Bois d’oeuvre: la ministre Freeland évoque des représailles contre les États-Unis

OTTAWA — Le Canada est prêt à riposter contre la récente augmentation des droits de douane américains sur le bois d’oeuvre produit au Canada, a déclaré jeudi la vice-première ministre Chrystia Freeland.

«Nous ferons précisément ce que nous avons fait avec succès avec deux administrations américaines précédentes: nous exposons notre cas de manière claire et rationnelle. Nous indiquons également très, très clairement que le Canada est prêt à riposter, à défendre l’intérêt national», a déclaré Mme Freeland en réponse à des critiques en Chambre.

Le porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, Michael Chong, a soutenu que le gouvernement libéral n’était pas efficace contre une série de mesures commerciales protectionnistes de l’administration du président américain Joe Biden. M. Chong a été l’un des nombreux conservateurs à accuser le gouvernement libéral, qui fait face à des critiques de plus en plus nombreuses concernant la liste croissante d’irritants commerciaux avec Washington.

La ministre Freeland n’a pas fourni de détails sur les mesures de représailles qui pourraient être envisagées. Elle a cependant fait allusion aux combats acharnés que le Canada a menés contre l’administration précédente du républicain Donald Trump, qui avait imposé des tarifs punitifs sur l’acier et l’aluminium canadiens, au plus fort de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain en 2018.

M. Trump avait utilisé une section de la loi commerciale américaine qui autorise l’imposition de droits de douane si une «menace pour la sécurité nationale» est perçue par Washington.

Le Canada a riposté avec des contre-mesures, dollar pour dollar, sur l’acier et l’aluminium américains, mais aussi sur une foule d’autres produits, du whisky au papier hygiénique en passant par les bateaux à moteur.

Avec le départ de Donald Trump et l’arrivée de la nouvelle administration Biden, certains espéraient qu’un nouveau niveau d’équilibre commercial pourrait être rétabli entre le Canada et les États-Unis, même si les démocrates sont traditionnellement plus protectionnistes.

D’où la litanie de malheurs protectionnistes que M. Chong a énumérés jeudi: un projet de crédit d’impôt pour les véhicules électriques fabriqués aux États-Unis, qui menace les emplois du secteur automobile canadien, la relance de politiques d’approvisionnement «rigoureuses» d’achat américain, et «des mesures ciblant nos producteurs laitiers, des actions contre les pipelines, qui ont contribué à la flambée des prix de l’énergie, et maintenant: doubler les tarifs sur le bois d’oeuvre».

Des tarifs de 17,9 % 

Le département américain du Commerce a indiqué mercredi que le taux combiné des droits antidumping et compensateurs pour la plupart des producteurs canadiens sera finalement de 17,9 %. Ce taux est légèrement inférieur au taux préliminaire de 18,32 % évoqué en mai, mais le double du taux initial de 8,99 %.

«Il est clair que la réputation du Canada à Washington a décliné», a soutenu M. Chong à propos de la relation renouvelée que le premier ministre Justin Trudeau espérait nouer avec le président Biden. «Il est clair que ce premier ministre n’a pas de relation de travail étroite avec le président», a accusé M. Chong pendant la période des questions, en demandant à M. Trudeau ce qu’il prévoyait de faire à ce sujet.

Mme Freeland a répondu en évoquant le spectre de mesures de représailles.

Le député bloquiste Mario Simard a déclaré que le principal partenaire commercial du Canada agissait désormais comme son adversaire. «Avant, les gens disaient que Trump était le problème. Aujourd’hui, c’est Biden. Et nous avons le même problème», a déclaré M. Simard.

La ministre du Commerce international, Mary Ng, a déclaré qu’elle avait soulevé l’enjeu du crédit d’impôt pour l’achat de véhicules électriques lorsqu’elle était à Washington la semaine dernière, lors des réunions dans le cadre du Sommet des dirigeants nord-américains.

Plus tôt, Mme Ng avait réitéré sa déception face au nouveau tarif sur le bois d’oeuvre, qu’elle a qualifié d’injuste. Mme Ng a indiqué que le gouvernement poursuivait un litige dans le cadre du nouvel accord commercial nord-américain, ainsi qu’auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

Le Conseil du bois d’oeuvre de la Colombie-Britannique a déclaré que cette hausse n’était pas une surprise, mais qu’elle était toujours décevante, car les producteurs américains ne sont même pas en mesure de répondre à la demande intérieure aux États-Unis.

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