieu naturel récepteur et d’une analyse finale des répercussions du projet sur celui-ci ont nui à l’accès au savoir par la population», est-il écrit dans le rapport.

Pour les données auxquelles il a eu accès, le BAPE émet plusieurs réserves, notamment sur les milieux naturels de la Rive-Sud de Montréal et sur l’écoterritoire de la coulée verte du ruisseau Bertrand, au nord-ouest de l’île de Montréal.

La CDPQ Infra — une filiale de la Caisse — s’est toutefois engagée à mettre en place des mesures de compensation pour les pertes dans les milieux naturels, note le rapport.

Le BAPE s’est aussi penché sur l’aspect financier du projet.

Le BAPE recommande au gouvernement québécois d’exiger des mises à jour sur la rentabilité du projet «considérant la participation financière des contribuables au réseau électrique métropolitain et considérant qu’il se base sur un nouveau modèle de financement du transport collectif non éprouvé tel que proposé par CDPQ Infra inc. et le gouvernement du Québec».

L’organisme constate aussi qu’il «subsiste encore beaucoup d’inconnus», notamment sur le rendement espéré de la Caisse ou de l’intégration tarifaire.Le BAPE n’a pas eu accès au cadre financier de la CDPQ Infra.

M. Couillard suggère toutefois que le BAPE pourrait avoir outrepassé ses compétences sur ce point.

«Les analyses économiques, ce type d’étude-là, je ne suis pas certain que c’est dans leur mandat précis de faire ça», a-t-il déclaré.

La publication du rapport a suscité les inquiétudes de plusieurs intervenants.

Par voie de communiqué, le Parti québécois a dénoncé «l’opacité du gouvernement» sur le financement du projet et l’a accusé de «faire fi des risques financiers».

«Rappelons-nous que la CDPQ Infra s’était montrée agacée d’être interrogée à ce propos par le BAPE. Que cherche-t-elle à cacher?», a lancé Alain Therrien, porte-parole en matière de transports.

De son côté, l’Union des producteurs agricoles a carrément demandé au gouvernement et à la CDPQ de réviser leur projet. Dans son rapport, le BAPE relève que «les optimisations du projet de réseau électrique métropolitain, à la suite du dépôt de l’étude d’impact, n’ont pas réduit son empiétement sur les terres agricoles».

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