Campagne électorale, jour 17: tous les yeux tournés vers Greta et Montréal

MONTRÉAL — La campagne électorale fédérale était en arrière-plan vendredi, alors que tous les yeux étaient tournés vers la grande marche sur le climat à Montréal et son invitée d’honneur, la jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg.

Trois chefs fédéraux — Justin Trudeau, du Parti libéral du Canada, Yves-François Blanchet, du Bloc québécois, et Elizabeth May, du Parti vert du Canada — étaient dans la métropole aux côtés des centaines de milliers de manifestants. Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh et le chef conservateur Andrew Scheer étaient tous les deux en Colombie-Britannique. M. Singh a participé à une marche pour le climat à Victoria, M. Scheer, non.

La «Greta-manie»

Un an après le début de sa grève scolaire pour le climat, la jeune militante écologiste Greta Thunberg a été accueillie en héroïne à la fin de la manifestation monstre à Montréal, dont la foule a été estimée à un demi-million de personnes par les organisateurs.

«Le changement arrive, si vous l’aimez ou non», a-t-elle déclaré, en français, en conclusion d’un discours d’une quinzaine de minutes.

La jeune militante est arrivée à Montréal avec son père grâce à la voiture électrique prêtée par l’acteur et ex-gouverneur de la Californie Arnold Schwarzenegger. Elle s’est adressée pour la première fois au public montréalais en matinée et a ensuite marché au deuxième rang en compagnie de jeunes des Premières Nations.

Elle portait une pancarte sur laquelle il était écrit en suédois «Skolstrejk fur klimatet» (grève scolaire pour le climat).

Devant les journalistes, elle a enjoint au premier ministre sortant, Justin Trudeau, entre autres, d’en faire plus sur le climat. Mais elle a dit ne pas vouloir personnaliser le débat et souhaite que tous les décideurs sur la planète se rendent compte de l’urgence climatique et écoutent ce que dit la science. «Mon message à tous les politiciens est le même: écoutez et agissez selon les meilleures données scientifiques disponibles actuellement.»

À propos des attaques dont elle est victime par certains hommes en position de pouvoir, elle a dit ne pas comprendre pourquoi certains adultes s’en prennent à des enfants et des adolescents qui veulent changer le monde. «Ils doivent ressentir que leur vision du monde, leurs intérêts sont menacés par nous. On devrait le prendre comme un compliment qu’on a tellement d’impact que des gens veulent nous réduire au silence», a-t-elle affirmé.

En matinée, vendredi, M. Trudeau a rencontré la militante écologiste. Il dit qu’il l’a remerciée pour sa passion sur le climat et s’est dit tout à fait d’accord avec elle qu’il faut en faire plus pour lutter contre l’urgence climatique.

Trudeau apostrophé

M. Trudeau a été apostrophé à quelques reprises avant et pendant la marche à Montréal.

Avant la marche, il a été interpellé par un manifestant furieux de l’achat de l’oléoduc Trans Mountain par le gouvernement canadien lorsqu’il s’adressait à des militants libéraux. Le chef libéral l’a remercié pour son «leadership», avant que l’homme se fasse escorter par la sécurité.

Pendant le parcours, une poignée de jeunes hommes se sont mis à crier «Trudeau, zéro!» et un autre a chanté une chanson où il traitait M. Trudeau et son candidat Steven Guilbeault de «criminels climatiques». Un autre manifestant a tenté d’atteindre M. Trudeau avec une douzaine d’oeufs, mais a raté sa cible. Il a rapidement été maîtrisé par les policiers. D’autres manifestants ont interpellé M. Trudeau sur les pipelines.

Plus tôt en journée, M. Trudeau a annoncé qu’un gouvernement libéral réélu compenserait l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre résultant de l’expansion du pipeline Trans Mountain en plantant deux milliards d’arbres dans les 10 prochaines années. Cette mesure permettrait d’éliminer 30 mégatonnes de GES d’ici 2030 et devrait créer près de 3500 nouveaux emplois saisonniers, selon un document d’information du Parti libéral.

