Camp Ipperwash: fin d’une vieille dispute entre Ottawa et une Première Nation

Une amère et sanglante dispute territoriale entre Ottawa et une Première Nation du sud-ouest de l’Ontario ayant entraîné le décès d’un manifestant autochtone il y a 20 ans a officiellement pris fin.

Le gouvernement fédéral et la Première Nation des Chippewas de Kettle Point et Stony Point ont signé une entente, jeudi, en vertu de laquelle le camp Ipperwash, une ancienne base militaire construite sur des terres saisies par les autorités canadiennes en 1942, sera remis à la communauté autochtone.

L’accord prévoit aussi le versement de 95 millions $ à la Première Nation afin que cette dernière puisse «investir dans un avenir meilleur».

Le chef de la Première Nation, Thomas Bressette, a déclaré que la reprise de ce territoire marquait la fin officielle de la Seconde Guerre mondiale pour les Chippewas. Il a ajouté que la communauté était enthousiaste à l’idée d’améliorer ses relations avec le Canada et que la signature de l’entente constituait un nouveau départ.

La Première Nation des Chippewas de Kettle Point et Stony Point, qui est établie sur les rives du lac Huron, à 35 kilomètres au nord-est de Sarnia, a révélé qu’elle utiliserait les fonds pour indemniser ses membres, financer ses infrastructures, soutenir le développement économique et assurer le renouveau de sa communauté.

La ministre des Affaire autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, qui faisait partie des signataires, a affirmé qu’il s’agissait d’un accord «historique».

«Aujourd’hui, nous tournons la page sur un sombre chapitre de notre histoire commune, a-t-elle indiqué dans un communiqué. Mais nous soulignons aussi un nouveau départ pour la Première Nation dans son processus de guérison au sein de sa collectivité et de réconciliation avec le Canada.»

Les Chippewas de Kettle Point et Stony Point réclament les terres du camp Ipperwash depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

En 1993, certains membres de la Première Nation avaient commencé à occuper l’installation et, en septembre 1995, le manifestant Dudley George avait été abattu par un policier après qu’un groupe dissident d’une trentaine de protestataires eut entamé l’occupation du parc national Ipperwash, invoquant que ce dernier comprenait un lieu de sépulture sacré.

L’agent avait plus tard été reconnu coupable de négligence criminelle ayant causé la mort et une enquête avait décrété que le gouvernement ontarien, Ottawa et la Police provinciale de l’Ontario avaient tous une part de responsabilité dans les événements ayant mené au décès de M. George.

Dans son rapport final publié en 2007, le commissaire de l’enquête sur Ipperwash, Sidney Linden, avait recommandé que les terres en litige soient immédiatement retournées à la Première Nation et que cette dernière soit indemnisée.

L’entente, qui a été officiellement signée jeudi, précise que des travaux devront être effectués pour assurer que le territoire utilisé par l’armée pendant 50 ans (la base a fermé ses portes en juillet 1995) est sécuritaire et ne présente aucun danger pour la santé.

Ce processus comprendra le déminage des terres et la conservation de milieux écologiques vulnérables ainsi que des sites culturels sacrés.