«Buy American»: le Canada aura du mal à faire fléchir Joe Biden

WASHINGTON — Maintenant qu’il est le président élu, Joe Biden réitère sa promesse d’une relance de l’économie aux États-Unis fondée sur la notion de «Buy American».

M. Biden, qui était vice-président lorsque le Canada a confronté pour la dernière fois un président démocrate pour ses politiques «Buy American», a résumé de façon simple et directe son engagement à l’occasion d’un discours depuis son centre d’opérations dans le Delaware.

«Pour les automobiles comme pour le reste, nous allons acheter américain», a déclaré M. Biden.

«Aucun contrat gouvernemental ne sera accordé aux entreprises qui ne fabriquent pas leurs produits ici aux États-Unis.»

Il s’agissait d’une reprise sans équivoque du plan «Buy American» mis de l’avant durant sa campagne à la présidence, qui inclut un bureau spécial «Made in America» au sein de la Maison-Blanche pour surveiller la mise en vigueur de ces mesures.

Il avait fallu presque un an au Canada pour négocier des dérogations à des règles similaires en 2010 lorsque l’administration de Barack Obama se préparait à dépenser plus de 800 milliards $ pour se remettre de la Grande Récession.

Le plan de M. Biden inclut aussi des décrets visant à faire respecter les mesures de façon stricte et à les élargir et les resserrer. L’objectif est de rendre les produits américains plus compétitifs et d’allonger la liste des produits «critiques» qui doivent être fabriqués aux États-Unis.

Et depuis que le plan a été dévoilé, des responsables canadiens des deux côtés de la frontière, incluant le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne, ont discuté de stratégies pour convaincre les États-Unis d’adopter une approche différente: «Acheter nord-américain».

«Lorsque j’ai la résilience en tête, s’il y a deux pays dont les chaînes d’approvisionnement sont intégrées, c’est le Canada et les États-Unis», a déclaré M. Champagne lundi, lorsque questionné sur les propos de M. Biden.

Ce qui se présente est une occasion de bénéficier de cette intégration et de créer des millions d’emplois tant aux États-Unis qu’au Canada, a dit M. Champagne.

«Le portrait plus large pour nous est de dire, comment pouvons-nous innover plus ensemble, comment pouvons-nous fabriquer plus ensemble, comment pouvons-nous vendre plus ensemble au reste du monde», a-t-il fait valoir.

Invitation à M. Biden

Pratiquement au même moment où M. Biden faisait son discours, lundi, la Chambre des communes à Ottawa adoptait de façon unanime une motion présentée par le leader parlementaire du NPD Peter Julian pour inviter M. Biden à s’adresser au Parlement canadien après son assermentation.

M. Julian y voyait une démonstration de bonne volonté et d’efforts bilatéraux sur des enjeux comme les changements climatiques et la «justice sociale et économique», a-t-il indiqué sur Twitter. Mais les conservateurs ont présenté leur appui à la motion d’une manière bien différente.

«L’avenir de l’oléoduc Keystone XL est désormais en question et représente un enjeu urgent qui nécessite notre attention immédiate», a déclaré le député conservateur Michael Chong par communiqué après le vote.

La campagne de M. Biden avait promis par communiqué en mai de «mettre fin pour de bon au projet» en résiliant les approbations par le président Donald Trump pour Keystone XL.

Sur ce point également, des responsables canadiens évoquent la nécessité d’une approche intégrée, en discutant de l’énergie et de l’environnement comme les deux faces d’une même médaille dans l’intérêt des deux pays.

«Le Canada est l’un des seuls principaux fournisseurs des États-Unis qui ont un prix sur le carbone, qui ont un objectif d’émissions nettes nulles d’ici 2050», a fait valoir récemment en entrevue l’ambassadrice du Canada à Washington, Kirsten Hillman.

«Même si nous faisons la transition vers une économie plus faible en carbone, nous aurons besoin de ces types de carburant pour longtemps encore», a-t-elle ajouté.

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