BioNTech a décidé d’un virage vers la conception d’un vaccin à la fin de janvier 2020

BERLIN — La médecin qui a dirigé la mise au point du premier vaccin contre la COVID-19 autorisé aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs dans le monde affirme que la décision de son entreprise de passer de la recherche sur le cancer à la lutte contre le coronavirus a été prise pendant le déjeuner, à un moment où la déclaration d’une pandémie semblait probable.

La société allemande BioNTech était peu connue en dehors de l’industrie pharmaceutique avant de s’associer au géant américain Pfizer pour le «Project Lightspeed», qui a devancé ses principaux concurrents dans la course pour mettre sur le marché le premier vaccin soigneusement examiné.

«Je me souviens du jour précis, le 24 janvier, où nous avons pris la décision à la table du déjeuner», a confié jeudi Ozlem Tureci, la médecin en chef de BioNTech.

Lors d’un appel vidéo avec la chancelière allemande Angela Merkel et d’autres responsables, la docteure Tureci a raconté comment son mari et partenaire d’affaires, Ugur Sahin, avait prédit que cette mystérieuse maladie respiratoire dans la ville chinoise de Wuhan avait tous les ingrédients pour devenir une pandémie.

«Il nous a tous alertés et nous a entraînés, c’est-à-dire toute l’entreprise, le conseil de surveillance, les propriétaires de l’entreprise, à passer de la thérapie anticancéreuse à ce programme et à détourner nos ressources vers la mise au point d’un vaccin», a-t-elle déclaré.

Mme Tureci et M. Sahin ont également souligné la nouvelle approche utilisée pour le vaccin, qui est fondée sur la technologie à ARNm sur laquelle ils travaillaient depuis des décennies, et l’étroite collaboration avec Pfizer.

«Nous savions que nous n’avions pas la capacité de mener des études cliniques très rapides avec plus de 40 000 volontaires», a affirmé M. Sahin. «Et c’est pourquoi nous avons conclu un partenariat avec Pfizer, une entreprise qui fait cela depuis des décennies et qui est leader dans le domaine», a-t-il ajouté.

Les autorités de réglementation au Royaume-Uni ont donné l’autorisation d’urgence à BioNTech le 2 décembre, sur la base de soumissions comprenant des données montrant un taux d’efficacité de 95 %. L’agence américaine de contrôle des médicaments (FDA) a emboîté le pas le 11 décembre, tandis que l’agence européenne des médicaments (EMA) prévoit se réunir la semaine prochaine pour se prononcer sur une demande d’approbation qui, selon le ministère allemand de la Santé, pourrait permettre l’amorce des vaccinations le 27 décembre.

La docteure Tureci a souligné que les données concernant les 140 000 personnes qui ont jusqu’à présent reçu les premières doses du vaccin au Royaume-Uni ont montré une réponse similaire à celle observée durant les essais.

La chancelière Angela Merkel, physicienne de formation, a félicité Mme Tureci et M. Sahin pour avoir persisté dans leurs recherches sur l’utilisation de l’ARN messager pour activer la réponse immunitaire afin de lutter contre les maladies.

«Vous avez cru en votre technologie», a affirmé Mme Merkel.

Le pari a porté ses fruits non seulement pour BioNTech, établie à Mayence, mais aussi pour les premiers bailleurs de fonds de la société, qui ont vu le potentiel des médicaments conçus sur mesure pour des maladies spécifiques.

«Nous avons décidé de faire un énorme investissement, de fermer les stores, de fermer les portes et de laisser travailler l’entreprise», a déclaré à l’Associated Press Matthias Kromayer, associé général de MIG AG, établie à Munich.

MIG s’attend à obtenir un rendement de 50 à 100 fois les 13,5 millions d’euros (ou environ 21 millions $ CAN) qu’elle avait initialement dépensés pour acheter une participation de 6 % dans BioNTech il y a plus de dix ans, a-t-il dit.

Le principal actionnaire de la société est la famille allemande Struengmann, tandis que M. Sahin et Mme Tureci détiennent une participation d’environ 18 %.

BioNTech a indiqué que de nombreux membres de son personnel travailleraient pendant la période des Fêtes pour s’assurer que les doses soient expédiées rapidement.

«Nous sommes convaincus que si nous travaillons ensemble, nous pourrons à nouveau vivre une vie normale l’hiver prochain et qu’il ne sera plus nécessaire de procéder à un confinement», a déclaré le directeur général, M. Sahin.

Une fois la pandémie terminée, la docteure Tureci espère se concentrer à nouveau sur la lutte contre le cancer et d’autres maladies qui font des ravages.

«Lorsque cette mission sera terminée, nous aspirons à revenir à notre vision originale, qui est (de concevoir) des thérapies immunitaires pour les patients atteints de cancer et pour d’autres maladies infectieuses telles que le VIH et la tuberculose», a-t-elle indiqué.

– Par Frank Jordans, The Associated Press

Laisser un commentaire