Bavures policières: Kamala Harris s’inspire de son passé

SACRAMENTO, Calif. — Quand Kamala Harris a été élue procureure du district de San Francisco pour la première fois en 2003, les relations de son bureau avec la police de la ville pendaient en lambeaux. Elle a promis de rétablir la confiance, mais cela n’a pas duré.

Trois mois plus tard, un jeune policier a été tué par balles. Mme Harris a rapidement annoncé qu’elle ne réclamerait pas la peine de mort pour l’auteur du meurtre, mais plutôt une peine de prison à vie. Elle s’était prononcée contre la peine capitale pendant sa campagne, mais sa décision a déçu les policiers de la ville et suscité leur colère.

«Pour eux c’était une question de respect», a expliqué Debbie Mesloh, qui était à ce moment la responsable des communications de Mme Harris. Même si Mme Harris a ensuite accordé la priorité à la condamnation du tueur, sa relation avec la police a «été très difficile pendant longtemps».

Mme Harris a souvent peiné à définir sa relation complexe avec la police quand elle a brigué l’investiture démocrate l’an dernier. Les responsables de la loi et de l’ordre ne l’ont jamais vraiment acceptée, et certains progressistes se méfient d’elle.

Elle obtient une deuxième chance comme colistière de Joe Biden, mais elle se joint au ticket démocrate au moment où les États-Unis traversent une crise profonde de confiance envers la police et de racisme systémique. Elle s’inspire de son passé pour contrer le président Donald Trump, qui répète que les Américains seraient moins en sécurité sous Joe Biden.

Au cours du mois qui s’est écoulé depuis qu’elle a été choisie comme candidate à la vice-présidence, Mme Harris a grandement précisé les réformes que M. Biden et elle mettraient en place.

Elle a aussi parlé de façon très personnelle des manifestations nationales contre la violence policière.

«Nous avons besoin d’une réforme sérieuse de la police, a-t-elle lancé lors d’un récent événement de financement. C’est très clair, pour Joe et moi.»

Ni elle ni M. Biden ne prônent un «définancement» de la police, mais Mme Harris croit que les États-Unis doivent «réimaginer» la police et la sécurité communautaire. Elle répète souvent que des écoles publiques bien financées, des emplois bien rémunérés et un taux élevé d’accession à la propriété contribuent aussi à la sécurité des quartiers.

Sa position est façonnée par son expérience en Californie, où elle a dû affronter des intérêts contradictoires.

Ses premiers pas difficiles à San Francisco étaient encore frais à la mémoire des policiers quand elle a brigué le poste de procureure générale de l’État en 2010. La plus importante organisation représentant les policiers californiens sur le terrain a appuyé son adversaire républicain. Mais quand Mme Harris a remporté une courte victoire, elle leur a immédiatement tendu la main et a commencé à écouter les policiers de tout l’État. Quatre ans plus tard, ce même groupe a appuyé sa campagne de réélection, puis sa campagne sénatoriale en 2016.

Celui qui était à cette époque président de l’organisation, Michael Durant, affirme avoir développé avec elle une «relation incroyable».

«Nous n’étions pas d’accord sur tout, et elle a peut-être eu des idées questionnables, mais elle nous a toujours consultés et nous avons toujours eu un siège autour de la table», a dit M. Durant.

Aujourd’hui, disent certains représentants policiers, Mme Harris semble moins intéressée à discuter avec eux, possiblement pour ne pas donner l’impression qu’elle cède aux pressions des syndicats de policiers.

La tension nationale autour de l’action policière ne cesse d’augmenter depuis un mois. Jacob Blake a été atteint de plusieurs balles dans le dos. Daniel Prude est décédé quand des policiers lui ont mis un sac sur la tête. Tous deux sont Noirs. Et samedi soir, deux policiers de Los Angeles qui attendaient dans leur voiture ont été la cible de tirs. Mme Harris a dit qu’il s’agissait une «attaque horrible».

Les expériences personnelles et professionnelles de Mme Harris lui donnent l’occasion unique de s’adresser aux électeurs concernant le besoin de faire cesser la violence qui a accompagné certaines manifestations et de réformer la police, croit Jeff Blodgett, un stratège démocrate qui a travaillé pour la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, elle aussi une ancienne procureure.

C’est un message qui pourrait plaire aux banlieusardes que M. Trump essaie de séduire avec ses mises en garde au sujet de la criminalité.

«Je pense qu’elle peut discuter des deux côtés du problème si on lui en donne la chance, a-t-il dit. Elle doit raconter son histoire — toute son histoire.»

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