Le serment au roi est «une humiliation pour les francophones», dit un député libéral

OTTAWA — Le chef du Bloc québécois n’est pas le seul qui a prêté allégeance à Charles III à contrecœur. Ce serment que doivent obligatoirement prêter les députés pour pouvoir siéger est «une humiliation pour les francophones», a affirmé mercredi le député libéral néo-brunswickois René Arseneault.

«Pour un francophone, est-ce qu’on est à l’aise de prêter un serment au monarque britannique quand dans ma situation à moi, mon histoire veut que ce soit à l’aide de ce serment qu’on a déporté les Acadiens?, a-t-il poursuivi. Si on connaît son histoire, on n’est pas à l’aise avec ça.»

M. Arseneault, comme bon nombre de ses confrères libéraux, a été questionné mercredi sur la sincérité de son serment après que des députés de son parti aient réclamé la veille que le président de la Chambre des communes tranche que M. Blanchet ne soit pas apte à siéger puisqu’il a déclaré qu’il n’était «pas sincère» lorsqu’il a prêté le serment, ce qui serait l’équivalent de ne l’avoir «jamais pris».

Le président Anthony Rota a ensuite invoqué un précédent de 1990 lorsqu’un de ses prédécesseurs a été appelé à se prononcer sur la sincérité d’une affirmation solennelle d’un député et qui avait décidé qu’il n’était pas habilité à porter un jugement sur la sincérité du serment.

Après qu’un autre secrétaire parlementaire lui ait fait remarquer que le chef bloquiste a «clairement exprimé son intention», le président Rota a annoncé qu’il étudiera la question et rendra une autre décision s’il le juge opportun.

M. Arseneault, qui avait mené et gagné une bataille judiciaire il y a une trentaine d’années pour ne pas prêter serment afin d’être admis au barreau de sa province, a évité mercredi de se prononcer sur la sincérité de son serment, demandant plutôt aux journalistes ce qu’ils pensent de Galilée qui a évité de «passer au bûcher» en reniant solennellement sa théorie voulant que la Terre soit ronde et tourne autour du soleil.

Le député est allé encore plus loin, affirmant qu’«absolument» il appuierait une motion qui rendrait le serment à la couronne britannique facultatif, même qu’il «serait prêt à travailler là-dessus». D’ailleurs, ce serait «très facile» et ça n’entraînerait pas tous les problèmes qu’entraînerait une réouverture de la Constitution, a-t-il déclaré. Un serment facultatif serait «extrêmement respectueux de toutes les sensibilités de tous les Canadiens», a-t-il noté.

Sincérité variable

Appelé à commenter la charge menée la veille par des secrétaires parlementaires à la suite des propos de M. Blanchet, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé que le chef bloquiste a été dûment élu et peut continuer à siéger à la Chambre des communes malgré ses propos.

«La réalité, c’est qu’il y a bien des gens qui prêtent des serments à la Reine pour devenir citoyens (et) qui le retirent par la suite. M. Blanchet a été élu par des Canadiens pour servir dans cette Chambre», a déclaré M. Trudeau mercredi à son arrivée à la réunion hebdomadaire du caucus libéral. En conséquence, il «pense que oui» M. Blanchet est apte à siéger.

Lorsque questionnés, certains libéraux ont dit clairement qu’ils étaient sincères, comme le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, et la présidente du Conseil du trésor, Mona Fortier, mais d’autres ont soigneusement évité de répondre directement à la question.

«Je suis fière de représenter les gens de ma circonscription et siéger au sein du Parlement», a par exemple déclaré la ministre des Sports, Pascale St-Onge.

La ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, a pour sa part dit que son serment, comme députée, était «pour les Gaspésiens et les Madelinots» qui sont sa «première priorité» puis envers «tous les Canadiens» lorsqu’elle a été nommée ministre. «Puis, après ça, ben venait le serment alors j’ai fait le serment à la Reine», a-t-elle noté.

Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a quant à lui déclaré qu’Yves-François Blanchet devrait répondre «auprès de ses commettants et de sa conscience» du fait qu’il ait avoué ne pas avoir été sincère. «Est-ce qu’il y a beaucoup d’autres choses sur lesquelles M. Blanchet n’est pas sincère», a-t-il lancé.

Quant à l’idée d’expulser un élu en raison de l’absence de sincérité du serment, les députés qui se sont prononcés ont affirmé qu’il devrait pouvoir siéger.

Après avoir soutenu que «cette intrigue de palais» n’est pas importante et s’être fait relancer sur le fait que c’est son parti qui a soulevé la question et qui en a ainsi fait une question importante, le député de l’Outaouais, Greg Fergus, a reconnu que «ce ne sont pas toutes les questions qu’on soulève qui sont importantes».

Chez les conservateurs, le député Gérard Deltell a affirmé qu’il faudra laisser le président de la Chambre des communes «juger de l’impact de cette déclaration-là et puis il [M. Blanchet] va vivre avec les conséquences de ça».

La veille, avant que ne débute la saga, M. Deltell avait été questionné sur la sincérité de son serment. Il avait répondu que «ça a duré quoi: entre sept et huit secondes» et qu’il prêtait serment à «l’institution».

Au Nouveau Parti démocratique, le chef adjoint, Alexandre Boulerice, a refusé de dire s’il était sincère dans son serment. «J’étais sincère dans ma volonté de servir la population de Rosemont-La Petite-Patrie, de servir les gens et faire le travail qu’on m’a demandé de faire pour améliorer les conditions de vie et les conditions de travail des gens», a-t-il affirmé dans le foyer de la Chambre des communes.

Les élus fédéraux devront se prononcer mercredi après-midi sur une motion du Bloc québécois qui propose l’indépendance du Canada face à la monarchie britannique. Les conservateurs et les libéraux ont déclaré qu’ils voteront contre, estimant qu’il y a d’autres sujets prioritaires. Ce sera un vote libre pour les néo-démocrates.

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