Bisbille sur fond de condition féminine: Legault lance «Shame on you!» à Anglade

QUÉBEC — Les esprits se sont échauffés mercredi à l’Assemblée nationale, entre caquistes et libéraux, autour de l’absence de femmes au sein du comité de relance économique mis sur pied par le premier ministre François Legault.

À telle enseigne que le premier ministre a lancé, à micro fermé, «Shame on you!», à la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, qui n’a pas tellement apprécié.

Le leader parlementaire libéral, Marc Tanguay, a bondi, pour réclamer du premier ministre qu’il retire ses propos, sans succès. «Je trouve ça inacceptable et je dois le dénoncer», a commenté M. Tanguay. Mais le premier ministre ne s’est pas non plus excusé au terme de la période de questions. 

La sortie du premier ministre durant la période de questions a été le point d’orgue d’un échange parlementaire houleux, qui semble indiquer que le sujet de la condition féminine place le gouvernement sur la défensive.

Dans un premier temps, c’est la députée libérale de Marguerite-Bourgeoys, l’ex-ministre de la Condition féminine Hélène David, qui avait subi les foudres du leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette.

En entrevue téléphonique, encore secouée quelques heures plus tard, Mme David s’interrogeait à savoir de quoi au juste l’opposition libérale «devait avoir honte».

Ses questions, posées à la ministre de la Condition féminine, ne visaient qu’une chose, dit-elle: rappeler au gouvernement de «ne pas oublier les femmes dans le plan de relance».

Même si les questions ne s’adressaient pas à lui, M. Jolin-Barrette n’entendait pas à rire. Il s’est levé pour accuser Mme David de traiter le gouvernement Legault de promoteur de la «misogynie», alors que «s’il y a un gouvernement qui est féministe, c’est bien le nôtre».

Un peu plus tôt, sur un ton posé, Mme David avait simplement cherché à savoir pourquoi aucune femme ne faisait partie du comité de relance économique mis sur pied par le premier ministre. Elle n’a jamais parlé de misogynie.

Ses interventions ne méritaient certainement pas «une telle charge émotive» de la part du leader du gouvernement, selon Mme David.

Elle juge la réaction de M. Jolin-Barrette «nettement démesurée» et «clairement disproportionnée» à des questions qu’elle estimait pertinentes, posées sur un ton respectueux.

Visiblement, selon elle, elle a touché une corde sensible.

Elle note aussi que sur le fond, elle n’a jamais obtenu de réponse à sa question.

Autour du premier ministre, le comité de relance économique compte quatre ministres: Jean Boulet (Travail), Pierre Fitzgibbon (Économie), Eric Girard (Finances) et Christian Dubé (Conseil du trésor).

Depuis quelques jours, des voix s’élèvent chez les commentateurs de la scène politique et les groupes de femmes pour exprimer un malaise, du fait que les femmes en sont exclues.

Les femmes sont absentes du processus décisionnel et «en 2020, c’est inacceptable», a fait valoir Mme David, en Chambre.

Or, «les femmes sont majoritaires dans les services de soins de santé, elles écopent le plus souvent de la charge mentale au sein des foyers, elles occupent les emplois à temps partiel et au salaire minimum et elles sont les plus touchées par les pertes massives d’emplois», a-t-elle souligné.