Bond des acheteurs qui envisagent de quitter le Grand Montréal

MONTRÉAL — Un sondage publié mardi révèle que 34 % plus de résidants du Grand Montréal ayant l’intention d’acheter une résidence au cours des cinq prochaines années envisagent de quitter la région métropolitaine qu’il y a deux ans, une augmentation qui est encore plus forte chez les banlieusards.

La proportion des résidants du Grand Montréal qui souhaitent aller s’établir en périphérie est passée de 9,7 % en 2018 à 13,0 % en 2020, selon le coup de sonde effectué par la firme Léger, une augmentation qualifiée de «statistiquement significative».

L’émergence du télétravail lors de la pandémie est la raison sous-jacente à cette hausse, de même que l’augmentation importante du prix des propriétés, qui a crû de 20 % en un an dans le Grand Montréal, estime Paul Cardinal, directeur du service économique de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

«La hausse des prix à Montréal fait partir les gens de l’île de Montréal. D’autres personnes partent plus loin en périphérie», a pour sa part conclu Charles Brant, directeur du service de l’analyse du marché de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).

Le phénomène s’observait déjà dans les dernières années, mais ce «mouvement s’est accéléré» avec la COVID-19, a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse Canadienne.

Aucun des deux analystes ne semblait surpris par cette augmentation, M. Cardinal la qualifiant de «vague, (…) mais pas d’un tsunami» et M. Brant estimant que ce n’est «pas étonnant, pas non plus une révolution», mais plutôt «une confirmation de tendance».

L’étude, qui a été menée pour le compte de leurs organisations, du Fonds immobilier de solidarité FTQ et de la Société d’habitation du Québec (SHQ), visait à faire le point sur les intentions d’achat et de vente dans le secteur immobilier du Québec.

La proportion de futurs acheteurs qui habitent actuellement dans le Grand Montréal et qui sont indécis quant à la région de leur nouvelle résidence a elle aussi explosé, passant de 7,6 % à 12,2 %, soit une augmentation de 61 %.

«Ça va dans l’esprit de la crise sanitaire qu’on vit en ce moment, croit M. Cardinal. Dans une très forte majorité, les gens aiment le télétravail et ils espèrent continuer comme ça. Mais dans les faits, est-ce qu’ils vont pouvoir continuer sur une base régulière à travailler de la maison deux à trois jours par semaine? Probablement qu’il y en a plusieurs qui ne savent pas encore ce que leur employeur va permettre.»

Les résidants des couronnes de Montréal sont particulièrement nombreux à envisager de s’éloigner davantage de la métropole. Selon le sondage, 15 % d’entre eux veulent faire un tel changement, par rapport à 10 % en 2018. À l’inverse, seuls 4 % des banlieusards prévoient venir vivre à Montréal. Par ailleurs, ceux qui sont indécis sont passés de 6 % en 2018 à 10 % en 2020.

En ce qui concerne les Montréalais, la proportion de ceux qui envisagent de quitter l’île pour s’établir en banlieue est passée de 29 % à 19 %, une diminution qui contraste avec l’augmentation fulgurante des transactions immobilières et des prix dans les couronnes et au-delà.

«C’est un résultat qui m’a un peu surpris», a admis M. Cardinal, qui l’attribue en partie à l’augmentation de la proportion d’indécis, qui sont passés de 9 % à 14 %. «C’est comme si qu’en 2018 l’alternative c’était la banlieue et qu’en 2020 l’alternative c’est peut-être la banlieue, peut-être sortir de la région métropolitaine. Et il y a en beaucoup qui disent « Je ne le sais plus ».»

Le sondage révèle également que l’achat d’une résidence secondaire a la cote, récoltant la faveur de 15 % des futurs acheteurs potentiels, une hausse de trois points par rapport à 2018.

L’augmentation est davantage marquée dans le groupe d’âge des 35 à 54 ans où ils sont 18 % des propriétaires actuels à vouloir acheter une résidence secondaire, par rapport à 12 % deux ans plus tôt.

«Il y a véritablement un engouement pour la résidence secondaire dans cette tranche d’âge, remarque Charles Brant. Et ça se vérifie par un marché très actif dans les Laurentides ou en Estrie. »

Le sondage a été mené sur internet du 29 septembre au 13 octobre auprès de 5655 Québécois responsables du bail ou des paiements de l’hypothèque de leur résidence. Puisque la méthode d’échantillonnage des répondants en ligne est non probabiliste, il n’est pas possible de calculer une marge d’erreur.

– Texte de l’Initiative de journalisme local.

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