Bob Rae minimise la défaite du Canada au Conseil de sécurité de l’ONU

OTTAWA — Bob Rae a voulu minimiser l’échec du Canada à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies alors qu’il prend le relais de Marc-André Blanchard comme ambassadeur du Canada auprès de l’ONU.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la nomination de M. Rae lundi matin, moins d’un mois après la défaite canadienne dans la course à un siège non permanent au Conseil de sécurité. Le Canada a été éliminé au premier tour, perdant contre l’Irlande et la Norvège.

Cette défaite a été vue comme une humiliation pour le gouvernement Trudeau, qui a investi du capital politique dans cette course, et a suscité des questions sur le rôle du Canada sur la scène internationale. D’autres observateurs ont réclamé une révision de la politique étrangère au pays.

Mais M. Rae s’est tourné vers sa longue carrière politique, comme ancien premier ministre néo-démocrate de l’Ontario et chef par intérim des libéraux fédéraux, pour aborder ce cuisant revers diplomatique avec philosophie.

«Je peux vous dire avec certitude que ni la victoire ni la défaite sont permanentes et que nous exagérons toujours l’impact qu’ont les deux», a-t-il répondu à la question d’une journaliste, lors d’une conférence de presse quelques heures après sa nomination.

«J’ai gagné des élections et parfois on suranalyse ce que cela veut dire», a-t-il dit.

«Et quand on perd des élections, parfois, on a tendance à l’internaliser et à dire: « Voici un message très clair ». Le message est celui-ci: Nous n’avons pas gagné, nous n’avons pas eu assez de votes. C’est le seul message que j’en retiens.»

À ses côtés, M. Blanchard — qui a mené la campagne pour ce siège ces quatre dernières années — a parlé d’une course «excessivement serrée» et d’une «multitude de facteurs» qui expliquent le résultat du Canada.

«Vous savez, quand les 193 pays votent aux Nations unies pour des positions électives de ce genre, il y a 193 différentes raisons qui motivent ces électeurs, les États membres des Nations unies, à voter pour appuyer un pays ou un autre», a-t-il affirmé.

Même s’il admet être «déçu du résultat», l’ambassadeur sortant est d’avis que tout n’est pas perdu.

«Le Canada est sorti grandi de cette course-là. Moi, je suis convaincu que (…) le Canada est beaucoup plus fort aujourd’hui qu’il ne l’était quand il a commencé cette course-là aux Nations unies. Et le Canada a gagné le respect de beaucoup d’États membres dans cette course-là», a affirmé M. Blanchard.

«Ce qu’on a appris pendant cette course-là va être utile pour la prochaine décennie, tout au moins, pour aider notre diplomatie à être encore plus efficace et à bâtir des partenariats encore plus solides que ce qu’on avait fait jusqu’à maintenant», a ajouté M. Blanchard.

M. Blanchard — qui dit avoir informé M. Trudeau de son choix de quitter son poste avant la défaite du Canada au Conseil de sécurité — croit qu’un forum global est plus nécessaire que jamais alors que tous les pays du monde font face à des défis comme la COVID-19 et les changements climatiques.

M. Rae reconnaît que de nombreux Canadiens se demandent pourquoi le pays est si engagé à l’international alors qu’il y a de si nombreux défis ici, au Canada.

«La simple raison est ceci: c’est dans l’intérêt du Canada de le faire. Nous sommes un pays international, notre population est internationale, notre commerce est international. La façon (dont) nous devons travailler est internationale. On n’a pas le choix», a-t-il lancé, en français.

La nomination de lundi est la plus récente affectation de M. Rae par le gouvernement Trudeau. Il a plus récemment servi comme envoyé spécial du Canada pour les enjeux humanitaires et relatifs aux réfugiés, et avant cela comme envoyé spécial du Canada au Myanmar, pour le drame des Rohingyas.

Âgé de 71 ans, M. Rae suit ainsi les traces de son père, Saul Rae, qui avait été ambassadeur auprès de l’ONU de 1972 à 1976. Il avait été nommé à ce poste par le père du premier ministre actuel, Pierre Elliott Trudeau.

M. Rae a noté ce parallèle, lundi, disant que «d’un point de vue personnel, ça représente un moment très spécial parce que mon père a eu la même job que le premier ministre vient de me donner».

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