Biden aurait choisi le général Lloyd Austin comme secrétaire à la Défense

WASHINGTON — La décision du président élu Joe Biden de confier le département de la Défense au général à la retraite Lloyd J. Austin fait grincer des dents au Congrès, avant même que son choix n’ait été officiellement annoncé.

Si sa candidature est confirmée par le Sénat, le général d’armée quatre étoiles à la retraite deviendra le premier Noir à diriger le Pentagone. Cette nomination historique survient au terme d’une année de tensions raciales exceptionnelles aux États-Unis, ce qui ajoute une dimension intrigante aux débats à venir.

La nomination du général Austin pourrait toutefois venir miner encore davantage la notion — solidement enracinée aux États-Unis — d’une armée apolitique contrôlée par les autorités civiles.

Le choix du général Austin en a surpris plusieurs. La plupart des observateurs croyaient aux chances de Michele Flournoy, une ancienne dirigeante du Pentagone et une partisane de M. Biden qui serait devenue la première femme à servir comme secrétaire de la Défense.

Même si plusieurs secrétaires à la Défense précédents ont brièvement servi dans l’armée, seulement deux — George C. Marshall et James Mattis — étaient des officiers ayant eu une longue carrière militaire.

Tout comme le général Mattis, l’homme de 67 ans aurait besoin d’une permission spéciale du Congrès pour devenir secrétaire à la Défense. Le Congrès souhaitait un leadership civil du Pentagone lorsque le poste de secrétaire à la Défense a été créé en 1947; il était interdit à des officiers militaires récemment retraités de l’occuper.

Le sénateur démocrate Jack Reed du Rhode Island compte parmi ceux qui avaient voté en faveur d’une exemption pour le général Mattis.

«Une exemption à la loi ne devrait pas survenir plus d’une fois par génération, avait-il dit à ce moment. Conséquemment, je n’appuierai pas une exemption pour tout prochain candidat.»

Mais questionné mardi au sujet d’une exemption pour le général Austin, le sénateur Reed a entrouvert la porte.

«En toute honnêteté, je crois qu’on doit permettre au candidat d’être entendu», a-t-il répondu.

Le sénateur Reed est le plus important démocrate au sein du comité sénatorial des forces armées. Le président de ce comité, le sénateur républicain James Inhofe de l’Oklahoma, a dit n’avoir aucun problème avec les exemptions.

«Je suis toujours en faveur des exemptions», a-t-il dit, avant d’ajouter qu’il ne connaît pas bien le général Austin.

Le contrôle civil d’une armée apolitique découle directement de la méfiance des Américains envers une armée suffisamment puissante pour renverser le gouvernement qu’elle est censée servir. C’est pourquoi le président est le commandant en chef de l’armée, et cela explique la réticence à confier le département de la Défense à un militaire récemment retraité.

Certains croient que la période Mattis à la tête du Pentagone illustre bien pourquoi un tel militaire ne devrait être secrétaire à la Défense qu’exceptionnellement. Même si le général Mattis demeure respecté pour son expertise militaire et son intelligence, ses détracteurs lui reprochent de s’être entouré d’officiers, au détriment d’une perspective civile plus large. Il a démissionné en décembre 2018 pour dénoncer les politiques de M. Trump.

Des préoccupations similaires pourraient émerger face à la nomination du général Austin.

Le sénateur démocrate du Connecticut, Richard Blumenthal, a expliqué qu’en dépit de la nature historique de la nomination, il ne votera pas en faveur d’une exemption, car «cela contreviendrait au principe de base du contrôle civil d’une armée apolitique».

«Ce principe est essentiel à notre démocratie. (…) Je pense qu’il doit malheureusement s’appliquer dans ce cas-ci», a-t-il dit.

Une source proche de la décision a indiqué que le général Austin a été nommé parce qu’il était le meilleur candidat, tout en admettant que la pression de choisir un candidat de couleur était importante.

Le général Austin a été diplômé de l’académie militaire de West Point en 1975. Il a servi en uniforme pendant 41 ans.

M. Biden et le général Austin se connaissent au moins depuis que le militaire a participé à la campagne en Irak au moment où M. Biden était vice-président. Il a aussi jadis fait partie de l’équipe de l’ancien chef d’état-major interarmées des États-Unis, l’amiral Mike Mullen.

Le général Austin a pris sa retraite de l’armée en 2016. Il aura besoin d’une permission spéciale du Congrès pour devenir secrétaire à la Défense, puisque les règles exigent qu’un militaire soit retraité depuis au moins sept ans avant de devenir secrétaire. Cette permission n’a été accordée que deux fois, le plus récemment au général Mattis qui avait été choisi comme premier secrétaire de la Défense par Donald Trump.

Le général Austin est membre du conseil d’administration de Raytheon Technologies.

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