Difficile ramadan

Le mois du Ramadan comporte traditionnellement des rassemblements où les familles et amis rompent le jeûne, en soirée, et prient ensemble. Cette année, il va avoir une saveur particulière. 

En «temps normal», les enfants de la communauté musulmane seraient tout excités, cette semaine, par la sortie annuelle pour chercher dans le ciel la nouvelle lune, qui marquera le début du Ramadan.

Mais Cindy Jadayel, membre de la mosquée de la Miséricorde, à Ottawa, admet que ce sera l’un des nombreux événements communautaires du Ramadan qui seront annulés cette année.

Le mois du Ramadan — au cours duquel les musulmans se privent de nourriture ou de boisson du lever au coucher du soleil, tous les jours — comporte souvent des rassemblements où les familles et les amis rompent le jeûne, en soirée, et prient ensemble. Le Ramadan devrait commencer jeudi, sur la base du calendrier lunaire islamique, et durer jusqu’au 23 mai.

La sortie d’observation de la lune suit une vieille tradition où les leaders religieux déclaraient le début d’un nouveau mois à l’arrivée d’une nouvelle lune. Mme Jadayel, qui oeuvre au sein du comité de la mosquée de la Miséricorde, explique que pour les enfants, c’est comme une fête — d’autant qu’il y a toujours un sentiment de suspense, car le ciel est parfois trop nuageux pour voir clairement la nouvelle lune.

Ces événements, ainsi que les prières du soir et les événements communautaires à la mosquée, seront annulés cette année en raison de la pandémie de COVID-19. Un Ramadan privé de son aspect communautaire, «ça va être difficile», déplore Mme Jadayel. «Nous devons travailler plus dur cette année pour que les familles soient plus heureuses à la maison, parce que nous ne pouvons pas sortir et célébrer avec les autres.»

Sallah Hamdani, ancien président de la Société islamique de St. Catharines, en Ontario, croit que les musulmans essaieront cette année de voir le bon côté des choses. «On n’aura pas besoin de se concentrer sur l’organisation d’un souper», a rappelé M. Hamdani, soulignant qu’il peut être stressant pour les familles de préparer des repas élaborés à la maison tout en vivant déjà un jeûne difficile. «Au lieu de cela, vous pouvez profiter de ce repas ou rompre le jeûne avec votre famille immédiate et créer une nouvelle coutume que vous n’aviez probablement pas mise en oeuvre auparavant.»

Difficile distanciation sociale

Les communautés musulmanes du Canada avaient déjà dû s’adapter à la distanciation sociale le mois dernier. Les prières quotidiennes et les prêches du vendredi ont été annulés, ainsi que les cours d’arabe, les camps de jour et les lectures du Coran, qui sont souvent organisés par les mosquées.

«Ce fut un choc, mais depuis, nous avons presque tous nos programmes en ligne», a déclaré Mme Jadayel. Selon elle, des centaines d’étudiants suivent des cours en ligne, et un prêche préenregistré est publié en ligne chaque semaine. Elle soutient que les fidèles se réunissent également en ligne chaque semaine pour maintenir un sentiment de communauté.

À St. Catharines, M. Hamdani rappelle toutefois que la distanciation sociale sera durement ressentie lors de l’Aïd el-Fitr, fête de plusieurs jours qui célèbre la fin du Ramadan. «Le fait de ne pas pouvoir se réunir pour l’Aïd aura un impact plus important encore sur la communauté», estime M. Hamdani. «Que vous soyez musulman pratiquant ou non, l’Aïd est un jour de joie, de rassemblement et de souvenirs pour la famille.»

Mme Jadayel a par ailleurs souligné que certaines mosquées peuvent voir une baisse des contributions, car jusqu’à la moitié de tous les dons sont faits pendant le Ramadan, mois de la charité et de la bienveillance. Néanmoins, la mosquée de la Miséricorde tente toujours de subvenir aux besoins de la communauté pendant le Ramadan: elle distribue des boîtes de denrées non périssables aux personnes âgées et à celles dont le système immunitaire est compromis — aussi bien pour les musulmans que pour les non-musulmans.

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