Biden promet de protéger les droits de la communauté LGBTQ

En tant que vice-président en 2012, Joe Biden s’est attiré la sympathie de nombreux membres de la communauté LGBTQ en donnant son appui au mariage homosexuel avant même son patron, le président Barack Obama.

Maintenant, en tant que président désigné, M. Biden fait de grandes promesses aux militants LGBTQ, s’engageant à mettre en œuvre pratiquement toutes les propositions majeures de leurs listes de souhaits. Parmi eux: la levée de l’interdiction quasi totale du service militaire pour les personnes transgenres, l’interdiction pour les entrepreneurs fédéraux de faire de la discrimination anti-LGBTQ au travail et la création de postes de haut niveau pour les droits des LGBTQ au département d’État, au Conseil de sécurité nationale et dans d’autres agences fédérales.

Dans de nombreux cas, les mesures annuleraient les décrets du président Donald Trump, dont l’administration a fait de nombreuses démarches pour affaiblir les protections des personnes transgenres et créer plus de marge de manœuvre pour la discrimination contre les personnes LGBTQ — officiellement pour des motifs religieux.

Dans un document de politiques, la campagne Biden a déploré que M. Trump et le vice-président Mike Pence «aient donné un havre à la haine contre les personnes LGBTQ + et aient annulé des protections critiques».

Débat sur la Loi sur l’égalité

Au-delà des mesures exécutives qu’il peut prendre unilatéralement, Joe Biden affirme que sa priorité législative absolue pour les questions LGBTQ est la Loi sur l’égalité («Equality Act»), qui a été adoptée par la Chambre des représentants l’année dernière, mais qui a été bloquée au Sénat. Elle étendrait aux 50 États les protections anti-préjugés déjà accordées aux personnes LGBTQ dans 21 États, pour la plupart gouvernés par des démocrates, couvrant des secteurs tels que le logement, les lieux publics et les services publics.

M. Biden souhaite que la loi soit adoptée dans les 100 jours suivant son entrée en fonction, mais son avenir reste incertain. En supposant que le projet de loi soit de nouveau adopté à la Chambre, il aurait besoin du soutien de plusieurs républicains au Sénat, même si les démocrates en prennent le contrôle en remportant les deux courses au second tour en Géorgie. Pour l’instant, Susan Collins du Maine est la seule comarraine républicaine du projet de loi au Sénat.

Ses détracteurs, dont d’éminents conservateurs religieux, croient que le projet de loi soulève des préoccupations en matière de liberté religieuse et pourrait obliger certaines organisations confessionnelles à agir contre leurs croyances.

La Loi sur l’égalité «change la donne» dans sa menace à la liberté religieuse, a déclaré le révérend Albert Mohler, président du Séminaire théologique baptiste du Sud à Louisville, au Kentucky.

Le représentant Chris Stewart, un républicain de l’Utah, a tenté de trouver un compromis l’année dernière qui aurait élargi les droits des LGBTQ à l’échelle nationale tout en autorisant des exemptions pour les groupes religieux. Sa proposition a obtenu le soutien de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et de l’Église adventiste du septième jour, mais a été critiquée par des progressistes et des groupes de défense des droits civiques.

«Les forces anti-égalité tentent d’utiliser le cadre de la liberté religieuse pour dépouiller les droits individuels», a dénoncé Alphonso David, président de la Human Rights Campaign, une organisation nationale de défense des droits des LGBTQ.

Admettre les personnes transgenres dans l’armée

Parmi les actions que Joe Biden s’engage à prendre unilatéralement, la levée de l’interdiction des personnes transgenres dans l’armée serait parmi les plus notables.

Jennifer Levi, une avocate des droits des personnes transgenres du Massachusetts, estime que le président désigné aura de toute évidence le pouvoir de le faire.

Nicolas Talbott, un homme transgenre que Mme Levi a représenté dans un procès visant à renverser l’interdiction, a qualifié cela de «soulagement énorme».

«J’ai hâte de pouvoir me réinscrire au (camp d’entraînement de l’armée) afin de pouvoir continuer à m’entraîner, maintenir ma forme physique pour servir et devenir le meilleur officier de l’armée que je puisse être», a déclaré M. Talbott par courriel.

Parmi les autres promesses de M. Biden:

— Nommer un éventail de personnes de la communauté LGBTQ à des postes au sein du gouvernement fédéral. On s’attend à ce que M. Biden nomme une personne LGBTQ à un poste au cabinet. L’ancien candidat à la présidentielle Pete Buttigieg pourrait être en lice.

— Abroger les politiques de l’administration Trump qui comprennent des exemptions religieuses permettant la discrimination contre les personnes LGBTQ par les agences de services sociaux, les prestataires de soins de santé, les agences d’adoption et de placement familial et d’autres organisations.

— Rétablir les directives de l’administration Obama en ordonnant aux écoles publiques de permettre aux étudiants transgenres d’accéder aux toilettes, aux vestiaires et aux équipes sportives conformément à leur identité de genre. L’administration Trump a révoqué cette directive.

— Allouer des ressources fédérales pour aider à réduire la violence contre les personnes transgenres, en particulier les femmes transgenres racisées. Des groupes de défense des droits affirment qu’au moins 38 personnes transgenres ou de genre non conforme ont été tuées aux États-Unis cette année.

— Soutenir les efforts législatifs visant à interdire la soi-disant thérapie de conversion pour les mineurs LGBTQ.

— Renforcer les efforts pour collecter des données complètes sur les personnes LGBTQ aux États-Unis en ajoutant des questions sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre aux enquêtes nationales.

— Veiller à ce que les droits LGBTQ soient une priorité de la politique étrangère américaine et être prêt à utiliser des moyens de pression, dont des sanctions, contre les gouvernements étrangers qui violent ces droits.

Le rôle des États et des tribunaux

Quoi qu’il arrive à Washington, certains militants craignent que les législatures d’État contrôlées par les républicains puissent pousser des projets de loi anti-LGBTQ, qui pourraient restreindre la capacité des jeunes transgenres à accéder à certains traitements médicaux ou à participer à des sports scolaires. Ils craignent également qu’un afflux de juges fédéraux conservateurs nommés par Donald Trump ne mène à des décisions autorisant des exemptions religieuses.

Plus tôt ce mois-ci, la Cour suprême — où il y a maintenant une solide majorité conservatrice — a entendu des arguments sur la question de savoir si une agence catholique de services sociaux à Philadelphie devrait être en mesure de refuser les couples de même sexe qui veulent être des parents adoptifs, tout en continuant à recevoir un financement du gouvernement local.

Tim Schultz, un défenseur de la liberté religieuse, croit que le débat sur la Loi sur l’égalité pourrait se dérouler deux façons: soit «un blocage législatif en cours, une guerre de tranchées réglementaire et des décisions judiciaires, qui se produiront indépendamment de ce que fait le président», ou un engagement actif de Joe Biden pour une nouvelle stratégie qui peut gagner un soutien bipartisan au Sénat.

La première voie ne fournirait qu’une «satisfaction temporaire», étant donné que les mesures réglementaires peuvent être annulées par les futurs présidents, a indiqué M. Schultz, président de l’organisation à but non lucratif 1st Amendment Partnership.

Nathan Diament, directeur général du Orthodox Union Advocacy Center, estime que les appels à l’unité lancés par M. Biden en campagne — et son engagement envers les communautés religieuses — sont des signes positifs pour la suite.

«Lui et son équipe seront très bien placés pour négocier des compromis s’ils le souhaitent, pour y parvenir», a déclaré M. Diament, qui a conseillé les administrations Trump et Obama.

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