Blanchet mentionne une «francophobie systémique» au sein de l’Université d’Ottawa

OTTAWA — Un récent rapport de l’Université d’Ottawa qui fait état de «l’émergence d’une francophobie» au sein de l’institution est une raison tout indiquée pour lui retirer le Programme de contestation judiciaire (PCJ), selon le chef bloquiste Yves-François Blanchet. 

«On est tu dans la francophobie systémique à l’Université d’Ottawa? Est-ce que cette institution-là ne s’est pas totalement et irrémédiablement disqualifiée pour gérer un programme qui sert à protéger les minorités alors que la minorité française à l’Université d’Ottawa est sérieusement discriminée?» s’est demandé M. Blanchet lors d’un point de presse à Ottawa, mercredi. 

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, avait confié au vice-recteur International et Francophonie, Sanni Yaya, ce printemps, la tâche de consulter les francophones sur le campus dans la foulée des propos anti-québécois du controversé professeur Amir Attaran. S’en est suivi un rapport paru en août, mais passé sous le radar jusqu’ici, qui dresse des constats inquiétants au sein de l’institution. 

Le document, intitulé «Renouveau de la francophonie à l’Université d’Ottawa: une responsabilité collective», a récolté les commentaires de plus de 400 participants lors des consultations.

«Certains perçoivent encore le fait français à l’Université d’Ottawa comme un luxe et le fonctionnement de l’institution serait jalonné d’incidents multiples où les droits des francophones au mieux suscitent l’indifférence et font l’objet de railleries diverses, et au pire, sont carrément bafoués dans certains milieux», peut-on lire dans un document de synthèse du cabinet du vice-recteur Yaya. 

«Plusieurs ont évoqué l’émergence d’une francophobie qui, selon eux, semble prendre ses aises, pour décrire des incidents qui se répètent de plus en plus fréquemment sur le campus. En clair, la communauté a le sentiment que la francophonie fait parfois l’objet d’une certaine hostilité. (…) Pour eux, l’enjeu dépasserait la seule question linguistique», y ajoute-t-on, sans mentionner d’exemples concrets. 

Les participants ont aussi fait état de préoccupations concernant de nouveaux professeurs embauchés sans maîtrise du français, de préjugés favorables à l’endroit de chercheurs ayant étudié «dans les institutions anglo-saxonnes», d’une offre de cours en français réduite qui pénalise les étudiants francophones et de communications à l’interne parfois distribuées en anglais seulement. 

«Bien que le français fasse partie intégrante de l’histoire de l’Université d’Ottawa et que les francophones soient à l’origine de la création de l’institution, de l’avis de plusieurs participants, la langue française aurait été reléguée au second plan dans l’architecture et le fonctionnement même de l’Université», y ajoute-t-on en guise de conclusion. 

Le Bloc québécois demande depuis des mois que soit retiré le Programme de contestation judiciaire, rétabli en 2017, à l’Université d’Ottawa et ce rapport fait en sorte qu’il «le demande encore plus», a soutenu M. Blanchet. «La Presse» révélait que le ministère du Patrimoine canadien, de son côté, n’avait pas encore décidé du sort du PCJ et de la possible prolongation de l’accord avec l’institution ottavienne.