«La crise frappe à notre porte et on doit trouver une solution le plus rapidement possible. Parce que plus on attend, plus les choses s’aggravent. Disons-nous les vraies choses: on n’a plus de temps à perdre. (…) Mais face à la crise, on n’est pas impuissants non plus. En tant que pays, on a deux options: on peut se mettre la tête dans le sable ou on peut passer à l’action. On peut retourner aux années d’inaction de Stephen Harper ou on peut choisir d’avancer», a-t-il dit.

Le chef bloquiste s’est montré sceptique face à la promesse des libéraux d’atteindre la cible de zéro émission nette de GES d’ici 2050. Il croit que cette promesse arrive beaucoup trop tard, alors que M. Trudeau sera confortablement installé dans sa retraite.

«Sans faire de mauvais jeu de mots, les politiques environnementales du gouvernement canadien, c’est du maquillage. Du maquillage par-dessus ce qui reste d’un État pétrolier, dont les politiques sont pétrolières, qui refuse de mettre un terme aux subventions à l’industrie pétrolière. Alors ça reste une opération politique», a critiqué M. Blanchet.

Singh prône l’audace

Les Canadiens doivent être «audacieux» dans leur lutte contre les changements climatiques, a affirmé vendredi le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, qui préfère ce terme à celui de «radical» utilisé par sa rivale du Parti vert, Elizabeth May, jeudi.

En entrevue avec Radio-Canada, Mme May avait déclaré que «tout le monde doit être radical maintenant, parce que nous avons presque atteint le point de non-retour».

M. Singh préfère parler d’audace, avançant qu’il faut avoir le courage de s’attaquer aux grands pollueurs et aux grandes entreprises qui continuent de polluer l’environnement.

«Il faut avoir le courage, et pour moi, je dis qu’il faut avoir le courage de s’attaquer (aux) grands pollueurs, aux grandes entreprises qui continuent de polluer l’environnement et il faut être audacieux avec nos engagements. Avoir le courage de dire qu’on va et qu’on peut changer la direction du pays. On peut annuler les subventions pétrolières, on peut s’assurer que les plus grands pollueurs paient leur juste part, on peut s’assurer qu’on défend la côte avec un grand « non » au pipeline Trans Mountain», a déclaré M. Singh.

Il a d’ailleurs encore une fois critiqué le gouvernement libéral pour l’acquisition de l’oléoduc Trans Mountain et son projet d’expansion avec l’argent des contribuables.

«Comment on peut croire en M. Trudeau en ce moment? Comment on peut avoir confiance en M. Trudeau? Quand il a promis une chose et fait exactement l’opposé… Il n’est pas un leader en matière de changements climatiques, et c’est clair», a-t-il lancé.

M. Singh a commencé la journée avec une annonce sur la protection des collectivités côtières à Ladysmith en Colombie-Britannique. Il a indiqué qu’un gouvernement néo-démocrate créerait un fonds côtier pour défendre le saumon sauvage, améliorer l’équipement et la formation de la Garde côtière et enlever les navires abandonnés, une annonce qu’il a chiffrée à 40 millions $. Il s’est ensuite dirigé à une marche pour le climat à Victoria.

Scheer parle du 3e lien

Andrew Scheer a tenté de s’immiscer dans le débat environnemental à sa manière.

Il était le seul chef des principaux partis politiques fédéraux à ne pas participer à une marche sur le climat, préférant faire une annonce qui, à son avis, s’inscrit dans son plan environnemental.

Le chef conservateur a annoncé qu’il promet d’accorder la priorité aux projets d’infrastructures qui réduiront le temps passé dans le trafic — comme le troisième lien à Québec. 

Un journaliste lui a demandé s’il n’était pas «contradictoire» de parler d’environnement en faisant la promotion du troisième lien routier entre Lévis et Québec, ce qui ajouterait plus de voitures sur les routes. «Pas du tout», a répliqué M. Scheer.

Questionné au sujet des marches pour le climat, il a dit qu’il a trouvé que les jeunes qui manifestent dans les rues étaient «inspirants».

À son avis, il est «ironique» que M. Trudeau était présent à la manifestation à Montréal pour «protester contre son propre plan en environnement».