Carlos Ghosn: le Japon promet de renforcer les contrôles frontaliers

TOKYO — La ministre japonaise de la Justice a promis lundi de renforcer les contrôles de départ aux frontières et de revoir les conditions de mise en liberté sous caution après que l’ancien président de Nissan, Carlos Ghosn, ait fui le pays.

Masako Mori a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse que son ministère avait déjà agi pour empêcher une récidive, mais a refusé de donner des détails.

Le procès très attendu de Carlos Ghosn pour diverses allégations d’inconduite financière devait commencer en avril. Toutefois, Carlos Ghosn est arrivé lundi dernier au Liban, son pays d’origine. Les autorités ont déclaré qu’il était entré légalement avec un passeport français.

M. Ghosn a expliqué mardi dans un communiqué qu’il était parti pour le Liban parce qu’il pensait que le système judiciaire japonais était injuste et qu’il voulait éviter «une persécution politique».

Masako Mori a refusé de dire qui pourrait être responsable du vol qui a permis à Carlos Ghosn de fuir le Japon, soulignant que cette fuite hors du pays faisait toujours l’objet d’une enquête.

La ministre japonaise a déclaré que l’ancien président de Nissan était parti illégalement et que ce geste était inexcusable.

«Le système judiciaire japonais permet d’enquêter sur les faits tout en garantissant, en même temps, les droits fondamentaux de la personne», a expliqué la ministre Mori. «Il est assorti de procédures appropriées et fonctionne de manière appropriée. Il n’y a donc aucune raison qui justifie la fuite de ceux qui sont en liberté provisoire».

Les détails de la spectaculaire évasion de Carlos Ghosn la semaine dernière ne sont pas encore clairs. Mais la compagnie aérienne turque MNG Jet a déclaré que deux de ses avions avaient été utilisés illégalement, pour transporter le fuyard à partir d’Osaka, au Japon, jusqu’à Istanbul, puis à Beyrouth, où il est arrivé lundi dernier et n’a pas été revu depuis.

L’ancien grand patron de Nissan a promis de parler aux journalistes mercredi. Ses avocats au Japon ont déclaré qu’ils ne savaient rien et qu’ils se sentaient trahis par son geste.

L’ex-vedette de l’industrie automobile a été arrêtée pour la première fois en novembre 2018. Il avait été libéré sous caution et vivait récemment dans une maison d’un quartier chic de Tokyo.

Il était soumis à une stricte surveillance dans le cadre de ses conditions de mise en liberté sous caution, ce qui soulève plusieurs questions sur la façon dont il a réussi sa fuite hors du pays sans être détecté.

Des caméras de sécurité à son domicile fonctionnaient 24 heures sur 24, mais les images ne devaient être soumises au tribunal que mensuellement, selon les documents des avocats qui détaillent les conditions de mise en liberté sous caution de Ghosn.

L’ancien président de Nissan a été accusé d’avoir sous-déclaré des revenus et d’abus de confiance en détournant de l’argent de Nissan pour son gain personnel. Il a déclaré à plusieurs reprises qu’il était innocent.

Sa liberté sous caution a été révoquée et Interpol a émis un avis de recherche. Le Japon n’a pas de traité d’extradition avec le Liban, mais Masako Mori a laissé ouverte la possibilité que le Japon puisse demander le retour de Ghosn au pays.

«Il est en effet possible de demander l’extradition des criminels sur la base du principe de réciprocité», a-t-elle déclaré, ajoutant que cette avenue n’était pas garantie.