Blais sort de son congé de maladie, va «s’exprimer avec son coeur» devant la coroner

QUÉBEC — Marguerite Blais sortira exceptionnellement de son congé de maladie vendredi, et pour une journée seulement, ayant reçu de la coroner en décembre une deuxième assignation à comparaître.  

La ministre des Aînés et des Proches aidants viendra finalement expliquer comment elle a vécu la première vague de la pandémie qui a fait des milliers de morts en CHSLD au printemps 2020.

Que savait-elle? À quel moment? Et qu’a-t-elle fait? Son témoignage fort attendu devrait venir éclaircir certains points, estime l’avocat Patrick Martin-Ménard, qui représente six familles d’aînés décédés en CHSLD.  

«La ministre Blais est certainement un témoin important, déclare-t-il en entrevue. Son témoignage est l’un des morceaux importants qui manquent actuellement au tableau global qu’on a eu. 

«Maintenant, ça va dépendre aussi beaucoup de ce qu’elle va être prête à partager», ajoute-t-il. 

«J’ai confiance qu’elle va être transparente et qu’elle va avoir le souci de contribuer à l’enquête (…) en donnant des réponses (…) exactes sur les faits dont elle a personnellement connaissance.»

La coroner Géhane Kamel a déclaré lundi dernier qu’après des mois d’enquête, elle ne comprenait toujours pas ce qui avait été fait entre janvier et mars 2020 pour préparer les CHSLD à l’arrivée du coronavirus. 

Elle se questionne également sur plusieurs décisions du gouvernement, dont celles de transférer des centaines d’aînés des hôpitaux vers les CHSLD au début de la crise et d’interdire l’accès aux proches aidants.

Ce n’est que le 11 avril 2020 qu’un comité d’experts sur les aînés a été mis en place au gouvernement, alors que l’enquête a démontré que plusieurs aînés ne recevaient déjà plus les soins de base.

La ministre a «tout donné»

Pendant cette période, la ministre Blais «a tout donné», selon sa conseillère en communications Lyann St-Hilaire, «jusqu’à se rendre malade», ajoute-t-elle. 

«Elle va venir démontrer ce qu’elle a fait pour les aînés (…) avec franchise. (…) Elle va s’exprimer avec son coeur aux Québécois.» 

Mme Blais, qui souffre d’épuisement professionnel, est en congé de maladie depuis le 29 octobre dernier. Son témoignage devant la coroner devait à l’origine avoir lieu le 16 novembre. 

À un moment donné, il n’était plus du tout question qu’elle vienne témoigner. Or, la coroner aura finalement choisi de lui formuler une deuxième demande.

Bien que son état de santé se soit légèrement amélioré, la ministre ne compte pas reprendre immédiatement du service au gouvernement: son billet du médecin est valide jusqu’au 15 février. 

«Elle souhaitait vraiment répondre aux questions, fait valoir Mme St-Hilaire. Ça lui a fait beaucoup de peine l’automne dernier de voir que les gens pensaient qu’elle se défilait.

«Elle va bien dans l’ensemble, mais (…) ça rebrasse des sentiments. (…) On l’a aidée à se préparer», ajoute-t-elle, en précisant que la ministre sera sur place au palais de justice de Trois-Rivières vendredi.

L’opposition exige des réponses

Selon la porte-parole de l’opposition officielle pour les aînés et les proches aidants, Monique Sauvé, «il faut qu’il y ait beaucoup d’informations qui ressortent de ce témoignage-là». 

«Rappelons-nous qu’on a eu l’un des pires bilans de la planète pour ce qui est des décès dans les CHSLD, que bien des familles sont encore en deuil. (…) Pensons à tous ces gens du Québec, à tout ce qu’ils ont vécu.»

Mme Sauvé souligne que Marguerite Blais est la seule ministre, avec le premier ministre François Legault, qui était dans la cellule de crise à cette époque et qui est encore en poste aujourd’hui. 

«C’est sûr que mes attentes sont très élevées. Il faut qu’elle donne des réponses parce qu’elle est ministre responsable des Aînés, parce qu’elle est ministre responsable des CHSLD», insiste l’élue libérale.

Le chef parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, s’attend lui aussi à ce que Mme Blais dise «toute la vérité». «Qu’elle nous dise quels étaient réellement ses pouvoirs», lance-t-il. 

«L’objectif ici, ce n’est pas de trouver des coupables ou de faire tomber des têtes. C’est de bien comprendre où est-ce que notre système a échoué, pour qu’on apprenne des leçons de la pandémie.»

Pour sa part, la péquiste Lorraine Richard dit craindre d’être déçue vendredi. «Moi, je serais extrêmement surprise qu’elle ne protège pas son gouvernement», laisse-t-elle tomber en entrevue.

«Il y a une loi de l’omertà au ministère de la Santé qui existait, qui existe et qui existera encore», soutient-elle.

Le Bureau du coroner se limite à dire qu’il ne commentera pas l’importance d’un témoin, ni le comparera aux autres, alors que les audiences sont toujours en cours.