Bombardier et l’A220: Québec prend une provision pour perte de 600 millions $

QUÉBEC — Le retrait total de Bombardier du secteur des avions commerciaux, annoncé jeudi, entraînera une importante perte financière pour le Québec, mais malgré tout, le premier ministre François Legault et le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, ont jugé qu’il s’agissait d’une bonne transaction pour toutes les parties en cause.

Et ce, même si Québec a dû prendre une provision pour perte de 600 millions $, ayant pour effet de revoir à la baisse la valeur de l’investissement consenti par le gouvernement québécois dans la C Series en 2016.

Cette année-là, Investissement Québec avait investi 1,3 milliard $ dans le programme C Series de Bombardier, rebaptisé depuis A220. Ce placement ne vaut plus que 700 millions $ CAN, quatre ans plus tard.

En mêlée de presse, le premier ministre Legault a réaffirmé sa position, à savoir que le gouvernement précédent avait commis une erreur en 2016 en choisissant d’investir uniquement dans la C Series, au lieu de préférer la compagnie mère. Selon lui, le Québec aurait ainsi pu éviter de prendre le risque financier associé à la provision de 600 millions $.

Conclusion: «Le surplus (budgétaire) du gouvernement du Québec va être réduit de 600 millions $» cette année, a calculé le premier ministre.

«C’est une évaluation ponctuelle», qui vaut pour aujourd’hui, mais qui peut fluctuer avec les années, a nuancé le ministre Fitzgibbon, en conférence de presse, tout en reconnaissant que le Québec perdait de l’argent dans la transaction.

Une réévaluation de la valeur de la provision sera faite chaque année, «soit à la hausse, soit à la baisse», a-t-il dit.

La provision sera considérée comme un prêt, du point de vue gouvernemental, en respect des règles comptables en vigueur, a précisé le ministre.

Du côté positif, il note que la participation du gouvernement dans la division A220, qui était de 16 % depuis 2016, passe désormais à 25 %, «sans injecter de montants additionnels» de fonds publics, ni maintenant ni dans le futur.

À la recherche de liquidités, la multinationale québécoise a annoncé jeudi qu’elle cédait à la française Airbus sa participation restante dans le programme A220, contre 591 millions $ US. La quote-part d’Airbus dans le programme grimpe donc à 75 %.

M. Legault a insisté lui aussi sur le fait que le gouvernement avait respecté son engagement de ne pas mettre «un sou» de plus dans Bombardier.

Airbus a accepté de racheter la totalité de la participation québécoise dans l’A220 en janvier 2026.

D’ici là, le ministre Fitzgibbon a dit espérer que le placement du gouvernement du Québec aura acquis «une meilleure valeur» marchande, grâce à la croissance anticipée du programme, qui fonctionne bien avec un carnet de commandes bien rempli. 

La vraie valeur de la participation du Québec dans le dossier ne sera donc connue, vraisemblablement, qu’en 2024 ou 2025, selon lui, quand le programme A220 sera bien financé.

La restructuration annoncée jeudi était essentielle à la poursuite des activités de Bombardier, selon le ministre, dont l’objectif premier était de sauvegarder les milliers d’emplois en jeu, un objectif qui a été atteint.

Le chef de l’opposition officielle, le libéral Pierre Arcand, a déploré «le démantèlement de Bombardier» et s’est montré préoccupé par le maintien des emplois, particulièrement à La Pocatière, où se trouve une usine de la division Transport de Bombardier, qui emploie environ un millier de personnes et fait l’objet de rumeurs de transactions.

Le chef par intérim du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, s’est dit lui aussi soucieux de conserver les emplois en jeu. Il a blâmé la haute direction de Bombardier pour le climat d’incertitude financière associé à l’entreprise.

Le porte-parole en finances de Québec solidaire, le député de Rosemont, Vincent Marissal, a estimé que la transaction annoncée jeudi était «le moins pire de tous les mauvais scénarios» envisagés pour l’avenir de Bombardier. Il juge que les gouvernements ont pris «un pari risqué» sur le plan financier dans ce dossier, transformant le trésor québécois en «guichet automatique».

La dette de Bombardier atteint 9,3 milliards $ US.

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