Biden fait la cour aux cols bleus dans le Michigan

WASHINGTON — Joe Biden s’est aventuré mercredi dans le cœur malmené du secteur manufacturier américain, promettant une série de crédits d’impôt et de pénalités «Buy American» pour fortifier sa crédibilité auprès des cols bleus et détourner les votes de la classe ouvrière de Donald Trump – des mesures qui donneront certainement des sueurs froides au Canada.

Lors d’une visite dans une banlieue de Détroit – à Warren, au Michigan, le berceau de l’industrie automobile américaine – M. Biden a martelé la crédibilité «America First» de son rival républicain dans un État crucial que le président en exercice a décroché par à peine 11 000 votes en 2016.

S’il est élu, M. Biden a promis d’imposer de nouvelles pénalités fiscales sévères aux entreprises qui fabriquent des produits à destination des États-Unis en dehors du pays; de créer des incitations pour conserver des emplois sur le sol américain; et de combler ce qu’il a appelé les «échappatoires Trump» qui permettent aux entreprises engagées dans la délocalisation d’éviter de payer les impôts américains.

Il a aussi promis des ordres exécutifs pour appliquer plus strictement et «élargir et resserrer» les dispositions «Buy American»; pour rendre les produits américains plus compétitifs; pour élargir la liste des «matériaux critiques» qui doivent être fabriqués aux États-Unis; et pour créer un bureau «Made in America» au sein de la Maison-Blanche.

«Nous pouvons revitaliser notre base industrielle en tant que cœur de la classe moyenne américaine», a déclaré M. Biden devant une exposition de voitures et de camions construits aux États-Unis.

«Je n’accepte pas le point de vue défaitiste selon lequel les forces de l’automatisation et de la mondialisation signifient que nous ne pouvons pas conserver des emplois syndicaux bien rémunérés ici en Amérique et en créer davantage. Je n’achète pas une seconde que la vitalité du secteur manufacturier américain appartient au passé.»

Le Canada connaît bien les sueurs froides «Buy American».

En tant que vice-président de Barack Obama, M. Biden a présidé à la mise en œuvre du Recovery Act de 2009, un plan de relance de 800 milliards $ US adopté au milieu de la Grande Récession qui limitait l’utilisation de matières étrangères et les appels d’offres internationaux sur les projets d’infrastructure américains – des règles auxquelles il a fallu au Canada près d’un an pour obtenir une dérogation.

«Ce ne sera pas facile», a prévenu Eric Miller, un expert des relations canado-américaines et le président du Rideau Potomac Strategy Group, basé à Washington. Le Canada va devoir lever les coudes et se battre tout aussi fort dans les coins avec une administration Biden.»

Après près de quatre ans de règne tumultueux de M. Trump, il n’est pas déraisonnable pour les Canadiens de supposer qu’un démocrate à la Maison-Blanche serait meilleur pour la relation transfrontalière – et beaucoup le croient, selon un nouveau sondage.

Les deux tiers des 1529 participants canadiens au sondage mené en ligne par Léger et l’Association d’études canadiennes ont déclaré que les liens entre le Canada et les États-Unis s’amélioreraient sous M. Biden. Un pourcentage similaire – 69% – a déclaré que les relations empireraient si M. Trump était réélu.

Compte tenu du climat politique aux États-Unis, il n’est pas surprenant que les démocrates utilisent une rhétorique protectionniste pour faire appel aux électeurs de la classe ouvrière qui ont aidé à envoyer M. Trump à Washington, a ajouté M. Miller.

«Dans une certaine mesure, il y aura des frictions et des complexités indépendamment de qui gagne. C’est juste que les frictions et les complexités sous M. Trump seront différentes des frictions et des complexités sous M. Biden», a-t-il dit.

Le nouveau bureau «Made in America» aurait le pouvoir d’examiner toutes les dérogations «Buy American» et d’établir un registre public de chacune d’entre elles, a ajouté M. Biden, «pour nous assurer que nous appliquons Buy American et dirigeons le plein pouvoir d’achat du gouvernement fédéral (…) en commençant par éliminer immédiatement ces échappatoires.»

Il y avait une anxiété et une colère économiques importantes en 2009 aux États-Unis, qui étaient alors en pleine implosion économique – la valeur des propriétés américaines avait chuté et Washington renflouait Wall Street, a rappelé Gary Doer, qui était ambassadeur du Canada aux États-Unis lors de l’introduction du Recovery Act.

«Il y avait beaucoup de fourches, métaphoriquement parlant», a rappelé M. Doer à propos de l’humeur du public – et le Congrès et la Maison-Blanche étaient sous pression pour s’assurer que les plans de dépenses importants de l’administration profiteraient principalement aux Américains.

Le Canada a un avantage, a ajouté M. Doer: de solides liens syndicaux entre les syndicats manufacturiers et leurs membres de chaque côté de la frontière canado-américaine, une relation qui s’est avérée vitale lors des pourparlers de 2009.

«Ce n’est pas quelque chose que (Biden) reconnaîtra pendant une campagne aussi serrée, mais il a une relation très étroite avec les casques en ce moment», a dit M. Doer.

«Les syndicats du secteur privé ont des membres des deux côtés de la frontière, ils ont le devoir de représenter leurs membres des deux côtés de la frontière, et ils étaient la raison pour laquelle nous étions le seul pays à obtenir une dérogation.»

La Chambre de commerce du Canada attendra que la poussière électorale retombe aux États-Unis avant de rédiger une stratégie, a indiqué Mark Agnew, le directeur principal de la politique internationale de la chambre.

«Je pense qu’une grande partie de la rhétorique que Joe Biden emploierait en tant que président serait certainement différente, et je pense qu’il y aurait, espérons-le, une approche plus collaborative pour travailler avec le Canada», a déclaré M. Agnew.

«Mais je ne pense pas que nous devrions nous faire une illusion sur le fait que Joe Biden est, vous savez, un président économique néolibéral. Il y aura toujours un tranchant assez acéré. Le nom « Made in America « , je pense, parle pour lui-même à bien des égards.»

James McCarten, La Presse Canadienne

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