Catalogne: l’Espagne répond à l’Assemblée nationale du Québec

QUÉBEC — L’Espagne riposte à une motion unanime de l’Assemblée nationale qui condamnait les violences en Catalogne et l’emprisonnement de députés indépendantistes.

Dans une lettre adressée à la présidence de l’Assemblée nationale et déposée mardi, l’ambassadeur d’Espagne au Canada a expliqué que les forces policières ont démontré «la proportionnalité et la contention nécessaires dans un contexte de grande violence».

Le même jour, le président François Paradis a déposé une lettre de son homologue, le président du Parlement catalan, qui, lui, «remercie très sincèrement» les élus québécois pour leur «geste d’appui». Le président destitué de la Catalogne, Carles Puigdemont, a lui-même remercié les Québécois dans une lettre ouverte récemment.

La lettre officielle de l’ambassadeur espagnol Enrique Ruiz Molero conteste l’idée voulant qu’une majorité de Catalans soient favorables à l’indépendance.

Le représentant de l’Espagne ne fait aucune mention du résultat du référendum tenu en octobre 2017, où le Oui à l’indépendance l’a emporté avec 90 pour cent, avec un taux de participation d’un peu plus de 40 pour cent, en raison des violences et des interventions policières. Il souligne toutefois qu’il était «illégal».

«Seule une minorité — bien que nombreux — de Catalans soutient la sécession», peut-on lire, et «ce soutien est progressivement en déclin».

Enfin, M. Ruiz Molero a défendu «l’équité et la transparence» du système de justice espagnol, qui a condamné à des peines de neuf à treize ans des élus catalans.

«L’image véhiculée par les détracteurs de l’Espagne est contredite par de nombreux observateurs internationaux respectés, qui affirment sans cesse que l’engagement du pays en faveur de l’État de droit et des valeurs démocratiques est indéfectible», affirme M. Ruiz Molero.

Il a défendu les peines prononcées en soutenant que «ce qui a été jugé sont des conduites punibles [sic], et non des idées et des idéologies».

Rappelons que les heurts et manifestations secouent la Catalogne depuis la tenue du référendum en 2017. Le président de la Généralité de Catalogne (le gouvernement catalan), Carles Puigdemont, s’est réfugié en Belgique après le référendum et l’Espagne a lancé un mandat d’arrestation contre lui. Il tente depuis un an de visiter le Québec, mais les autorités fédérales refusent de lui délivrer un visa.

La motion adoptée par l’Assemblée nationale du Québec, à la fin octobre, se lisait comme suit: «Que l’Assemblée nationale déplore la montée des tensions et l’augmentation des violences en Catalogne; Qu’elle s’inquiète des peines d’emprisonnement récemment infligées à des politiciens catalans élus légitimement et démocratiquement, des peines très sévères dans un État démocratique européen; Qu’elle réitère son appel à la négociation afin de trouver une solution politique, démocratique et pacifique au conflit actuel; Que l’Assemblée nationale appelle également au respect des droits et libertés fondamentales de l’ensemble des citoyens et citoyennes de la Catalogne et de l’Espagne.»

Le Québec et la Catalogne entretiennent des relations bilatérales. Les deux gouvernements ont signé une entente de coopération en 1996 qui s’étend à plusieurs domaines, dont la culture et l’éducation.

En 1999, le gouvernement a ouvert un Bureau du Québec à Barcelone, une sorte de représentation diplomatique. Le gouvernement Legault a nommé Isabelle Dessureault directrice du Bureau du Québec l’été dernier.