Bill Blair hérite d’un portefeuille immense à la Sécurité publique

OTTAWA — Il y a un peu plus d’un an, Bill Blair prenait les rênes d’un tout nouveau ministère fédéral — Sécurité frontalière et Réduction du crime organisé —, une création issue de l’imposant portefeuille de la Sécurité publique et de la Protection civile, dirigé depuis 2015 par le vétéran Ralph Goodale.

Après la défaite de M. Goodale au scrutin d’octobre dernier, M. Blair s’est vu confier mercredi le ministère réunifié, avec les nombreuses responsabilités qui en découlent, allant de la lutte contre la violence armée à la modernisation de la Gendarmerie royale du Canada.

Or, la décision de rapatrier toutes les responsabilités sous un même toit intervient au moment où le volet «gestion des urgences» du portefeuille prend une importance accrue. Les catastrophes telles que les inondations et les incendies de forêt sont de plus en plus courantes et graves dans tout le pays, en partie à cause du changement climatique. Le gouvernement estime que ces catastrophes ont coûté des dizaines de milliards de dollars en dommages et déplacé des centaines de milliers de personnes.

Lors de son passage au ministère, M. Goodale avait orchestré l’intervention du gouvernement fédéral lors de catastrophes comme les incendies de forêt à Fort McMurray, en Alberta. Il a supervisé l’aide financière fournie aux provinces et aux territoires touchés et a travaillé à la réduction des impacts de catastrophes naturelles sur les communautés. On vise surtout à bâtir des communautés plus résilientes qui peuvent mieux faire face aux catastrophes naturelles et se relever des impacts.

Geneviève Tellier, professeure à la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, affirme d’ailleurs qu’il serait peut-être sage, maintenant, de créer un portefeuille distinct pour s’occuper de la gestion des urgences. Ce serait également sensé sur le plan politique, selon elle, dans la mesure où un nouveau «ministre des urgences» serait très visible — même s’il était étroitement lié à des catastrophes. «Vous avez besoin de quelqu’un qui montre que le gouvernement se soucie de vous, quelqu’un de prêt, quoiqu’il arrive, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.»

Un tel ministre pourrait également jouer un rôle de coordination avec les collègues du cabinet directement responsables de dossiers connexes comme les infrastructures et le changement climatique, a ajouté Mme Tellier.

Contrôle des armes

M. Blair, tout comme ses collègues du nouveau cabinet de Justin Trudeau, recevra bientôt sa «lettre de mandat» précisant ce que le premier ministre attend de lui en priorité. Pour le moment, M. Blair sait déjà qu’il devra composer avec la promesse électorale de bannir les fusils d’assaut de type militaire, y compris l’AR-15. Il devra aussi collaborer avec les provinces pour accorder aux municipalités le droit de restreindre ou d’interdire davantage les armes de poing sur leur territoire.

M. Blair est déjà bien au fait de ce dossier. Peu de temps après une fusillade meurtrière au coeur de l’été 2018 à Toronto, M. Trudeau lui avait demandé d’étudier la possibilité de bannir certaines armes à feu. Ce dossier revêt toujours «une certaine urgence», a confié M. Blair jeudi avant la première réunion du nouveau cabinet. «J’ai eu des conversations avec la police, les maires et les communautés de tout le pays. Les gens sont très préoccupés par le niveau de violence.»

Dans son rôle précédent, M. Blair avait également été fortement impliqué dans la légalisation du cannabis à des fins récréatives et dans le traitement de l’afflux de migrants irréguliers en provenance des États-Unis. Ces questions ne font plus les manchettes quotidiennes, mais elles exigent toujours une attention particulière du ministre.

Autres dossiers susceptibles d’occuper le temps du ministre de la Sécurité publique dans les prochains mois:

— l’examen de la participation éventuelle de la société de télécommunications chinoise Huawei au développement du réseau mobile 5G au Canada, un dossier extrêmement sensible, actuellement, étant donné les relations tendues entre Ottawa et Pékin;

— le sort des Canadiens qui ont combattu aux côtés d’extrémistes de Daech en Irak et en Syrie, mais qui sont maintenant emprisonnés à l’étranger;

— la mise en œuvre d’une loi très large sur la sécurité nationale, qui limite certains pouvoirs d’espionnage, ouvre de nouvelles voies aux services de sécurité canadiens en matière de compression de données et de guerre électronique, et renforce la responsabilité des agences et la surveillance de leurs activités.