Canicule hâtive: la majorité des CHSLD ne sont pas climatisés et sont mal préparés

MONTRÉAL — Québec avoue avoir été pris de court par la canicule hâtive, alors que l’on prévoit un maximum de 32 degrés et un humidex atteignant les 37 degrés mardi, une poussée de chaleur qui se poursuivra durant deux ou trois jours.

«À court terme, on se fait un peu prendre avec une canicule au mois de mai, ce n’est quand même pas très très fréquent, mais on a un plan qui devait se déployer au mois de juin pour même ajouter des unités additionnelles de climatisation et on va le devancer, on va l’accélérer», a indiqué la ministre de la Santé, Danielle McCann, lors du point de presse quotidien du gouvernement Legault, qui se tenait à Montréal lundi.

Le manque de climatisation dans la grande majorité des CHSLD préoccupait déjà grandement le gouvernement, dont le plan doit assurer des îlots de fraîcheur dans tous les établissements.

«Dans le courant de la journée, une directive va être envoyée à tous les PDG des CISSS et des CIUSSS pour pouvoir justement s’assurer que les patients ne souffrent pas de chaleur comme telle», a de son côté assuré le directeur national de la santé publique, le docteur Horacio Arruda.

Des génératrices extérieures

Celui-ci a fait part de son inquiétude face aux situations de chaleur excessive pouvant entraîner de la déshydratation des personnes qui luttent contre la maladie ou qui sont déjà vulnérables.

«Localement, on va s’assurer avec des génératrices extérieures, des mécanismes de ventilation qui sont faits avec des firmes spécialisées pour pouvoir — même dans une situation où il manque d’électricité pour mettre des climatiseurs individuels — être en mesure de rafraîchir les gens», a-t-il dit.

La ministre McCann a rappelé que de nombreux édifices abritant des CHSLD sont vétustes et que leurs systèmes électriques sont à la limite de leur capacité et ne peuvent prendre la charge additionnelle que représentent des systèmes de climatisation, d’où la nécessité, à court terme, de trouver d’autres solutions, dont «des unités extérieures qu’on peut positionner dans certains CHSLD», une démarche qu’elle a promis de faire «à court terme».

Ouverture des centres commerciaux en région

Le premier ministre François Legault a par ailleurs annoncé la réouverture des centres commerciaux situés hors du Grand Montréal à compter du 1er juin.

La date de réouverture des centres commerciaux sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) reste toutefois à déterminer.

M. Legault s’est dit fort conscient que d’autres secteurs tels que les campings, les lieux de culte, les restaurants, les bars, les gymnases, les hôtels et le sport professionnel attendent leur tour sur la ligne de départ.

«On ne vous a pas oubliés. On discute régulièrement avec la santé publique à savoir quand on peut y aller graduellement», a-t-il dit.

Aide à venir pour les productions artistiques

Le ton du premier ministre était plus optimiste par rapport aux activités culturelles, François Legault faisant part de son intention d’en discuter avec sa ministre responsable, Nathalie Roy, dès lundi après-midi.

«On va vous annoncer dans les prochains jours des programmes d’aide financière pour aider les productions. Le gros bon sens nous dit et on a déjà vu des exemples, qu’il y a des productions — tout en respectant le deux mètres — qui peuvent être possibles», a-t-il dit, tout en esquissant un large sourire en précisant que «évidemment c’est pas mal plus compliqué quand vient le temps de faire des scènes d’amour».

«Les Québécois ont hâte de revoir leurs artistes et je pense que ça ferait du bien au moral des Québécois et on va en faire plus que moins financièrement de ce côté», a-t-il ajouté alors que se trouvaient à ses côtés deux jeunes vedettes, Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk, venus encourager les jeunes à respecter les consignes de la santé publique.

«Mettre un masque quand on est dans un endroit non contrôlé et quand il y a des gens qui nous entourent, c’est être fin, c’est être brillant, c’est prendre soin de sa société et de sa communauté, c’est être responsable, c’est être cool», a lancé Sarah-Jeanne Labrosse.

Ouverture envers les demandeurs d’asile

Faisant écho au fait qu’une partie des employés qui prennent soin des personnes âgées dans les différents établissements sont des demandeurs d’asile, M. Legault a dit qu’il a demandé au ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, de considérer au cas par cas si les personnes peuvent être reçues comme immigrants, et non comme réfugiés.

«On est reconnaissant (envers) toutes les personnes qui sont allées travailler dans les CHSLD depuis deux mois et demi, incluant des demandeurs d’asile, a déclaré le premier ministre. On va analyser chaque cas un par un et, évidemment, c’est une façon de leur dire merci.»

Il a de plus annoncé qu’au cours des prochaines semaines, le gouvernement va lancer de courtes formations de trois mois pour les gens désirant aller travailler dans les CHSLD.

Il a aussi abordé la question du nombre de tests pour dépister la COVID-19, mentionnant que l’objectif de 14 000 par jour a été dépassé. À ce propos, il a mentionné que les 21 et 22 mai, il y a eu plus de 15 000 tests à chaque journée, mais François Legault vise désormais à porter ce nombre à 16 000 et, éventuellement, à 20 000 par jour.

Théorie du complot et omerta

François Legault, Horacio Arruda et même Sarah-Jeanne Labrosse n’ont pas caché leur inquiétude face au flot incessant de fausses nouvelles et aux théories du complot qui se répandent en marge de la pandémie.

«Je suis toujours surpris de voir dans les sondages le pourcentage trop élevé de gens qui croient dans les complots, a reconnu le premier ministre. On a besoin des journalistes pour donner la vérité, les faits, mais on est dans une société où, je ne sais pas, on pourrait faire des grandes théories. Est-ce que c’est ça qui a remplacé la religion? Je ne sais pas, mais c’est toujours surprenant effectivement de voir que des gens embarquent dans des théories du complot.»

Le docteur Arruda a fait valoir de son côté que les autorités n’ont aucune raison de se bâtir un complot dans une situation comme celle-ci.

«On le voit avec les anti-vaccins: il y a toujours une partie de la population qui essaie de trouver ça (…). C’est important de rester bien informés et de faire affaire avec une source fiable d’information parce que c’est trop facile aussi de manipuler les gens dans cette perspective-là», a-t-il dit.

La ministre Danielle McCann, de son côté, a promis une nouvelle fois de revoir les lois et l’encadrement de la communication dans le réseau de la santé, notamment les ententes de confidentialité qui empêchent les employés de s’adresser aux médias sans risque de représailles pouvant aller jusqu’au congédiement, mais seulement à l’automne alors que la crise dans les CHSLD risque d’être résorbée en grande partie.

Outre ce délai, les propos de Mme McCann trahissaient aussi une volonté de garder et de régler les problèmes à l’interne.

«Les gens qui s’adressent aux médias, c’est souvent parce qu’ils n’ont pas eu d’autre recours. Ce qui nous intéresse, c’est qu’il y ait tous les recours possibles pour régler le plus vite possible. À partir du moment où ils n’ont pas eu de réponse dans tous les recours qu’ils ont, incluant « on vous écoute » (l’adresse courriel fournie par Mme McCann il y a deux semaines pour recevoir directement les plaintes des employés), là je comprends qu’ils pourraient s’adresser aux médias.»

Dénonçant elle-même «une culture organisationnelle qui ne privilégiait pas une communication à partir du terrain jusqu’à la direction» existante depuis plusieurs années, Mme McCann a ajouté qu’elle dit «aux PDG à qui je parle régulièrement, qu’il faudrait qu’il y ait un « on vous écoute » dans chacun des établissements et c’est vers ça qu’on s’en va».