Barricade à Saint-Lambert: des copies de l’injonction remises aux manifestants

SAINT-LAMBERT, Qc — Le Canadien National (CN) a obtenu une injonction temporaire du tribunal pour que cesse l’obstruction, par des manifestants, d’une voie ferrée de Saint-Lambert, en Montérégie.

Un huissier, entouré de policiers, a remis en début de soirée des copies de l’injonction à la vingtaine de manifestants qui occupaient les lieux.

Ceux-ci ne donnaient aucun signe de vouloir obéir à l’injonction.

En vertu de cette injonction accordée par la juge France Dulude, il est notamment interdit à quiconque d’occuper les voies d’accès, les passages à niveau et les voies ferrées appartenant au CN dans l’ensemble de la province. L’injonction intime aussi à quiconque d’agir de façon à empêcher, à entraver et à retarder les opérations ferroviaires du plaignant. La juge ordonne qu’aucune menace ou intimidation ne soit proférée contre un employé, un client ou un représentant du CN dans l’exécution de la décision du tribunal.

L’injonction sera en vigueur jusqu’au 28 février à 16 h.

Le premier ministre François Legault avait promis jeudi matin que la barricade serait démantelée par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) lorsque l’injonction serait délivrée. Le SPAL a préféré ne pas commenter la situation lorsque joint par La Presse canadienne.

Le blocus paralyse depuis mercredi le service de la ligne de train de banlieue Exo3 et de Via Rail entre Montréal et Québec.

La barricade a été installée par des manifestants qui disent agir en solidarité avec les Autochtones de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

Cette manifestation a contraint le transporteur Exo à maintenir pour une période indéterminée la suspension du service de trains de la ligne Exo3 reliant Mont-Saint-Hilaire au centre-ville de Montréal. De plus, Via Rail a repoussé à vendredi, en fin de journée, la reprise des liaisons ferroviaires entre Montréal et Québec qui était prévue pour jeudi.

Sur le site de Saint-Lambert, jeudi, quelques dizaines de manifestants — équipés de tentes, de matériel de camping et de bois pour le feu — ont affirmé qu’ils prévoyaient rester sur les lieux aussi longtemps que la Gendarmerie royale du Canada demeurera sur le territoire Wet’suwet’en.

Une jeune manifestante cagoulée a tenté de jeter de l’huile sur le feu lors d’une déclaration lue jeudi en fin d’après-midi devant les journalistes.

«La situation est claire: des blocages surgissent chaque jour, bloquant une infrastructure, a-t-elle lancé. Les gouvernements refusent d’écouter les chefs wet’suwet’en qui luttent contre les pipelines sur leur territoire. Le Canada est bloqué jusqu’à nouvel ordre. Les protecteurs et protectrices de l’eau et de la terre sont appelés à bloquer le pouvoir colonial: port, ponts, routes, rails, partout, maintenant.»

Jeudi également, la GRC a confirmé que le commandant de sa division de la Colombie-Britannique avait envoyé une lettre aux chefs héréditaires Wet’suwet’en, dans laquelle il accepte de discuter de la présence sur leur territoire d’un petit contingent d’agents.

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, avait dit précédemment que la GRC avait accepté de déplacer les agents hors du secteur où les chefs héréditaires de la Première Nation manifestaient contre la présence d’un pipeline sur leur territoire.

À Saint-Lambert, des manifestants — qui ont refusé de donner leurs noms aux journalistes — se sont décrits comme des sympathisants des Wet’suwet’en et ont affirmé qu’ils suivraient les recommandations des chefs héréditaires.

«Nous demeurerons ici jusqu’à ce que la GRC quitte le territoire Wet’suwet’en et que les chefs héréditaires jugent que leurs conditions ont été respectées», a dit un membre du groupe de manifestants qui ne s’est pas nommé.

«Le blocus est en solidarité avec d’autres au Canada, et nous suivrons les ordres des chefs héréditaires. S’ils sont satisfaits, nous n’aurons pas d’autres raisons de rester», a dit l’homme.

En raison de la pénurie d’autobus et de chauffeurs dans la région métropolitaine, Exo ne sera pas en mesure d’assumer l’ensemble des déplacements normalement assurés par son service de train Exo3 Mont-Saint-Hilaire, qui compte sept gares. Le transporteur encourage ses clients à envisager des solutions de rechange comme le covoiturage ou le métro.

Le transporteur public est déjà touché depuis une dizaine de jours par une interruption du service de train de banlieue sur la ligne Exo4 entre Candiac et le centre-ville de Montréal, car des manifestants autochtones ont érigé une barricade dans la réserve mohawk de Kahnawake. Une trentaine d’autobus doivent être déployés quotidiennement à partir des gares Candiac, Delson, Saint-Constant et Sainte-Catherine afin de transporter les clients au terminus Mansfield, au centre-ville de Montréal.

Les trains de la ligne Exo3 circulent entre la Montérégie et le centre-ville de Montréal en traversant le fleuve Saint-Laurent sur le pont Victoria. Ceux de la ligne Exo4 utilisent le pont ferroviaire situé juste en amont du pont Honoré-Mercier.

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