Caricatures de Mahomet: appel téléphonique entre Trudeau et Macron

OTTAWA — Justin Trudeau et Emmanuel Macron se sont parlé au téléphone en début d’après-midi, jeudi, heure d’Ottawa.

Au bureau du premier ministre, on dit que ce contact téléphonique était «une demande à la suite de l’attentat de Nice». On en comprend donc que c’est le gouvernement canadien qui a initié la chose, mais on ne sait pas à quel moment précis.

Vendredi dernier, M. Trudeau avait semblé froisser le président français lorsqu’il avait dit, en commentant les caricatures de Mahomet utilisées comme prétextes pour des attentats en France, que la liberté d’expression a des limites.

Il avait alors comparé le geste de publier ces caricatures à l’acte de crier «au feu» dans un cinéma bondé.

Le président Macron, mardi, avait choisi d’appeler le premier ministre du Québec, François Legault, pour le remercier de son appui «inconditionnel» à l’heure où la France subissait une série d’attentats islamistes, geste que M. Legault s’est empressé de publiciser.

La veille, le premier ministre québécois avait dit que dans ce débat, il était d’accord avec M. Macron et «totalement en désaccord» avec M. Trudeau.

Aux Communes, mercredi, bloquistes et conservateurs s’acharnaient à reprocher au premier ministre ses propos de vendredi, y voyant la source d’un incident diplomatique, même si cette semaine, M. Trudeau s’est ravisé, a dit qu’il ne condamne pas la publication des caricatures du prophète des musulmans et a assuré qu’il défendrait sans nuance la liberté d’expression.

Jeudi matin, le chef bloquiste, en point de presse, conseillait à M. Trudeau d’entamer la conversation téléphonique avec le président français ainsi: «Je m’excuse».

«Lorsque la blessure touche un point aussi sensible que des vies humaines et des valeurs profondes de la société française, (…) je doute qu’un simple appel téléphonique suffise», a ajouté Yves-François Blanchet.

Jeudi après-midi, bloquistes et conservateurs aux Communes revenaient à la charge.

«Aujourd’hui, le premier ministre doit ramper devant le président français pour réparer les pots cassés», a lancé le député conservateur Richard Martel.

En face, c’est le ministre des Affaires étrangères qui a pris la défense de son gouvernement.

«La relation transatlantique n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui», a assuré François-Philippe Champagne.

Le bureau de M. Trudeau, lui, a rendu public en fin de journée un compte-rendu de la conversation entre MM. Trudeau et Macron, un document avare de détails comme le sont toujours ces comptes-rendus.

«Les deux dirigeants ont convenu de l’importance de défendre la liberté d’expression et les droits de la personne, et de leur engagement commun à lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent», peut-on y lire.

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A propos de la liberté d’expression tant revendiquée par certains même quand elle concerne un sujet sensible et dangereux comme celui des Caricatures, avez-vous remarqué que pas un article concernant l’appel au boycott des produits français que certains pays musulmans auraient lancé n’a été publié depuis plus d’une semaine ? Bref on ne sait même pas, malgré notre liberté d’expression, si ça continue ou si c’est terminé. Est-ce vraiment normal dans un pays démocratique où la presse est indépendante et peut donc s’exprimer en toute liberté ?

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