Bruny Surin puise ses valeurs dans le message de Luther King

MONTRÉAL — Que ce soit comme athlète de pointe ou aujourd’hui dans son rôle d’entrepreneur, Bruny Surin donne l’impression d’être né sous une bonne étoile. Ce fils d’immigrants haïtiens ne l’a toutefois pas toujours eu facile.

Très tôt dans sa vie, ses parents, Léonne et Joseph, lui ont inculqué de solides valeurs qui ont défini sa personnalité et l’ont initié au message porteur d’espoir de Martin Luther King Jr., figure emblématique des droits civiques aux États-Unis devenu pour lui une grande source d’inspiration.

Trop jeune pour avoir été témoin des actions du militant afro-américain – il n’avait même pas un an lors de l’assassinat de LutherKing, le 4 avril 1968 –, c’est donc à travers les yeux et les témoignages de ses parents qu’il a découvert l’influence du personnage.

«J’étais tout petit en Haïti et ils me parlaient du pasteur Luther King, surtout qu’il s’est battu pour les droits des Noirs aux États-Unis», se rappelle le quadruple olympien en entrevue à La Presse Canadienne dans le cadre de la série de portraits de personnalités québécoises présentés à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

«Il avait aussi son côté prédicateur, un pasteur qui véhicule des messages. Tout en se battant pour ses droits, toujours sans violence, il prêchait aussi le pardon, le partage. C’est un message qui me rejoint, car ce sont aussi les valeurs chrétiennes que mes parents m’ont transmises et que, à mon tour, je transmets à mes filles, poursuit-il. Il  demeure encore un modèle pour moi.»

Arrivé au Québec en 1975 à l’âge de sept ans, Surin a continué de s’intéresser à l’histoire et surtout au message de Luther King.

«J’ai lu sur le sujet, sur ce qui se passait à l’époque aux États-Unis. Je me demandais pourquoi de telles choses peuvent se produire, alors que nous sommes tous censés être égaux.

«Tout ça pour dire que Martin Luther King était animé d’une grande force de caractère. Ça n’a pas été en vain puisqu’il a eu un gros impact, mais ça lui a aussi coûté la vie.»

Un lent processus

Plus de 50 ans après la mort de Luther King, le médaillé d’or olympique du relais 4 x 100 mètres aux Jeux d’Atlanta en 1996 se désole de voir qu’il faut encore manifester pour garantir plus de justice sociale.

«Ça me surprend énormément. Quand je regarde la situation aujourd’hui, oui, il y a un grand héritage, mais il y a encore du travail à faire. Je ne veux pas jeter la serviette, mais je suis très déçu de tout ça», plaide-t-il en pensant à des événements comme la mort de George Floyd l’an dernier qui est devenu le catalyseur d’un mouvement mondial de lutte contre le racisme et les violences policières.

«On manifeste et c’est correct. Mais de refaire tout cet exercice, je trouve ça lourd. Depuis toutes ces années, depuis le temps de mon modèle, Martin Luther King, qui est mort pour cette cause, j’aurais espéré voir un monde plus juste. Ce n’est pas le cas. Quand j’y pense, des fois, j’ai de petits moments de découragement.»

Il compatit d’ailleurs avec l’ex-quart-arrière Colin Kaepernick, des 49ers de San Francisco, mis au ban dans la NFL après avoir été le premier à poser un genou à terre pour protester contre les violences policières raciales. 

«À un moment donné, d’autres personnes comme lui vont-elles devoir risquer leur carrière, d’autres vont-ils mourir pour que ça cesse un jour? Je ne sais pas où ça va s’arrêter.» 

Un devoir de partage

Malgré ce constat, Bruny Surin garde espoir. Et il s’efforce de partager sa vision positive de la vie avec les autres, un peu à l’image du pasteur Luther King.

«Souvent, mes chums me disent: ‘tu vois le ciel en bleu’. Oui, j’aimerais ça que le ciel soit toujours bleu et que tout le monde s’entende», mentionne celui qui se décrit comme un croyant.

«Ça m’arrive souvent de prier, de méditer. Je crois aux valeurs du pardon, du respect, d’aider son prochain.» 

Ce sont plus que de belles paroles dans son cas. Il s’efforce d’en faire un mode de vie. Outre ses activités d’entrepreneur et de conférencier, Surin a également créé une fondation dont l’objectif est de promouvoir les bienfaits d’un mode de vie sain et actif au niveau physique et psychologique auprès des jeunes étudiants.

«Je me suis donné ce devoir, et ce n’est vraiment pas un fardeau, décrit celui qui est né à Cap-Haïtien, au nord d’Haïti. Plus jeune, je n’ai pas eu la vie facile même si je n’ai manqué de rien. Mes parents ne sont pas nés dans la ouate.

«Quand j’ai eu de grands rêves, je n’avais pas une cenne pour les réaliser. J’ai frappé aux portes et ç’a été tough. Au fil du temps, des gens m’ont aidé, des entreprises m’ont aidé, la population a embarqué et j’ai connu une super belle carrière.»

Il estime que c’est désormais à son tour de redonner aux autres. Et il s’inspire de ce que sa mère lui a dit quand il est arrivé au Québec à l’âge de sept ans. 

«Elle m’a dit, ‘ici tu as toutes les opportunités, alors fonce. Mais n’oublie pas que dans la vie, il n’y a pas de raccourci.’

«C’est le message que je partage quand je vais dans les écoles. Les opportunités sont devant vous. C’est vrai, parfois ça va être plus difficile. Je leur donne des exemples des difficultés que j’ai vécues avant d’en arriver où j’en suis. Et que la persévérance est gage de réussite dans la vie.»

Une façon pour lui de perpétuer les précieuses valeurs que ses parents lui ont léguées.

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