Bob Geldof croit que Justin Trudeau «manque d’ambition» en aide internationale

MONTRÉAL – Le musicien militant Bob Geldof estime que le premier ministre Justin Trudeau n’a aucune excuse pour rater la cible recommandée par les Nations unies au chapitre de l’aide internationale.

Le chanteur irlandais a soutenu mercredi que pour un pays relativement épargné par la crise financière et économique de 2008, le Canada peut, «sans grands efforts», faire «beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus» pour aider les pays en développement — en particulier l’Afrique.

L’ex-chanteur des défunts Boomtown Rats était l’invité à Montréal de la conférence du CFA Institute, une association d’analystes financiers et d’investisseurs internationaux.

Bob Geldof avait mis sur pied en 1985 le concert «Live Aid» lors de la famine en Éthiopie, puis, dix ans plus tard, les concerts «Live 8» pour lutter de façon plus générale contre la pauvreté en Afrique.

Les Nations unies demandent aux pays riches de consacrer 0,7 pour cent de leur revenu national brut à l’aide internationale. Plus tôt cette semaine, le premier ministre Trudeau a soutenu que cette cible était «trop ambitieuse» pour le Canada — du moins irréaliste pour cette année et l’an prochain.

Le Canada a consacré 0,28 pour cent de son revenu national brut à l’aide internationale en 2015, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il s’agissait alors d’une hausse de 0,24 pour cent par rapport à l’année précédente, qui avait été l’une des moins généreuses depuis plus de 10 ans. À l’échelle internationale, cette aide a atteint 0,3 pour cent du revenu national brut en 2015.

«Pour un homme aussi ambitieux que M. Trudeau, cette limitation semble bien peu ambitieuse, a lancé Bob Geldof aux journalistes à l’issue de son allocution. Votre économie peut très bien se le permettre. Vous aviez promis de le faire et ce n’est pas au premier ministre d’un pays, il me semble, d’aller à l’encontre de l’engagement de la population.»

Le chanteur a rappelé que c’est le Canada qui avait proposé en 1969 l’objectif de 0,7 pour cent, une cible qu’il n’a jamais atteinte par la suite. «Vous l’avez inventée, vous devriez l’appliquer», a-t-il lancé.

Plus tôt lors de la conférence de la CFA, Bob Geldof a avoué aux investisseurs qu’il ne comprenait pas pourquoi les entreprises et les pays ne consacraient pas plus d’argent et de ressources en Afrique. Il a estimé que dans 14 ans, ce continent comptera deux milliards d’habitants, disposant d’un pouvoir d’achat de plus de 2000 milliards $. Il a aussi soutenu que les ressources potentielles de l’Afrique — notamment ses riches terres arables — seront sans contredit très importantes pour le XXIe siècle.

Il a par ailleurs répondu à l’économiste d’origine zambienne Dambisa Moyo, qui soutient que l’aide occidentale directe nuit à l’Afrique. Elle estime que cette aide accroît la dépendance des pays africains et encourage la corruption et le népotisme. Bob Geldof pense plutôt que l’aide internationale est nécessaire pour aider certains gouvernements «à respirer un peu», et que les investissements privés sont aussi bénéfiques.