Bill Morneau a-t-il déjà fait son lit sur l’assurance médicaments ?

OTTAWA — Même s’il a cofondé avec son père une firme de consultants spécialisée notamment dans l’assurance collective, le ministre fédéral des Finances assure qu’il aborde la création éventuelle d’un programme national d’assurance médicaments avec un esprit totalement ouvert, et il rejette les allégations de conflit d’intérêts.

Dans son budget déposé mardi, Bill Morneau a annoncé que l’ex-ministre de la Santé de l’Ontario Eric Hoskins présidera un comité consultatif pour évaluer les façons de créer un programme pancanadien d’assurance médicaments. Selon le gouvernement libéral, environ 10 pour cent des Canadiens n’auraient pas les moyens de payer leurs médicaments d’ordonnance chaque année.

Certains ont soutenu que le ministre Morneau, qui a fondé avec son père la firme de consultants en ressources humaines Morneau Shepell, ne privilégiera pas nécessairement l’intérêt public dans ce dossier.

De passage à Montréal vendredi pour «vendre» son budget, M. Morneau a assuré qu’il n’avait pas télégraphié les conclusions du comité consultatif. Il soutient que son gouvernement souhaite seulement offrir à tous les Canadiens le meilleur accès possible aux soins de santé.

Plus tôt cette semaine, des représentants du secteur de la santé et des leaders syndicaux ont écrit au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de retirer ce dossier des mains du ministre Morneau. Ils soutiennent notamment que le ministre a présumé des conclusions du rapport en privilégiant déjà une stratégie nationale qui respecterait les programmes existants. La lettre a été signée par les dirigeants du Congrès du travail du Canada, des Médecins canadiens pour le régime public et de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers.

L’opposition néo-démocrate a elle aussi demandé au ministre Morneau de se récuser dans ce dossier. «Nous avons tous assisté cette semaine à ce qui pourrait bien devenir la promesse libérale la plus rapidement reniée», a soutenu en Chambre, vendredi, le député Kennedy Stewart. «Le gouvernement a déjà précisé qu’il ne fera en fait qu’étudier, et non mettre en oeuvre, un programme d’assurance médicaments, et que tout programme éventuel ne serait pas universel, public ou gratuit.

«À cause de ses liens avec Morneau Shepell, le ministre est maintenant visé par des allégations de conflit d’intérêts sur sa prétendue proposition», a lancé M. Stewart lors de la période de questions.