Biden dit qu’il travaillera avec le Canada pour obtenir la libération des Canadiens

WASHINGTON — Joe Biden a accordé à Justin Trudeau au moins l’un de ses souhaits, mardi, lors de leur première rencontre en tant que président et premier ministre: un engagement à aider deux Canadiens à sortir d’une prison chinoise.

Cette dénonciation de la part d’un président américain n’avait pas été aussi vigoureuse sous l’ancienne administration de Donald Trump alors que Michael Kovrig et Michael Spavor languissaient derrière les barreaux.

Tout a changé mardi lorsque MM. Biden et Trudeau — l’un à Washington, l’autre à Ottawa — ont conclu une réunion au sommet chaleureuse et exhaustive, bien que virtuelle, pour la première rencontre bilatérale du président américain depuis son entrée en fonction.

«Les êtres humains ne sont pas des jetons d’échange», a déclaré le président dans son allocution de clôture depuis la salle Est de la Maison-Blanche.

«Vous savez que nous allons travailler ensemble jusqu’à ce que nous obtenions leur retour en toute sécurité.»

MM. Spavor et Kovrig ont été arrêtés en Chine dans un geste apparent de représailles après que le Canada eut arrêté en décembre 2018 la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, qui est accusée par les États-Unis d’avoir violé les sanctions contre l’Iran.

Selon le gouvernement fédéral et les observateurs internationaux, ils demeurent détenus en vertu de fausses accusations visant à faire pression sur le Canada pour qu’il libère Mme Meng.

Joe Biden n’a offert aucun indice sur la façon dont la Maison- Blanche pourrait aider à obtenir leur libération, par exemple en abandonnant les efforts du département de la Justice pour extrader Mme Meng et la juger en sol américain.

Une rencontre cordiale dès le début

Les portions publiques de la rencontre ont été cordiales dès le début.

Le président Biden a beaucoup insisté sur le fait que son premier appel téléphonique et sa première rencontre à l’étranger étaient avec M. Trudeau — une preuve, dit-il, de la profonde amitié et des liens durables entre les deux pays.

«Les États-Unis n’ont pas d’ami plus proche que le Canada», a déclaré M. Biden, depuis le salon Roosevelt de la Maison-Blanche, où il était accompagné de la vice-présidente, Kamala Harris, et du secrétaire d’État, Anthony Blinken.

À Ottawa, M. Trudeau était accompagné de la vice-première ministre, Chrystia Freeland et du ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau.

Après quatre ans à discuter avec M. Trump, qui était réputé pour être imperturbable au sujet des appels à réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’enthousiasme de M. Trudeau pour la stratégie agressive du président Biden contre le changement climatique était difficile à manquer.

«Merci encore d’avoir intensifié vos efforts pour lutter contre le changement climatique — le leadership américain a fait cruellement défaut au cours des dernières années», a déclaré M. Trudeau.

«Alors que nous préparions le lancement commun et le communiqué de ce (sommet), c’était bien que les Américains ne retirent pas toutes les références au changement climatique et les ajoutent à la place.»

Mme Freeland, qui s’est adressée directement à Mme Harris, n’a pas été moins démonstrative dans ses louanges pour la première femme et personne de couleur à être élue vice-présidente des États-Unis.

«Votre élection a été une telle inspiration pour les femmes et les filles de partout au Canada, en particulier pour les femmes et les filles noires, et pour les femmes et les filles sud-asiatiques», a-t-elle soutenu.

«Je ne pourrais pas être plus d’accord avec ce que le président a dit, à savoir que nous avons maintenant une réelle responsabilité, nous tous, de montrer que la démocratie peut être bénéfique pour les gens — pour les Canadiens, pour les Américains et pour le monde entier.»

Après les blagues d’usage, notamment sur les défis de l’apprentissage du français — «chaque fois que j’ai essayé de le parler, je me suis couvert de ridicule», a dit M. Biden —, le groupe s’est mis au travail.

Exit le «Buy American» et les vaccins

Une «feuille de route» de la Maison-Blanche pour le partenariat bilatéral publiée plus tôt mardi a mis en évidence six domaines prioritaires pour la réunion, dont la lutte contre la pandémie, la reconstruction de l’économie «des deux côtés de la frontière» et une réunion «ministérielle de haut niveau sur le climat» pour aligner les efforts afin d’atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050.

La liste comprenait également la diversité et l’inclusion sociales, une coopération élargie en matière de défense continentale et un NORAD modernisé, ainsi que le rétablissement d’un engagement collectif envers les institutions mondiales comme l’OTAN et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Il n’y avait aucune mention de l’exemption souhaitée par le Canada sur le «Buy American», les mesures protectionnistes de M. Biden pour les projets d’infrastructure et d’approvisionnement, ni des doses de vaccins contre la COVID-19. 

Un résumé de la réunion fourni par le bureau du premier ministre mardi soir a indiqué que MM. Trudeau et Biden avaient convenu que la pandémie ne serait pas terminée jusqu’à ce que «les gens du monde entier (aient) accès à un vaccin».

Le premier ministre dit avoir parlé également de «l’importance d’éviter les mesures qui pourraient avoir pour effet de restreindre la sécurité des échanges commerciaux et des chaînes d’approvisionnement essentielles à nos deux pays».

Le Canada, qui a été affecté par les problèmes de production de vaccins en Europe, a demandé l’aide des États-Unis, qui abritent une installation de fabrication de Pfizer au Michigan, qui n’est qu’à deux heures de la frontière.

Mais l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a réitéré mardi que la priorité numéro un pour le président était de fournir le vaccin aux Américains aussi tôt que possible.

«Notre objectif en ce moment est de donner les injections dans nos bras à la maison, a-t-elle expliqué. Toutes les options sont sur la table plus tard, mais nous restons déterminés à faire vacciner les Américains.»

Rien sur Keystone XL

Ni l’un ni l’autre des dirigeants n’a mentionné Keystone XL, le projet d’expansion d’un oléoduc transfrontalier qui été annulé par M. Biden lors de sa première journée au pouvoir.

Le président croit depuis longtemps que le projet n’est pas dans l’intérêt supérieur des États-Unis et a simplement tenu sa promesse, a soutenu Mme Psaki.

«Nous voulons essayer de résoudre notre crise climatique tout en créant des emplois syndiqués bien rémunérés. Il pense qu’on peut faire les deux.»

Les deux dirigeants ont par ailleurs l’intention de ressusciter le Sommet des dirigeants nord-américains — une réunion entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, aussi connue sous le nom de sommet des «trois amigos», qui n’a pas été convoquée depuis 2016.

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