Canada-Iran: la ministre Freeland pose une condition avant de rétablir les liens

OTTAWA — Les liens diplomatiques avec l’Iran ne seront pas rétablis tant que le régime ne permettra pas à la citoyenne canadienne Maryam Mombeini de rentrer au pays, a averti jeudi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

En conférence téléphonique depuis Jérusalem, jeudi, la diplomate en chef du Canada a signalé avoir passé ce message à des représentants iraniens en septembre dernier, lors de la rencontre annuelle des Nations unies, à New York.

«Concernant l’Iran, la position du Canada reste la même, et c’est que pour nous, l’enjeu le plus important (…) est la situation de Maryam Mombeini», a-t-elle offert lorsqu’on lui a demandé de préciser comment elle avait parlé de l’Iran avec le premier ministre israélien Benjamin Néthayahou.

«Ce que nous disons vraiment clairement à l’Iran, c’est qu’elle doit pouvoir rentrer à la maison (…) et c’est ce que nous devons résoudre avec l’Iran avant d’aller de l’avant avec tout autre dossier», a ajouté la ministre au téléphone.

Ottawa demande la levée de l’interdiction de voyage dont est frappée Maryam Mombeini. Elle est veuve de l’universitaire irano-canadien Kavous Seyed Emami, mort en prison à Téhéran en février dernier dans des «circonstances extrêmement douteuses», au dire de Mme Freeland.

Son bureau n’a pas voulu commenter une déclaration émanant du camp israélien. Selon la version des faits de Benjamin Nétanyahou, lorsqu’il a été question de l’Iran, la ministre aurait affirmé le contraire de ce que les libéraux avaient promis de faire — rétablir les liens avec Téhéran.

«Nous apprécions votre appui dans plusieurs forums internationaux», a déclaré le premier ministre d’Israël, à en croire la transcription d’un discours qui a été publiée sur le site internet de son bureau.

«En fait, vous avez dit que vous n’établirez pas de relations internationales avec l’Iran, ce qui devrait relever de l’évidence dans le cas d’un pays qui appelle ouvertement à la destruction du seul et unique État juif, mais vous avez agi, et nous apprécions cela», a-t-il poursuivi.

Dans l’allocution qu’elle avait livrée à Jérusalem, la ministre Freeland a déclaré que le Canada était un allié «indéfectible» contre l’antisémitisme — elle ciblait des experts israéliens qui se demandent si le soutien du Canada à Israël s’est affaibli sous le gouvernement libéral actuel.

Le gouvernement Trudeau s’engageait jusqu’ici à travailler au réchauffement des liens avec Téhéran sans nécessairement y mettre de condition de nature consulaire. Le précédent gouvernement de Stephen Harper avait rompu les liens diplomatiques avec l’Iran en 2012.

Dans les premiers mois du règne libéral, on allait vers un rétablissement. Une note avec pour objectif «de vous informer de l’intention du Canada de se réengager avec l’Iran» avait été remise au ministre de l’époque, Stéphane Dion, en janvier 2016.

Ce mémo avait également été préparé à l’intention de Chrystia Freeland, qui était alors titulaire du portefeuille du Commerce international. On y faisait notamment mention de l’accord sur le nucléaire iranien.

Le Canada «continue d’appuyer» cette entente, a soutenu la ministre depuis Jérusalem, jeudi.

Le gouvernement conservateur avait ordonné la fermeture de l’ambassade canadienne en Iran et l’expulsion de tous les diplomates iraniens en poste au Canada en 2012. La réouverture de missions faisait partie des objectifs poursuivis à long terme par le gouvernement libéral.

Quelques délégations canadiennes ont été dépêchées à Téhéran depuis l’élection des troupes de Justin Trudeau, en 2015. En coulisses, on a reconnu l’an dernier qu’il serait «difficile» d’y parvenir avant la fin du premier mandat, en 2019.

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