Bilan de session: Simon Jolin-Barrette devrait demander des oreilles et du coeur

QUÉBEC — Le ministre et leader parlementaire caquiste, Simon Jolin-Barrette, devrait demander «des oreilles et du coeur» au Père Noël pour la nouvelle année.

C’est le voeu du Parti québécois (PQ) formulé au dernier jour de la session parlementaire à Québec vendredi à l’intention de celui qui mène des réformes importantes du gouvernement et gère les travaux de la Chambre.

Le leader parlementaire péquiste, Martin Ouellet, a affirmé que son vis-à-vis caquiste n’est pas à l’écoute et ne consulte pas les autres partis pour en assurer le bon fonctionnement. En conférence de presse, il a dit que son plus grand souhait est que le Parlement fonctionne mieux et que M. Jolin-Barrette fasse le même souhait.

«J’espère que M. Jolin-Barrette va faire un gros voeu au Père Noël: « Donne-moi des oreilles, donne-moi du coeur, et je vais faire mieux »», a-t-il déclaré en anglais.

Ces propos résonnent particulièrement à la veille d’un bâillon qui sera imposé par le gouvernement samedi afin de forcer l’adoption d’un projet de loi qui abolit le contrôle annuel des tarifs d’Hydro-Québec. La grogne des élus de tous les partis confondus a été rapportée concernant le rythme forcené des travaux en Chambre, qui les empêche de faire leur travail en circonscription.

«Non, le Parlement ne fonctionne pas bien, ça fonctionnait mieux sous les libéraux, je le dis», a dit le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé, à ses côtés.

Amateurisme et manque de sensibilité

Il a vu dans la dernière session à la fois de l’amateurisme et un manque de sensibilité du gouvernement caquiste. Il a pris pour exemple le cafouillage dans la réforme de l’immigration, qui a forcé le ministre titulaire, M. Jolin-Barrette, à reculer.

«Les arguments (soulevés par le gouvernement), c’était robotique, les réponses de Simon Jolin-Barrette manquaient d’humanisme», a-t-il déploré à propos de celui qu’il qualifie de «chouchou de François Legault».

Idem concernant les modifications proposées par la CAQ au Régime québécois d’assurance parentale, qui ne traitent pas équitablement les parents adoptants par rapport aux parents biologiques, a souligné M. Bérubé.

«(M. Legault) a emprunté un certain nombre de traits, et pas les plus glorieux, de l’Union nationale (de Maurice Duplessis). Ce piège de l’arrogance, ce manque d’humilité, il paraît au quotidien.»

«Son salon»

«On a l’impression que le Parlement, les institutions démocratiques, le pouvoir législatif, ça dérange la Coalition avenir Québec, a pour sa part commenté le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Simon Jolin-Barrette se comporte comme si le Salon bleu, c’était son salon.»

Les ministres caquistes n’écoutent personne et ils ont «déclaré la guerre aux contre-pouvoirs» qui sont pourtant là «pour empêcher les abus», a-t-il déploré en conférence de presse vendredi matin.

Le parti de gauche estime néanmoins avoir pu avoir progressé dans la dernière année. M. Nadeau-Dubois a fait remarquer que huit des dix élus de son groupe étaient des novices l’an dernier et sont maintenant devenus des «incontournables».

QS estime s’être démarqué en martelant l’urgence climatique, également concernant l’imposition des géants d’internet, ou encore l’adoption par le Parlement de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones.

«On a apporté de l’humanisme», a résumé M. Bérubé concernant le travail de ses députés qui tentent selon lui de faire des propositions constructives, par exemple, sur le versement automatique des crédits d’impôt aux plus démunis, sur les parents adoptants, sur la production des fruits et légumes en serre pour réduire les coûts et l’empreinte carbone, etc.

Alors que son parti est en pleine reconstruction et amorce une course à la direction, M. Bérubé dit aux péquistes de se tenir prêts: les électeurs vont se retourner vers le PQ quand la coalition mise sur pied par M. Legault va éclater sur l’enjeu de la question nationale, les revendications du Québec insatisfaites.

Et cela arrivera plus tôt que tard, peut-être même avant la fin du présent mandat, a commenté M. Bérubé, en se fondant sur des échos de l’interne à la CAQ.

«Ce n’est pas un voeu, c’est une prédiction», a-t-il conclu.