Quatre chefs en campagne se sont affrontés dans un premier débat en français

Photo : La Presse canadienne

Le face-à-face au réseau TVA a donné lieu à deux heures de débat où le chef conservateur a dû essuyer plus d’attaques que le premier ministre libéral sortant.

Andrew Scheer a passé un premier quart d’heure difficile au premier débat en français de la campagne électorale, mercredi soir. Et le reste de sa soirée a été à l’image de ces premières 15 minutes.

Profitant du premier thème proposé par l’animateur de ce face-à-face du réseau TVA, les trois autres chefs se sont acharnés sur M. Scheer, lui réclamant à l’unisson qu’il admette sa position personnelle sur le droit à l’avortement.

M. Scheer n’a jamais répondu. Il s’est cantonné dans sa position officielle voulant qu’il voterait contre tout projet de loi futur qui limiterait le droit à l’avortement.

«C’est normal d’avoir, dans une population de 33 millions de personnes, différentes perspectives. La chose qui est importante, c’est que les Québécois et les Québécoises peuvent avoir confiance (…) que l’accès ne va pas changer au futur comme il n’a pas changé dans le passé», a répété M. Scheer.

Ça n’a pas suffi à ses adversaires.

«C’est important pour les gens de savoir, personnellement, toi, Andrew Scheer, est-ce que vous croyez qu’une femme devrait avoir le choix?», a demandé le chef libéral Justin Trudeau, mêlant à quelques reprises tutoiement et vouvoiement de son adversaire principal.

M. Scheer a esquivé celle-ci aussi. Et M. Trudeau est revenu à la charge.

«On laisse la politique de côté. Est-ce que vous croyez en tant que chef, en tant que leader, en tant que père, en tant que mari, que les femmes ont le droit de choisir?», a insisté M. Trudeau qui, n’obtenant toujours pas de réponse satisfaisante, s’est tourné d’un air excédé vers le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, qui a repris la balle au bond.

M. Singh a, alors à son tour, fait la leçon à M. Scheer. «Ce n’est pas acceptable d’avoir un homme qui parle sur les droits des femmes. Ce n’est pas acceptable d’avoir une négociation sur les droits des femmes», a-t-il lancé.

Blanchet engagé et impatient

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet semblant penser que la première heure ne lui avait pas été équitable a, à un certain moment, exprimé sa frustration.

«Si vous interrompiez moins j’aurais un peu plus de temps pour expliquer mes affaires», a-t-il reproché à l’animateur Pierre Bruneau.

On discutait alors d’environnement. Le chef bloquiste a pu se ressaisir en apostrophant le chef conservateur.

«Parce que les autres émettent des gaz à effet de serre, émettons-en davantage nous-mêmes (…) en faisant semblant que ça va se régler tout seul», a raillé M. Blanchet.

La réplique de M. Scheer a été offerte sur le thème de l’utilité du Bloc québécois que les conservateurs qualifient de «gérants d’estrade».

«Les plans, projets du Bloc québécois ne peuvent jamais être implémentés (sic)», a déclaré le chef conservateur.

À chaque occasion, M. Scheer a présenté son «corridor énergétique» comme un projet gagnant-gagnant pour le Québec et pour les provinces qui exploitent les énergies fossiles, y compris lorsque M. Singh lui a demandé s’il imposerait un pipeline au Québec.

«Encore vous répétez gagnant-gagnant. C’est comme une cassette, hein?», lui a lancé M. Singh qui n’a pas réussi à retenir un rire.

M. Scheer offrait encore l’argument de la nécessité d’exploiter les ressources naturelles du Canada quand il a été question des droits des Autochtones.

«C’est sa réponse à tout. Pour l’environnement, pour les Premières Nations, plus de pipelines, plus de pétrole», lui a balancé M. Trudeau.

Même lorsqu’il a été question des droits des minorités francophones du pays, M. Blanchet a attaqué M. Scheer avec, pour munitions, des arguments d’environnementalistes.

«Vous étiez absent de la marche sur le climat et le lendemain vous étiez avec M. (Jason) Kenney en Alberta. Puis, ça va y aller pour le pétrole, puis « je vais marcher sur le corps du Québec parce que j’ai la juridiction ». Vos fréquentations ne vous rendent pas plus agréables au regard des Québécoises et des Québécois», a sermonné M. Blanchet, citant également l’autre allié de M. Scheer, le premier ministre ontarien Doug Ford.

Et la Constitution

Cette partie du débat a repris des arguments que tous connaissent par coeur.

M. Trudeau a répété que les préoccupations des Québécois sont ailleurs.

M. Singh a assuré qu’il corrigerait «l’injustice» d’une Constitution qui n’a pas été signée par le Québec. 

M. Scheer a vanté la reconnaissance du Québec comme nation par le gouvernement conservateur précédent. Puis,il a présenté sa promesse d’une déclaration de revenus unique gérée par Québec et son engagement de mettre fin au déversement d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent comme étant des preuves de son respect pour le Québec. 

«Il y a un paternalisme à l’endroit des Premières Nations. (…) Il y a un paternalisme à l’endroit du Québec tout le temps, comme si c’était des nations à condition que ça ne change rien pour eux ou que ça ne change rien pour nous», s’est plaint M. Blanchet.

Cette partie s’est conclue par une attaque directe et préparée du chef conservateur contre le chef bloquiste, les deux formations se disputant les mêmes électeurs québécois qui ne veulent plus de Justin Trudeau.

«Il y a un poste disponible dans le Parti québécois. Présentez-vous dans une campagne provinciale», a lancé M. Scheer au chef du Bloc québécois.

Autres enjeux sociaux

Lorsqu’il a été question du jugement qui a invalidé une partie de la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir, M. Trudeau a, pour la première fois, annoncé qu’il ne porterait pas ce jugement en appel s’il reprenait le pouvoir.

M. Scheer, lui, a dit qu’il fallait que la cause aille jusqu’en Cour suprême.

Les deux hommes se sont aussi affrontés sur la question de la possible décriminalisation des drogues dures pour contrer la crise des opioïdes.

Devant un «pas tout de suite» dit par M. Trudeau en réponse à une question de M. Bruneau, M. Scheer a décelé «un agenda secret» de décriminalisation de toutes les drogues.

La querelle entre M. Singh et M. Blanchet a tourné autour des questions identitaires.

Le bloquiste a repris le néo-démocrate lorsque celui-ci a qualifié de «dégueulasse» la position du Bloc québécois sur le niqab. «Je vais attribuer à l’apprentissage (incomplet) du français l’usage du mot dégueulasse», a protesté M. Blanchet.

Les absents

Elizabeth May du Parti vert et Maxime Bernier du Parti populaire n’avaient pas été invités au débat baptisé «Face-à-Face 2019» par TVA.

Deux autres débats, organisés par la Commission fédérale des débats des chefs, auront lieu la semaine prochaine.

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