Cancer du côlon: la plupart des Québécois à risque omettent le test de dépistage

MONTRÉAL — À défaut d’un programme de dépistage systématique du cancer du côlon, la Société canadienne du cancer encourage les Québécois âgés de 50 à 74 ans à faire eux-mêmes les démarches pour aller au-devant de ce tueur souvent silencieux.

En ce mois de sensibilisation au cancer colorectal — le deuxième plus meurtrier au Québec, après celui du poumon —, la Société canadienne du cancer rappelle qu’un test à faire dans le confort de sa propre salle de bain est facilement disponible avec l’ordonnance d’un médecin.

Le test RSOSi consiste à prélever un échantillon de ses selles pour qu’il soit analysé en laboratoire afin de détecter la moindre présence de sang. Ces traces de sang parfois invisibles à l’oeil nu peuvent être un signe de cancer avant même l’apparition de symptômes.

Si le résultat du test s’avère positif, une coloscopie est ensuite indiquée pour poser un diagnostic. La coloscopie permet également de retirer d’éventuels polypes, ces petites masses de chair sur les parois du gros intestin qui peuvent se transformer en cancer. 

Sur 1000 personnes qui réalisent le test, la présence de sang sera décelée chez 36 d’entre elles, selon les chiffres du gouvernement du Québec. De ce nombre, seulement 4 personnes seront effectivement atteintes d’un cancer colorectal, tandis que 17 autres auront des polypes à se faire retirer. Les 15 personnes restantes n’auront ni polypes ni cancer.

Le jeu en vaut la chandelle, martèle la Société canadienne du cancer.

«Quand on dépiste un cancer colorectal à un stade précoce, la survie (après cinq ans) est à 90 %, alors que si on le dépiste à un stade beaucoup plus avancé où il y a des métastases, on parle d’à peu près 15 %», précise son porte-parole, André Beaulieu.

Sans compter que le retrait de polypes peut carrément prévenir le développement d’un cancer.

Pourtant, à l’échelle du Canada, on estime qu’un cas sur deux est diagnostiqué une fois qu’il s’est propagé à d’autres parties du corps.

Un programme réclamé

Au Québec, où le cancer colorectal tue plus que les cancers du sein et de la prostate réunis, seulement 4 personnes sur 10 dans la tranche d’âge cible prennent la peine d’effectuer le test de dépistage.

«C’est largement insuffisant si on veut voir un impact au niveau de la santé publique», déplore André Beaulieu.

La Société canadienne du cancer réclame depuis plusieurs années la mise en place d’un programme québécois par lequel serait envoyée tous les deux ans une lettre faisant office d’ordonnance, comme c’est déjà le cas pour les mammographies chez les Québécoises âgées de 50 à 69 ans.

«Le Québec est la seule province qui n’a pas un programme organisé officiel au pays», souligne M. Beaulieu.

Celui-ci serait néanmoins «en développement», ajoute-t-il. Mais entre-temps, les citoyens doivent assumer cette responsabilité et aborder le sujet avec un médecin.

Des symptômes pas toujours apparents

Le docteur Claude Rivard, un omnipraticien ayant lui-même survécu à un cancer du côlon, s’est joint à cette campagne de la Société canadienne du cancer.

Il y a maintenant trois ans et demi, les résultats de son test RSOSI se sont avérés anormaux. Une coloscopie a permis de confirmer qu’il était bel et bien atteint d’un cancer. Puis, un mois plus tard, il se retrouvait sur la table d’opération.

«Je n’avais absolument aucun symptôme, souligne-t-il. J’allais même donner du sang ou des plaquettes toutes les trois semaines à un centre de prélèvement d’Héma-Québec. Jamais je n’ai fait d’anémie, jamais je n’ai eu de douleur, jamais je n’ai vu de sang dans les selles et ç’a été ce test-là qui a trouvé mon cancer.»

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, il s’est souvenu d’un effet d’entraînement dans son entourage.

«J’en ai parlé à mes frères et à ma soeur. Ils ont passé des tests et ils ont trouvé des polypes chez certains membres de famille, qui auraient pu se transformer en cancer dans deux, trois, quatre ou cinq ans», raconte-t-il.

«L’impact du test est plus large qu’on le pense.»

Chaque année au Québec, environ 6800 personnes reçoivent un diagnostic de cancer du côlon et 2550 décèdent des suites de la maladie.