Biden lance sa campagne en se présentant comme un phare dans une période trouble

Lorsque Joe Biden montera sur scène jeudi soir pour accepter formellement son investiture comme candidat démocrate à la présidence des États-Unis, il se présentera comme un phare dans une période trouble pour le pays.

M. Biden, bien enraciné dans l’establishment politique américain depuis un demi-siècle, ne peut pas prétendre incarner le changement de génération comme l’ont fait les présidents John F. Kennedy ou Bill Clinton avant lui. Et même avec des propositions ambitieuses sur les soins de santé, la fiscalité et la crise climatique, il n’incarnera pas un mouvement progressiste en plein essor. En tant qu’homme blanc, M. Biden ne peut pas non plus témoigner personnellement du racisme systémique qui est devenu un thème de premier plan sur la scène politique nationale.

Mais l’ancien vice-président de Barack Obama, sénateur réélu six fois et candidat malheureux à l’investiture démocrate à deux reprises, s’appuie beaucoup sur son expérience politique et son vécu personnel pour tenter de convaincre les Américains de lui accorder leur confiance pour mener le pays au-delà du mandat tumultueux du président Donald Trump.

Ce sera ultimement aux électeurs de décider si M. Biden offre un pont pour revenir à la normalité telle qu’elle était avant l’élection de M. Trump, une voie à suivre vers une société plus équitable ou une combinaison des deux. Mais il est aussi fort possible que pour les électeurs, M. Biden soit d’abord et avant tout quelqu’un d’autre que le président sortant.

«Tout ce que Donald Trump est, mon frère est l’opposé», affirme la soeur cadette du candidat démocrate, Valerie Biden Owens, qui a toujours été sa directrice de campagne sauf cette fois-ci. «Je n’ai pas à le rendre plus grand qu’il ne l’est. Joe est la bonne personne au bon moment pour toutes les bonnes raisons.»

Plusieurs républicains ont figuré dans la convention démocrate cette semaine. Une vidéo a mis en évidence l’amitié entre M. Biden et le regretté sénateur John McCain, candidat républicain à la présidence en 2008. L’ancien gouverneur de l’Ohio John Kasich a donné son appui à M. Biden et a assuré les républicains opposés à M. Trump que le démocrate ne ferait pas «virer le pays à gauche».

M. Biden a tout de même passé les derniers mois à travailler avec le porte-étendard de la gauche progressiste au sein du Parti démocrate, Bernie Sanders, pour affiner ses politiques. Ces mesures reflètent l’accent croissant que met M. Biden sur les larges écarts de richesse et de possibilités qui, selon lui, ont été exposés au grand jour par les effets économiques de la pandémie.

M. Sanders a réitéré lundi son soutien à M. Biden et a appelé les progressistes sceptiques à voter pour lui avec conviction, et pas seulement parce qu’ils s’opposent à M. Trump.

Paver la voie à une nouvelle génération

Les jeunes démocrates de la frange gauche du parti, aux origines ethniques diversifiées, ont contribué à élaborer ce programme. C’est une illustration publique de ce que M. Biden dit en privé aux leaders démocrates: il veut paver la voie à une nouvelle génération, une génération qui semble totalement différente du caucus démocrate du Sénat entièrement masculin et presque totalement blanc qu’il a rejoint en 1973.

C’est aussi ce qu’il a voulu montrer en choisissant la sénatrice californienne Kamala Harris comme colistière, faisant d’elle la première femme noire candidate à la vice-présidence d’un grand parti aux États-Unis.

Joe Biden a pris le contrôle de la course à l’investiture démocrate à peu près au moment où les responsables américains de la santé publique ont décrété de vastes mesures de confinement pour faire face à la pandémie de COVID-19. Il a donc passé une grande partie du printemps et de l’été à l’endroit même où il a enregistré sa vidéo de lancement au printemps dernier: sa résidence dans le Delaware. Et même si le président Trump n’a cessé de se moquer de lui en affirmant qu’il «se cachait dans son sous-sol», le démocrate clôturera la convention de son parti avec une avance notable dans les sondages nationaux et dans la plupart des États considérés comme stratégiques.

M. Biden acceptera son investiture jeudi soir sans le faste qui accompagne habituellement cet événement — une foule enthousiaste, des acclamations et des ballons. Il s’adressera plutôt aux électeurs directement à la caméra, sous le regard d’une poignée de collaborateurs, de sa famille et de représentants des médias.

«Nous ne considérons pas cela (…) comme un moment de victoire», affirme sa soeur, Valerie Biden Owens, en rappelant la célébration bruyante et animée qui avait entouré sa première élection au Sénat avant son 30e anniversaire. Cette année, «la convention reflète le contexte», souligne-t-elle.

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