Bouger semble atténuer l’effet néfaste de l’alcool

MONTRÉAL – L’activité physique modérée permet d’atténuer certains effets néfastes d’une consommation régulière d’alcool, dont le risque de mourir prématurément d’un cancer ou d’autres causes qui peuvent en découler, écrit une chercheuse montréalaise dans les pages du British Journal of Sports Medicine.

Karine Perreault a mené une étude épidémiologique à partir d’une banque de données de 36 370 personnes de 40 ans et plus vivant en Angleterre et en Écosse.

Ses résultats indiquent d’abord qu’il existe un risque de mort prématurée même lorsqu’une personne s’en tient aux quantités d’alcool qu’ont recommandées les autorités britanniques en 2015, qui correspondent aux États-Unis et au Canada à moins de 12 consommations standards par semaine pour les hommes et à moins de huit pour les femmes.

Ainsi, même quand elles respectent ces seuils, le risque de mourir prématurément attribuable à la consommation d’alcool, parmi les personnes sédentaires, est 16 pour cent plus élevé que chez celles n’ayant jamais bu d’alcool. Comparativement à ces dernières, celles qui boivent de façon «hasardeuse» (de 12 à 28 consommations par semaine pour les hommes et de 8 à 20 pour les femmes) affichent un risque accru de 20 pour cent. Au-delà de ces seuils, le risque est supérieur de 58 pour cent.

Lorsqu’elle a tenu compte du degré d’activité physique des participants, Karine Perreault a constaté une diminution du risque de décès prématuré chez les gens actifs.

Le risque de mourir d’un cancer est lui accentué de 47 pour cent chez les sédentaires dont la consommation d’alcool respecte les recommandations. Chez les sédentaires qui boivent de façon hasardeuse, ce risque est accru de 52 pour cent. Pour ceux qui boivent plus de 28 consommations par semaine et ceux qui en prennent plus de 20, le risque de mourir du cancer est supérieur de 87 pour cent!

Par contre, de la même façon que pour la mortalité toutes causes confondues, le risque de mortalité lié au cancer était considérablement atténué chez les gens actifs.

«Nous constatons que l’activité physique et la consommation d’alcool agissent sur les mêmes mécanismes, mais en sens inverse, note la doctorante. Par exemple, on sait que l’alcool peut, en partie du moins, provoquer la mort en raison du stress oxydatif qu’il entraîne et qu’en parallèle l’activité physique abaisse ce stress oxydatif. Il en est de même pour le système immunitaire: l’alcool l’affaiblit tandis que bouger le renforce.»

Les résultats auxquels est parvenue Mme Perreault ne signifient pas qu’on peut boire de l’alcool autant qu’on le désire dans la mesure où l’on est physiquement actif.

«Les données indiquent clairement que l’effet protecteur de l’activité physique contre l’alcool a ses limites, au-delà d’un certain seuil de consommation, avertit l’auteure principale de l’étude. On ne suggère pas de boire plus, mais plutôt de bouger davantage. Il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque et, si l’on boit beaucoup, les effets nocifs persistent même si l’on bouge modérément, sans compter le risque de dépendance.»

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