C-10 sur Air Canada: les libéraux de Trudeau ont failli perdre un vote

OTTAWA – Les libéraux de Justin Trudeau ont eu chaud: malgré leur écrasante majorité aux Communes, ils sont passés à un cheveu de perdre un vote.

Le sujet en est un qui intéresse grandement le Québec, soit C-10, qui assouplit les conditions imposées à Air Canada en matière d’entretien de ses appareils.

Le débat a pris fin abruptement lundi midi à l’étape du rapport, ce qui force automatiquement un vote 30 minutes plus tard. Les députés ont alors accouru de toute urgence pour arriver avant que l’on verrouille les portes de la Chambre. Jusqu’aux dernières secondes, des élus se sont précipités au pas de course pour être présents.

Le vote s’est soldé par une égalité: 139 pour, 139 contre. Dans ces cas-là, le président de la Chambre vote pour que les travaux parlementaires puissent se poursuivre, ce qui a fait pencher la balance en faveur du gouvernement libéral. Cela a ainsi sauvé le projet de loi, qui passe maintenant en troisième et dernière lecture.

«À une autre occasion, ça peut vouloir dire que je vote non, alors gardez ça en tête», a lancé le président Geoff Regan en guise d’avertissement à ses collègues.

Le whip du gouvernement, Andrew Leslie, responsable de s’assurer que les députés soient présents dans de telles circonstances, a confié à l’issue du vote avoir vu sa pression sanguine monter. Il affirme que cette expérience est «une bonne leçon» pour ses troupes, pour s’assurer que cela ne se reproduise pas.

Son collègue, le leader du gouvernement en Chambre Dominic LeBlanc, a pris la manoeuvre avec un peu moins de philosophie, critiquant sévèrement la stratégie de l’opposition. «C’est entièrement leur prérogative, mais ça démontre un niveau d’immaturité et d’irresponsabilité. Et nous allons prendre des précautions, incluant accepter que leur parole ne vaut franchement pas grand-chose», a-t-il lancé.

Stratégie

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est entendu avec le Parti conservateur du Canada (PCC) pour retirer les amendements prévus au projet de loi et forcer ainsi un vote plus rapidement qu’anticipé. Les deux partis se sont arrangés lundi matin pour qu’autant de députés que possible soient en Chambre et maximiser ainsi leur chance de défaire le projet de loi.

Dans un vote aussi serré, une seule voix supplémentaire aurait pu faire pencher la balance. Le NPD a immédiatement blâmé le Bloc québécois, qui n’avait que 5 de ses 10 députés en Chambre au moment du vote.

Aux yeux du député néo-démocrate Alexandre Boulerice, les bloquistes ont ainsi permis qu’aille de l’avant le projet de loi C-10, qui «va légaliser la perte de 2600 emplois». «Je suis un peu déçu, malgré l’avertissement qu’on leur avait donné, que la moitié du caucus du Bloc québécois ne se soit pas pointé aujourd’hui pour défendre les emplois», a-t-il attaqué.

Le Bloc accuse plutôt le NPD de l’avoir tenu à l’écart de la tactique et de ne l’avoir prévenu que lundi matin — et pas samedi, comme le prétendent les troupes de Thomas Mulcair. Luc Thériault, le leader parlementaire bloquiste, assure que si on l’avait averti plus tôt, il aurait pu faire en sorte que tous les députés bloquistes soient présents. Il déplore la «marginalisation» dont est victime le Bloc à Ottawa.

Ligne de parti

Le vote d’un autre député — libéral, celui-là — aurait aussi pu changer la donne. Le manitobain Doug Eyolfson, qui avait brisé la ligne de parti et voté contre le projet de loi en deuxième lecture, s’est ravisé sur cet autre vote en votant en faveur.

«Je ne voulais pas faire partie d’un coup d’éclat procédural entrepris par l’opposition, aujourd’hui», s’est-il justifié, ajoutant qu’il votera probablement contre C-10 lors d’un prochain vote.

Le projet de loi modifie la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada, qui obligeait le transporteur à faire l’entretien de ses avions dans la Communauté urbaine de Montréal, Winnipeg et Mississauga.

La nouvelle version retire cette nécessité de maintenir les centres d’entretien et de révision spécifiquement dans ces villes, mentionnant plutôt les provinces du Québec, de l’Ontario et du Manitoba. Elle stipule surtout qu’Air Canada «peut modifier le type ou le volume d’une ou de plusieurs de ces activités dans chacune de ces provinces ainsi que le niveau d’emploi».

Avec la fermeture d’Aveos chargée de l’entretien des appareils d’Air Canada en 2012, 2600 travailleurs ont perdu leur emploi, dont 1800 au Québec.